La frénésie autour de l’intelligence artificielle dévore les ressources mondiales de mémoire. L’industrie est déjà sous tension, les prix s’envolent, et certains projets ralentissent voire s’arrêtent. La crise d’approvisionnement actuelle ne touche plus seulement le numérique : l’économie mondiale vacille à son tour.

Les géants du cloud accaparent la mémoire HBM, reléguant les consommateurs au second plan
C’est un peu comme si les géants de la tech avaient vidé les rayons avant même que les autres sachent qu’il y avait une promo. Depuis quelques mois, Google, Amazon, Microsoft ou OpenAI s’accaparent la mémoire HBM – cette mémoire ultra-rapide indispensable aux supercalculateurs IA. Face à cette ruée, même Crucial, marque bien connue du grand public, abandonne le marché traditionnel pour se concentrer sur ses clients stratégiques.
Autrement dit, la tension sur le marché atteint un niveau critique. Produire ces puces demande du temps : construire une nouvelle usine prend plusieurs années. Samsung et SK Hynix promettent d’investir massivement, mais leurs lignes de production ne seront pas prêtes avant 2027. D’ici là, les prix flambent et les stocks s’amenuisent.
Pénurie, rationnement, inflation : la crise se fait déjà sentir dans les boutiques et sur les étiquettes
Je ne pensais pas voir un jour de rationnement sur des barrettes de RAM. Pourtant, au Japon, des magasins limitent les achats à huit unités par client. Les DDR5 haut de gamme voient leur prix tripler en quelques mois. De plus, les fabricants de smartphones comme Realme ou Xiaomi annoncent des hausses allant jusqu’à +30 %. Pour les consommateurs, le choc est brutal et bien réel.
Autre conséquence surprenante : les recycleurs américains explosent leurs ventes grâce à la demande chinoise. L’un d’eux déclare avoir vu son chiffre d’affaires grimper de 500 000 à 900 000 dollars par mois. Autrement dit, le désastre des uns fait parfois la fortune des autres.
L’IA générative s’expose à un mur matériel : ses ambitions dépassent les capacités actuelles de production
L’expression n’est pas de moi, mais elle est parlante : « l’IA est en train de manger sa propre nourriture ». Chaque requête, chaque génération de contenu repose sur une infrastructure surchargée. Les centres de données surchauffent, pendant que les fournisseurs de matériel peinent à suivre.
Prenons le cas du projet Stargate, porté par OpenAI. Ce supercluster prévoit une consommation de puces HBM tellement massive qu’elle dépasse déjà les niveaux actuels de production. Et ce projet est loin d’être isolé. En réalité, l’ampleur de la demande donne littéralement le vertige.
Dans les coulisses, les industriels tirent la sonnette d’alarme. Le PDG de SK Hynix l’a reconnu : si le rythme actuel persiste, ils devront faire des arbitrages. Toutes les startups IA ne pourront pas être servies. Certaines risquent même de devoir s’arrêter, faute de composants pour faire tourner leurs serveurs.
Une bulle technologique en formation ? L’IA pourrait être freinée par une simple question de matériaux
Je me souviens encore de la bulle Internet des années 2000. Un engouement massif, des investissements à tout-va, puis la réalité technique et financière qui finit par s’imposer. Aujourd’hui, l’histoire semble vouloir se répéter. L’IA ne manque pas d’idées, elle manque de composants.
Cette crise de la mémoire agit comme un test grandeur nature pour l’ensemble du secteur. La vraie question n’est plus : « Que peut faire l’IA ? », mais plutôt : « peut-on suivre physiquement le rythme de ses ambitions ? » Et si la mémoire, cette brique invisible mais essentielle, freinait tout simplement la prochaine révolution technologique ?
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
Source: Futura
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Catégories: Actualités, Robots & IA