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Le disque d’or de Voyager : ce message envoyé aux étoiles depuis 1977 raconte l’humanité entière

Lancées en 1977, les sondes Voyager 1 et 2 naviguent depuis près de cinq décennies dans l’espace interstellaire. Elles transportent chacune un disque de cuivre plaqué or, baptisé Golden Record, chargé de sons, d’images et de musiques représentant la vie sur Terre. Un trésor unique, conçu pour traverser les milliards d’années.

Gros plan photoréaliste du disque d’or de Voyager, posé sur une surface sombre, avec ses gravures scientifiques finement visibles et un reflet doré subtil.
Le Voyager Golden Record apparaît ici dans un gros plan saisissant, entre précision scientifique et émotion cosmique. Ses symboles gravés, éclairés par une lumière douce, rappellent l’ambition humaine de laisser une trace dans l’immensité spatiale. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Une capsule temporelle conçue en six semaines, destinée à durer plus longtemps que notre planète

Quand la NASA prépare les sondes Voyager, elle confie à Carl Sagan une mission inédite : concevoir un message pour d’éventuelles civilisations extraterrestres. L’équipe dispose alors de seulement six semaines et d’un budget de 18 000 dollars pour résumer l’histoire de l’humanité entière sur un seul disque.

Le disque mesure 30 centimètres de diamètre. Sa pochette contient une source d’uranium 238, dont la demi-vie de 4,5 milliards d’années permet de calculer le temps écoulé depuis le lancement. La NASA estime que ce disque survivra plus longtemps que la Terre et le Soleil eux-mêmes.

La pochette grave aussi la position de notre Soleil par rapport à des pulsars. Ce repère cosmique offre à toute intelligence capable de le lire les coordonnées précises de la Terre dans la galaxie. Un guide de lecture universel, fondé sur les mathématiques et la physique, accompagne l’ensemble.

Des sons de grillons aux ondes cérébrales d’Ann Druyan : la bande-son de notre planète en 116 images

Le disque réunit 116 images et une large sélection sonore. On y entend le vent, la pluie, le tonnerre, des chants d’oiseaux et de baleines, le galop d’un cheval ou le bruit d’un marteau-piqueur. Ces sons dressent un portrait vivant de la Terre, bien au-delà de toute explication écrite.

Parmi les enregistrements les plus singuliers, on trouve les ondes cérébrales d’Ann Druyan, directrice créative du projet et future épouse de Carl Sagan. Lors de l’enregistrement, Druyan pensait à l’histoire des civilisations, aux défis de l’humanité et à ce que signifie tomber amoureux. Ces ondes traduites en sons représentent un moment d’émotion et de pensée particulièrement intense.

De Bach à Chuck Berry : la playlist interstellaire que les Beatles ont failli rejoindre mais qu’EMI a refusé

Le disque propose 90 minutes de musique issues de cultures et d’époques très variées. On y trouve Bach interprété par Glenn Gould, Mozart, Beethoven, Stravinsky, du blues avec Blind Willie Johnson, des mariachis mexicains et des chants aborigènes australiens. Une véritable carte postale musicale de notre planète.

L’équipe de Sagan voulait y inclure la chanson des Beatles. La maison de disques EMI a refusé de céder les droits. Toutefois, « Johnny B. Goode » de Chuck Berry figure bien sur le disque, malgré les résistances de certains membres du comité qui jugeaient le rock trop « adolescent ». Sagan a répondu : « Il y a des adolescents partout dans le monde. »

Le producteur sonore du projet n’est autre que Jimmy Iovine, alors en début de carrière, recommandé pour la mission par John Lennon lui-même. Cette sélection musicale ne cherche pas à définir la meilleure musique humaine. Elle propose une entrée dans notre sensibilité, une invitation à comprendre notre diversité à travers le rythme et l’harmonie.

Cinquante-cinq langues, un message commun : voilà pourquoi l’humanité a tendu la main vers l’inconnu

Le disque contient des salutations enregistrées dans 55 langues différentes. Du français au mandarin, du suédois à l’arabe en passant par des langues africaines et même le sumérien. La salutation en anglais est prononcée par Nick Sagan, fils de Carl Sagan, ajoutant une dimension personnelle à cet appel lancé vers l’infini.

Le message gravé par le président Jimmy Carter résume l’intention de toute la mission. Traduit librement : « C’est un présent d’un petit monde éloigné. Nous essayons de survivre à notre temps pour pouvoir vivre dans le vôtre. » Un geste à la fois politique, scientifique et profondément humain, porteur d’un espoir sincère de dialogue.

Voyager 1 n’approchera une autre étoile qu’dans 40 000 ans. Les chances que ce disque soit un jour récupéré restent quasi nulles. Ensuite, même ses concepteurs le savaient. Mais ce geste dépasse la probabilité. Il affirme que l’humanité a choisi, face à l’immensité du cosmos, d’exister, de se raconter et de tendre la main vers l’inconnu plutôt que de se taire.

Par Eric Rafidiarimanana, le

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