
En s’appuyant sur l’intelligence artificielle, des chercheurs ont récemment pu confirmer la fonction d’un intrigant objet antique, qui s’est révélé être un jeu de plateau romain.
Des motifs inhabituels
Les archéologues avaient mis au jour cette pierre gravée lors de fouilles à Heerlen, dans le sud-est des Pays-Bas. Fondée il y a deux millénaires, la ville, alors connue sous le nom de Coriovallum, constituait un important site de production de poteries romaines. Elle fut largement abandonnée en 476 de notre ère, correspondant à la chute de l’Empire romain d’Occident.
S’il avait été établi que l’artefact 04433, vieux d’au moins 1 500 ans, était un fragment de calcaire extrait d’une carrière du nord-est de la France, la présence d’un motif inhabituel de lignes entrecroisées intriguait. Publiées dans la revue Antiquity, de récentes recherches ont permis de confirmer qu’il s’agissait d’un plateau de jeu, hypothèse avancée pour la première fois en 1984.
Supposant que les marques d’usure visibles correspondaient aux déplacements répétés de pions, Walter Crist, de l’université de Leyde, et ses collègues ont utilisé l’outil d’intelligence artificielle Ludii pour simuler différentes configurations du plateau et positions de départ, ainsi que des règles issues d’autres jeux de société anciens découverts en Europe, tels que le haretavl scandinave et le gioco dell’orso italien.
« Nous avons effectué les simulations à plusieurs reprises, en ajustant les règles à chaque fois pour voir quels mouvements provoqueraient la même usure concentrée que celle observée sur la pierre d’origine », détaille Matthew Stephenson, de l’université Flinders en Australie.

Jeu de blocage antique
Sur les 100 possibilités explorées, 9 correspondaient étroitement aux marques identifiées, indiquant qu’il s’agissait d’un jeu de stratégie basé sur le blocage, où l’objectif est de limiter les mouvements de l’adversaire, plutôt que de capturer ses pions ou jetons. Selon l’équipe, ceux-ci étaient notoirement rares avant la période médiévale.
« Il s’agit de la première utilisation de simulations basées sur l’IA en association avec des méthodes archéologiques pour identifier un jeu de société », explique Crist. « Cela offre aux archéologues un nouvel outil prometteur pour comprendre les jeux anciens qui ne ressemblent pas à ceux décrits dans les textes ou représentés dans les œuvres d’art connues. »
« Cela illustre le potentiel de l’IA pour l’interprétation d’artefacts anciens », ajoute Stephenson. « Les technologies modernes pourraient bientôt révéler les secrets d’autres objets similaires. »
Précédemment, des chercheurs avaient reconstitué les règles d’un jeu de société vieux de 4 500 ans.
Par Yann Contegat, le
Source: Connect Sci
Étiquettes: IA, jeu, empire romain
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