Sous le soleil du désert de Pisco, un fossile exceptionnel vient d’être exhumé : un requin géant vieux de 9 millions d’années, Cosmopolitodus hastalis, ancêtre du grand blanc. Une découverte rare, qui dévoile les secrets des océans disparus.

Pourquoi le désert de Pisco est devenu l’un des sites les plus riches en fossiles marins au monde
Le bassin de Pisco, aujourd’hui sec et battu par les vents, était autrefois un océan de vie. Sa géologie particulière – alternance de sédiments marins et volcaniques – a créé des conditions idéales pour préserver les restes d’animaux marins disparus. Ainsi, ces créatures ont été piégées dans le sable pendant des millions d’années.
Cette région fascine les chercheurs du monde entier. En effet, depuis les années 1980, elle a livré une variété de fossiles : des baleines aux nageoires rétractiles, des crocodiles marins géants, des oiseaux plongeurs. Chaque trouvaille raconte un chapitre de la vie marine passée. C’est pourquoi Pisco est devenu incontournable pour comprendre l’histoire des océans.
Et début 2024, un nouveau géant a émergé : Cosmopolitodus hastalis, un requin vieux de 9 millions d’années, découvert par l’équipe de l’INGEMMET. Ce spécimen, quasi complet, est exceptionnel. En effet, les squales ont un squelette cartilagineux, très fragile, qui se fossilise rarement. Ici, les conditions ont fait un miracle scientifique.
Cosmopolitodus hastalis : un super-prédateur de 7 mètres qui terrorisait les eaux du Pacifique
Avec ses sept mètres de long – soit la taille d’un minibus – et ses dents aussi longues qu’un doigt humain, Cosmopolitodus hastalis n’avait rien d’un poisson inoffensif. Ce prédateur régnait sur les eaux chaudes du Miocène. Il y a environ 9 millions d’années, il traquait ses proies grâce à une mâchoire hérissée de dents tranchantes.
Le fossile découvert révèle un alignement de dents dentelées, parfaitement adaptées pour trancher dans la chair. Par ailleurs, les chercheurs ont aussi retrouvé des restes de sardines dans la zone stomacale du spécimen. Ainsi, on en apprend plus sur son régime alimentaire. Cela prouve aussi qu’il dominait la chaîne alimentaire.
Une rareté paléontologique qui aide à reconstituer les chaînes alimentaires d’un autre temps
Les fossiles de requins complets sont une rareté mondiale. Et pour cause : leur squelette, composé de cartilage, se désagrège bien plus vite que celui des mammifères ou des poissons osseux. C’est pourquoi ce spécimen presque entier est une trouvaille majeure.
D’après le paléontologue Mario Urbina, cette découverte nous permet de mieux comprendre comment fonctionnaient les écosystèmes préhistoriques. À cette époque, les océans regorgeaient de vie. De plus, le rôle de prédateur de sommet qu’occupait C. hastalis était essentiel. Il régulait les populations de petits poissons, assurant ainsi l’équilibre de tout l’écosystème.
Le Miocène : une époque bénie pour la biodiversité marine aujourd’hui disparue
Il y a entre 23 et 5 millions d’années, les eaux du Pacifique Sud étaient bien différentes d’aujourd’hui. En effet, l’époque du Miocène a vu fleurir une biodiversité exceptionnelle : des forêts de kelp, des cétacés curieux, des poissons en abondance. Au sommet de cette pyramide alimentaire trônait notre requin géant.
Les bancs massifs de sardines nourrissaient alors toute une galerie de prédateurs, du dauphin au requin. Grâce aux fossiles comme celui de C. hastalis, on saisit mieux comment ces réseaux trophiques se sont structurés. Cependant, ces écosystèmes se sont effondrés, fragilisés par les changements climatiques et tectoniques.
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
Source: Sciencepost
Étiquettes: miocène, requin géant
Catégories: Actualités, Histoire