Et si l’expansion de l’Univers n’était qu’un épisode temporaire ? En réanalysant plus de 2 000 supernovae, une équipe menée par Saul Perlmutter remet en cause l’idée d’une énergie noire constante. Ces résultats intrigants viennent bouleverser nos certitudes sur le destin ultime du cosmos observable.

Des chandelles cosmiques pour mesurer l’histoire de l’expansion de l’Univers
Depuis les années 1990, les supernovas de type Ia jouent un rôle central en cosmologie. Leur éclat presque uniforme en fait d’excellentes chandelles standard. Elles sont idéales pour mesurer les distances cosmiques. Ainsi, grâce à elles, on peut reconstruire l’histoire de l’expansion de l’Univers avec une précision surprenante.
Par ailleurs, ces explosions stellaires extrêmes, visibles à des milliards d’années-lumière, ont permis de découvrir que l’expansion de l’Univers s’accélérait. Cette accélération a mené à la théorie de l’énergie noire, une mystérieuse force répulsive agissant à l’échelle cosmique. Mais si cette accélération n’était qu’un mirage, lié à nos limites d’observation ou à un traitement insuffisant des données ?
C’est précisément la question que pose l’équipe de Saul Perlmutter. Elle a repris 2 087 supernovas réparties sur 7 milliards d’années pour appliquer une méthode d’analyse plus robuste. En effet, leur modèle hiérarchique bayésien corrige des biais techniques souvent négligés. Il prend en compte l’usure des capteurs ou la variabilité des filtres. Dès lors, cette approche révèle des écarts subtils… qui pourraient bien tout changer.
Une énergie noire instable : l’hypothèse d’une force cosmique qui s’affaiblit
L’une des conséquences les plus fascinantes de cette étude est l’idée que la fameuse énergie noire ne serait peut-être pas une constante. Jusqu’à présent, on la modélisait comme une force répulsive, constante dans le temps et l’espace. Elle serait responsable de l’accélération cosmique.
Or, certains résultats récents – y compris ceux de cette étude – laissent entrevoir une diminution progressive de cette énergie noire. En d’autres termes, une hypothèse audacieuse pourrait bouleverser notre compréhension du destin de l’Univers. Car si l’énergie noire faiblit, l’expansion pourrait ralentir. Elle pourrait même s’inverser, entraînant une contraction de l’espace : le fameux Big Crunch.
Une méthode d’analyse cosmologique plus fiable grâce à des outils statistiques avancés
Ce qui rend cette étude particulièrement crédible, c’est la rigueur de l’analyse. Le nouveau modèle utilisé intègre des éléments très concrets. Il prend en compte l’usure des filtres des télescopes, ou encore les biais liés à l’environnement galactique des supernovas. Par conséquent, ces facteurs peuvent fausser les résultats lorsqu’on mesure des distances aussi vertigineuses.
De plus, cette approche précise mais souple ouvre la voie à une nouvelle génération d’études cosmologiques. Elle est d’autant plus prometteuse que l’arrivée prochaine de l’observatoire Vera C. Rubin s’annonce comme un tournant. Cet outil pourra détecter des milliers de supernovas par an. De quoi affiner encore nos modèles… ou les faire exploser.
Vers un Univers cyclique ? Quand les modèles dominants vacillent
Ce que nous croyions acquis – une expansion éternelle menant à une mort thermique inéluctable – est peut-être simplement une étape passagère. En réalité, l’histoire cosmique pourrait être cyclique. Elle serait faite de phases d’expansion et de contraction. Une idée vieille comme le monde, mais qui revient aujourd’hui avec une crédibilité renouvelée.
Ce qui est fascinant, c’est que ces questionnements viennent non pas d’opposants marginaux, mais de ceux-là mêmes qui ont construit le modèle dominant. Autrement dit, une belle leçon de science en mouvement. Elle nous rappelle que même les vérités les plus établies peuvent être revisitées, réinterprétées… voire renversées.
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
Source: Futura
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