Aller au contenu principal

Communication étrange : dans la jungle costaricienne, de nombreux animaux utilisent les mêmes « WC »

Des découvertes assez inattendues

— © Quirós-Navarro et al. / Ecology and Evolution 2026

En explorant les forêts nuageuses du Costa Rica, des chercheurs ont découvert que de nombreux mammifères arboricoles privilégiaient le même arbre pour se soulager, suggérant une forme intrigante de communication animale.

Toilettes publiques

Jeremy Quirós-Navarro, alors écologiste indépendant au Costa Rica, et ses collègues ont repéré l’une de ces latrines à 30 mètres de hauteur, alors qu’ils cherchaient un endroit où installer leur caméra. Les découvertes similaires réalisées par la suite concernaient systématiquement la même espèce d’arbre : le figuier étrangleur (Ficus tuerckheimii).

La pose d’un piège photographique dans la réserve de Monteverde a permis de préciser l’utilisation de ces « toilettes publiques ». En l’espace de deux mois, les chercheurs ont recensé 17 espèces différentes de mammifères, soit la quasi-totalité de celles connues pour évoluer dans la canopée locale.

Recevant jusqu’à trois visites par jour, ces latrines aériennes, décrites comme des plateformes naturelles, étaient notamment fréquentées par des margays (chats sauvages), des porcs-épics, des opossums, des capucins à face blanche, des singes hurleurs, des coatis (proches des ratons laveurs) et des belettes. « Même les paresseux à deux doigts, que l’on pensait faire uniquement leurs besoins au sol, les utilisaient », écrivent les auteurs de l’étude, publiée dans la revue Ecology and Evolution.

Pour Neil Jordan, de l’université de Nouvelle-Galles du Sud, ces « WC partagés » constituent une découverte importante. Le fait que certains animaux terrestres, tels que les rhinocéros et les hyènes, utilisent également des latrines communes suggère que ces lieux peuvent servir de points de repère, permettre le marquage territorial, l’échange d’informations interespèces ou contribuer à réduire le risque de détection par des prédateurs.

Différents utilisateurs de ces latrines naturelles — © Quirós-Navarro et al. / Ecology and Evolution 2026

Des éléments clés de l’écosystème

Le figuier étrangleur est un végétal spectaculaire qui enveloppe progressivement l’arbre hôte, lequel finit souvent par périr. À hauteur de canopée, ses branches forment essentiellement des grappes semblables à des mains retournées, créant un espace confortable et sûr pour les mammifères.

Selon Quirós-Navarro, ses branches extrêmement longues peuvent mesurer une douzaine de mètres. Elles constituent d’importantes voies de passage pour la faune arboricole, notamment au-dessus des cours d’eau.

« Ces arbres sont très prisés des animaux grimpeurs, dont certains campent sur les plates-formes servant de latrines », explique le chercheur, qui estime qu’en retirer un seul affecterait profondément l’écosystème et la communication entre différentes zones forestières.

Plus tôt cette année, des chercheurs avaient documenté une organisation sociale fascinante chez les singes évoluant dans la canopée de la jungle du Yucatán.

Par Yann Contegat, le

Source: New Scientist

Étiquettes: ,

Catégories: ,

Partager cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *