Depuis le 28 février 2026, le détroit d’Ormuz est bloqué. Derrière le choc pétrolier désormais documenté, une autre crise se dessine, moins visible mais peut-être plus durable. Elle touche deux ressources industrielles essentielles à l’économie moderne : le soufre et l’hélium.

Le détroit d’Ormuz paralysé depuis cinq semaines : un verrou géopolitique qui bloque bien plus que le pétrole
Depuis le 28 février, les frappes américano-israéliennes sur l’Iran ont déclenché une riposte de Téhéran. L’une de ses armes : paralyser le détroit d’Ormuz. Par cette passe de 34 kilomètres transitent normalement 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux.
Le trafic de pétroliers a chuté de 90 % dès la première semaine, selon les données de Kpler. Mais au-delà de ce choc énergétique, d’autres flux critiques tout aussi stratégiques se retrouvent bloqués. Deux matières en particulier cristallisent les craintes industrielles mondiales.
Le soufre, une matière ignorée qui fait pourtant tourner l’électronique, les batteries et les drones
Le soufre est l’un des matériaux les plus sous-estimés de l’industrie mondiale. Il est pourtant irremplaçable. Environ la moitié du soufre commercialisé à l’échelle planétaire est produite dans le Golfe persique. Ce volume transite justement par le détroit d’Ormuz.
Ce minéral sert notamment à fabriquer de l’acide sulfurique. Utilisé pour affiner le cuivre, le nickel, le zinc et le cobalt, cet acide est irremplaçable. Sans lui, les batteries lithium-ion et les moteurs électriques ne peuvent pas être produits à grande échelle.
L’acide sulfurique entre aussi dans la fabrication des circuits imprimés. Depuis le début des frappes contre l’Iran, le prix du soufre a bondi de 30 à 50 %. Dans le secteur de la défense, cela menace directement la production de masse de drones.
L’hélium, ce gaz rare récupéré au Qatar, est soudain en pénurie mondiale : les semi-conducteurs et les IRM en pâtissent
L’hélium ressemble à un gaz anodin. En réalité, il est vital pour refroidir les machines de fabrication de semi-conducteurs. Il permet aussi de faire fonctionner les scanners IRM et soutient de nombreuses applications spatiales et militaires.
Or, le problème vient de sa source. Environ un tiers de la production mondiale provient du Qatar. Depuis le 2 mars, l’usine de Ras Laffan est partiellement à l’arrêt, victime d’une attaque de drones. Ce gaz ne se fabrique pas sur commande et se stocke difficilement.
Corée du Sud, Taïwan, Europe : la course aux approvisionnements révèle des dépendances industrielles critiques
En conséquence, les prix de l’hélium ont plus que doublé sur le marché au comptant depuis le début du conflit. Certains fournisseurs annoncent des réductions de volumes et des surcharges. Des pays fortement dépendants, comme la Corée du Sud et Taïwan, cherchent en urgence des alternatives.
Toutefois, l’Europe n’est pas épargnée. Les usines chimiques et les équipementiers automobiles subissent déjà la hausse des coûts. De leur côté, les fabricants de semi-conducteurs font face à une désorganisation logistique croissante. Aucun secteur industriel ne peut neutraliser ce choc à court terme.
Cliff Cain dirige les affaires commerciales chez Pulsar, une firme d’exploration d’hélium au Minnesota et au Groenland. Il prévient dans le Wall Street Journal qu’une compétition mondiale s’engage désormais pour savoir qui pourra obtenir ses approvisionnements.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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