Au CERN, le robot PipeINEER entre dans une phase décisive. Conçu avec l’UKAEA, il doit inspecter seul les conduites du LHC à -271,3 °C. Son objectif est clair : repérer plus vite les défauts invisibles et éviter des arrêts longs, coûteux et risqués.

Pourquoi un défaut minuscule dans le LHC peut tout bloquer alors que la machine fonctionne dans un froid extrême
Sous la frontière franco-suisse, le Grand collisionneur de hadrons s’étend sur 27 kilomètres. Cette machine accélère des particules à très haute énergie. Pourtant, ses points faibles restent minuscules. Dans ses lignes de faisceau, une légère déformation suffit parfois à perturber des expériences complexes et très coûteuses.
Le problème vient notamment des quelque 2 000 modules PIM installés dans le faisceau. Ces éléments absorbent les effets de la dilatation thermique. Or, à 1,9 kelvin, soit -271,3 °C, certains contacts internes se tordent parfois. Ils créent alors des obstacles invisibles.
PipeINEER avance là où l’humain renonçait jusque-là, et ses 6 kilomètres d’autonomie changent l’échelle
Pour contrôler ces zones, les équipes devaient jusqu’ici démonter des sections entières et utiliser un endoscope manuel. Cette méthode demandait du temps, des moyens et une précision extrême. Avec PipeINEER, le CERN veut désormais inspecter l’intérieur sans ouvrir inutilement une infrastructure aussi sensible.
Le robot mesure seulement 20 centimètres de long. Surtout, il peut circuler dans un passage de 3,7 centimètres de côté. Ce format très compact lui permet d’entrer dans des conduites inaccessibles aux solutions classiques. Ainsi, le risque de blocage reste limité au cœur du système.
Autre avancée importante, sa batterie lui offre jusqu’à 6 kilomètres par charge. Dans un espace aussi étroit, cette portée change tout. Elle permet de couvrir de longues portions du LHC pendant une seule mission. La consommation baisse aussi, et la logistique s’allège nettement.
L’intelligence embarquée repère les anomalies en direct, puis revient seule si un défaut critique apparaît
PipeINEER ne sert pas seulement à rouler. En avançant, il capture des images détaillées de chaque module. Ensuite, une IA entraînée sur des vues réelles du LHC compare les scènes observées à des défauts connus. Elle peut ainsi signaler très tôt une anomalie millimétrique potentiellement critique.
Cette autonomie améliore aussi la sécurité. Si le robot détecte un problème majeur, ou si ses propres performances chutent, il fait demi-tour seul. Il transmet alors une localisation précise du défaut. Les ingénieurs peuvent donc viser la bonne zone, sans immobiliser des sections entières.
Tests sur 60 kilomètres en 2026, fabrication fin d’année puis formation au CERN dès les premiers mois de 2027
Le projet réunit le CERN et le centre RACE de l’UKAEA, spécialiste des environnements difficiles. Cette coopération a déjà reçu une distinction au prix Collaborate to Innovate. Elle illustre surtout un transfert concret de savoir-faire entre fusion nucléaire et recherche fondamentale sur les particules.
La prochaine étape arrive en 2026. Les équipes doivent tester les performances du robot sur 60 kilomètres d’opération cumulés. Ensuite, les unités finales doivent être fabriquées en fin d’année. Ce calendrier marque le passage d’un prototype prometteur à un outil de maintenance crédible.
Au début de 2027, les opérateurs du CERN doivent apprendre à déployer ces robots dans le tunnel. L’enjeu dépasse la simple inspection. En réduisant démontages, coûts et exposition humaine, cette maintenance plus ciblée pourrait prolonger la disponibilité du LHC. Elle sécuriserait aussi davantage les interventions.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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