Les terres rares alimentent nos technologies du quotidien, des smartphones aux véhicules électriques. Pourtant, la Chine contrôle près de 70 % de leur extraction et jusqu’à 90 % de leur raffinage mondial. À Lacq, dans les Pyrénées-Atlantiques, l’usine Caremag ambitionne de changer la donne en devenant le premier recycleur européen de ces métaux stratégiques.

Caremag à Lacq : 216 millions d’euros pour bâtir le premier recycleur européen de terres rares
Les terres rares forment un groupe de 17 métaux stratégiques aux propriétés proches. Parmi eux, le néodyme, le dysprosium ou le terbium jouent un rôle central dans la fabrication d’aimants permanents. Ces composants équipent les moteurs électriques, les éoliennes et de nombreux appareils électroniques du quotidien.
La société lyonnaise Carester, fondée en 2019, porte ce projet industriel via sa filiale Caremag. En mars 2025, elle a posé la première pierre de son usine sur le bassin industriel de Lacq. Le financement total atteint 216 millions d’euros, sécurisé auprès de partenaires français et japonais.
L’État français a contribué à hauteur de 106 millions d’euros, via des subventions et un crédit d’impôt industrie verte. De son côté, la co-entreprise Japan France Rare Earth Company, associant JOGMEC et Iwatani Corporation, a engagé 110 millions d’euros en fonds propres et dette d’actionnaire.
À plein régime, l’usine produira 15 % du dysprosium mondial et créera 92 emplois directs
La mise en service de Caremag est prévue pour fin 2026. L’usine recyclera alors environ 2 000 tonnes d’aimants permanents et raffinera 5 000 tonnes de concentrés miniers chaque année. Elle produira notamment 600 tonnes d’oxydes de dysprosium et de terbium, soit 15 % de la production mondiale actuelle.
En parallèle, 800 tonnes d’oxydes de néodyme et de praséodyme sortiront de cette unité. Caremag deviendra ainsi le plus gros producteur occidental de terres rares lourdes séparées. Le site créera 92 emplois directs sur le bassin de Lacq, historiquement lié aux énergies fossiles.
Réduire la dépendance à Pékin : un enjeu de souveraineté européenne devenu urgent en 2025
La Chine assure environ 69 % de l’extraction mondiale de terres rares. Elle contrôle aussi près de 90 % du raffinage, ce qui place l’Europe dans une dépendance critique. En 2025, Pékin a renforcé ses contrôles à l’exportation, créant des tensions sur les chaînes d’approvisionnement mondiales.
Le projet Caremag s’inscrit dans le cadre du Critical Raw Materials Act européen. Cette réglementation fixe des objectifs ambitieux pour sécuriser l’accès aux matières premières stratégiques. D’autres acteurs français, comme MagREEsource en Isère ou Solvay à La Rochelle, complètent cette filière naissante.
Par ailleurs, la France a lancé en 2025 un vaste inventaire de ses ressources minérales, confié au BRGM. Ce programme de 53 millions d’euros, étalé sur cinq ans, cible cinq zones géologiques prometteuses. Les premiers résultats concernant les Vosges sont attendus mi-2026.
Moins d’eau, moins de CO₂ : le recyclage des terres rares surpasse l’exploitation minière
Le recyclage présente des avantages environnementaux considérables face à l’extraction minière traditionnelle. Le procédé de Caremag réduit de 60 % les émissions de CO₂ et de 98 % la consommation d’eau par rapport aux installations asiatiques comparables. De plus, l’usine garantit l’absence totale d’effluents liquides.
Actuellement, moins de 1 % des aimants permanents sont recyclés dans le monde. Caremag entend prouver que cette voie est viable à grande échelle. Le constructeur Stellantis a d’ailleurs signé un contrat de dix ans pour s’approvisionner auprès de l’usine de Lacq.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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