Chaque année, plus de 5 millions de touristes visitent le Grand Canyon, mais peu savent que ce vaste abîme abrite le village de Supai. Situé à une quinzaine de kilomètres de la route la plus proche, il s’agit du plus isolé des 48 états contigus américains.
AU CŒUR DU GRAND CANYON
Après une descente de quatre heures à travers un long labyrinthe de roches ocres, le canyon s’élargit enfin et le désert laisse place à une explosion de végétation près de Havasu Creek. Vous voici arrivé au village de Supai. Comme leurs ancêtres, ses habitants parlent encore le Havasupai, cultivent le maïs et tressent des paniers en spirale.
Une série de bâtisses faites de bois et de pierre, une épicerie, un café, un bureau de poste, une école primaire, un modeste lodge et deux églises, voila à quoi se résume l’endroit.
En l’absence de chemin carrossable ou de route, il n’y a que deux façons de ravitailler le village : à dos d’équidés ou en hélicoptère. À une époque où la livraison express est devenue la norme partout ailleurs dans le pays, le courrier, les vivres et les médicaments sont toujours acheminés par des mules, et ce, six jours par semaine.

Depuis toujours, un modeste sentier poussiéreux traversant le canyon relie le peuple Havasupai au monde extérieur. Des missionnaires aux mineurs et aux commerçants en passant par d’autres tribus indiennes, un petit nombre de voyageurs curieux sont venus et repartis au fil des siècles.
Mais tout a changé à partir des années 1950, lorsque la tribu a décidé d’exploiter l’énorme potentiel touristique des lieux.
Aujourd’hui, près de 20 000 personnes se rendent annuellement à Supai, essentiellement à pied ou à cheval. Chacune doit obtenir une permission spéciale du Conseil tribal des Havasupais pour y entrer. De février à novembre, les touristes peuvent séjourner dans le modeste lodge de la tribu ou obtenir un permis pour planter leurs tentes aux abords du village.

Les impressionnantes chutes d’eau d’Havasu et de Mooney sont alimentées par une source souterraine dont certains pensent qu’elle a 30 000 ans. Ces dernières, qui ont permis au peuple Havasupai de survivre pendant 1 000 ans au cœur de cet environnement aride.
Avant l’arrivée des colons européens, les Havasupais possédaient un territoire de près de 650 000 hectares, soit à peu près la taille de l’État du Delaware. Mais au fur et à mesure que la beauté à couper le souffle et la richesse minérale de la région commençaient à éveiller l’intérêt des blancs et du gouvernement américain, cette vaste étendue s’est réduite comme peau de chagrin. En 1882, elle n’était plus que de 209 hectares.
À une époque où tant de tribus amérindiennes étaient expulsées de force de leurs terres, les Havasupais se sont lancés dans une série d’éreintantes batailles juridiques afin de faire valoir leurs droits, faisant notamment appel au Congrès à sept reprises entre 1908 et 1974.
Lorsque le Grand Canyon a été intégré au Service des parcs nationaux en 1919, de nombreux Havasupais sont devenus stratégiquement des employés du parc et ont offert leur expertise en tant que guides tout en continuant à faire pression sur le gouvernement pour récupérer les terres qui appartenaient à leurs ancêtres.
En 1975, le président Ford a signé un projet de loi qui accordait au peuple Havasupai le contrôle de 75 000 hectares de terres supplémentaires, ainsi que l’accès à 38 000 hectares supervisés par le Service des parcs nationaux.
Il est aujourd’hui reconnu par le gouvernement américain comme une nation tribale souveraine. Un comité de sept membres, connu sous le nom de Conseil tribal, est élu par les habitants du village afin de déterminer les lois locales auxquelles sont soumis les nombreux visiteurs.
LE PEUPLE HAVASUPAI EST AUJOURD’HUI RECONNU COMME UNE NATION TRIBALE SOUVERAINE

À la suite de pluies torrentielles en 2008, le sentier reliant Supai au monde extérieur et de nombreux bâtiments avaient été détruits par de violentes inondations, mais ses habitants se sont depuis relevés et ont profité d’aides fédérales pour réparer les dommages causés et assurer l’approvisionnement du village.
Comme l’explique l’un des membres de la tribu : « Nous appartenons à cette terre, la terre de nos ancêtres. Nous sommes les chutes d’eau, les eaux turquoises qui traversent notre village, et les canyons qui nous entourent ».
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