Dans un laboratoire hawaïen, des chercheurs ont recréé une molécule ultra-fragile jamais observée sur Terre. Ce superalcool, le méthanététrol, pourrait expliquer comment la vie est apparue dans l’univers. Une découverte fascinante aux allures de clé chimique cachée.

Le méthanététrol : une molécule fantasme des chimistes depuis plus d’un siècle
Imaginez une molécule formée d’un seul atome de carbone, entouré comme un chef d’orchestre de quatre groupes hydroxyles (OH). Cette configuration unique est tellement chargée d’énergie et de tensions internes qu’elle s’effondre à la moindre variation de température. Autant dire qu’elle n’a aucune chance de survie sur Terre, où les conditions sont bien trop « chaudes » et dynamiques pour elle.
C’est donc dans les théories et les modèles que le méthanététrol vivait jusqu’ici, comme un fantôme de molécule. Certains scientifiques l’imaginaient rôder dans l’espace, tapi dans des glaces interstellaires. Mais sans preuve, cela restait de la pure science-fiction. Jusqu’à ce que des chercheurs d’Hawaï relèvent le défi.
Reproduire les conditions de l’espace profond : un exploit technique impressionnant
Pour stabiliser cette molécule insaisissable, l’astuce était simple sur le papier : descendre la température à -268 °C, soit quelques petits degrés au-dessus du zéro absolu. Facile, non ? En vrai, il a fallu un matériel de pointe, un cryoréfrigérateur dernier cri, et surtout beaucoup de patience.
Dans cette chambre froide extrême, les chercheurs ont mêlé de l’eau et du dioxyde de carbone. Puis, ils ont bombardé le tout de radiations simulant les rayons cosmiques. Ces radiations ont joué le rôle d’allumette chimique, provoquant la réorganisation des atomes. Et bingo : le méthanététrol a fait son apparition.
Mais pas question de le voir à l’œil nu : la molécule est invisible et fugace. Seules des techniques spectroscopiques avancées ont permis de confirmer sa présence, pour quelques instants à peine. Bref, une véritable traque de fantôme, réussie avec brio.
Une bombe prébiotique prête à libérer les briques du vivant
Mais pourquoi une telle obsession pour une molécule aussi fragile ? Parce que le méthanététrol, lorsqu’il se décompose, génère des composés essentiels à la vie : eau, peroxyde d’hydrogène, molécules organiques complexes. Un vrai petit laboratoire vivant en puissance.
Ce comportement en fait une « bombe à retardement » prébiotique, selon Ryan Fortenberry, co-auteur de l’étude. Le terme peut paraître dramatique, mais il résume bien le potentiel de cette molécule : elle contient l’énergie et la matière nécessaires à l’éclosion de structures plus complexes, voire de tout un système vivant.
On la classe d’ailleurs dans la famille des acides ortho, des composés centraux dans les théories sur l’apparition de la vie. Si le méthanététrol se forme naturellement dans les glaces interstellaires, cela pourrait faire de lui un candidat sérieux au titre de molécule fondatrice.
Vers une cartographie de la vie potentielle dans l’univers
La portée de cette découverte dépasse largement notre planète. Si le méthanététrol est capable de se former dans les nuages de poussière cosmique, cela signifie qu’il pourrait exister des millions de poches de vie potentielle dans notre galaxie et au-delà. Ce n’est plus seulement une question de science pure : c’est aussi une aventure philosophique.
Chaque détection de ce superalcool pourrait nous rapprocher de la réponse à une des plus grandes questions humaines : sommes-nous seuls ? L’astrochimie devient alors un outil d’exploration de l’invisible, où l’on traque non plus des signaux radios ou des exoplanètes, mais des traces chimiques portées par des molécules improbables. Une nouvelle frontière s’ouvre, et elle est glacée, instable, mais diablement prometteuse.
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
Source: Sciencepost
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