
En 2009, la découverte du déplacement d’une centaine de corps d’un cimetière proche de Chicago, dans l’optique de revendre les concessions funéraires, avait fait grand bruit. Un morceau de mousse a constitué une preuve clé, ayant permis de faire condamner les auteurs de cette sombre opération.
Scandale à Burr Oak
Situé à Alsip, Illinois, le cimetière de Burr Oak constitue l’ultime lieu de repos de plusieurs figures afro-américaines importantes, telles qu’Emmett Till, dont le meurtre en 1955 avait été le catalyseur du mouvement des droits civiques, ou encore la chanteuse de blues Dinah Washington.
Lors de l’enquête initiale, les experts médico-légaux avaient découvert les restes humains déplacés, sous une couche de terre de quelques centimètres. Parmi les échantillons végétaux prélevés, un morceau de mousse de la taille d’un doigt, en apparence anecdotique.
À l’époque contacté par le FBI, Matt von Konrat, responsable des collections botaniques du Field Museum de Chicago, avait procédé à un examen microscopique du spécimen et à des comparaisons minutieuses, qui lui ont permis d’établir qu’il appartenait à l’espèce commune Fissidens taxifolius.
Des études de terrain ont par la suite révélé que ce type de mousse ne poussait pas à l’endroit où les cadavres avaient été découverts, mais qu’elle était abondante dans une zone légèrement ombragée du cimetière, indiquant qu’elle avait manifestement été déplacée avec les corps.

Trahis par la mousse
Afin de déterminer quand le crime avait été commis, von Konrat s’est appuyé sur le métabolisme de la mousse. L’approche a impliqué l’exposition de l’échantillon prélevé à la lumière puis la mesure de l’activité de ses cellules chlorophylliennes (responsables de la photosynthèse).
La comparaison de ces valeurs à celles obtenues pour une motte fraîche provenant du cimetière et des spécimens de musée a permis d’établir que celle-ci avait été déplacée depuis moins de 12 mois. « Toute la défense des accusés reposait sur le fait que le crime avait eu lieu des années avant leur embauche », détaille le scientifique.
Selon Doug Seccombe, ancien agent du FBI et co-auteur de l’étude évoquant ce « moss case », publiée dans la revue Forensic Sciences Research, ces analyses ont joué un rôle essentiel dans l’obtention des condamnations lors du procès.
En matière de résolution de crimes, la police scientifique s’appuie également sur l’activité des insectes.
Par Yann Contegat, le
Source: The Guardian
Étiquettes: mousse, crime, cimetière
Catégories: Sciences, Actualités