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Chassé puis exhibé à Paris, Tarrare finit au cœur d’une affaire médicale qui dérange encore

À la fin du XVIIIe siècle, Tarrare déroute la médecine, l’armée et la rue. Son appétit extrême le transforme en curiosité publique, puis en cobaye militaire. Deux siècles plus tard, son cas reste l’un des mystères les plus dérangeants de l’histoire médicale.

Dans un hôpital militaire du XVIIIe siècle, un jeune homme amaigri vu de dos est assis près d’une table couverte d’instruments chirurgicaux et d’un livre d’anatomie ouvert.
Assis de dos dans une salle d’hôpital militaire, Tarrare incarne l’un des cas les plus troublants de l’histoire médicale. Une scène réaliste qui évoque à la fois l’observation clinique et le malaise. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Chassé près de Lyon, il transforme sa faim en spectacle public, et Paris découvre un phénomène vivant

Vers 1772, près de Lyon, Tarrare grandit avec une faim sans fin. Les récits le disent maigre, mais capable d’avaler des quantités immenses. À l’adolescence, sa famille ne suit plus. Elle le chasse, faute de pouvoir nourrir un tel appétit.

Ensuite, il rejoint les marges sociales et transforme son corps en gagne-pain. À Paris, il devient un phénomène de foire. Il avale pommes, pierres, liège et parfois des animaux vivants. Le public applaudit, tandis que les médecins s’interrogent déjà.

La guerre révolutionnaire croit tenir une arme secrète, puis son étrange mission s’effondre en quelques heures

Puis la Révolution entre en guerre, et l’armée cherche des hommes utiles. Tarrare s’engage, mais les rations ordinaires ne suffisent jamais. Malgré des portions renforcées, il fouille les déchets et supplie ses camarades. Son appétit devient un problème militaire.

Des officiers croient alors tenir une forme d’espionnage biologique. Ils lui font avaler un étui contenant un billet, puis testent sa capacité à le restituer. L’expérience fonctionne une première fois. Dès lors, l’armée tente de transformer l’anomalie en outil.

Mais la mission réelle tourne court. Envoyé derrière les lignes prussiennes avec un message avalé, Tarrare attire vite l’attention. Il ne parle pas allemand et se trahit presque aussitôt. Capturé, battu puis relâché, il rentre humilié dans le camp français.

À l’hôpital, l’observation médicale glisse vers la rumeur, et Tarrare devient vite un coupable commode

De retour à l’hôpital militaire, Tarrare passe du spectacle à l’examen clinique. Percy décrit un corps brûlant, une sueur abondante, une odeur difficile à supporter et des phases d’épuisement. Pourtant, cette observation nourrit aussi une légende noire.

Très vite, des témoins racontent qu’il cherche de la nourriture partout, jusque dans les endroits interdits. Certains récits l’accusent d’avoir bu du sang ou touché aux cadavres. Puis un enfant disparaît près de l’hôpital. Le soupçon sans preuve suffit à le faire chasser.

Mort à 26 ans, il laisse une autopsie spectaculaire, mais aucune réponse définitive sur sa maladie réelle

En 1798, Tarrare réapparaît à Versailles, très affaibli, et meurt à seulement 26 ans. L’autopsie spectaculaire frappe les chirurgiens. L’œsophage paraît anormalement large. L’estomac occupe une place énorme. Pourtant, cette ouverture du corps n’explique toujours rien.

Les comptes rendus évoquent aussi du pus, un foie altéré, une vésicule agrandie et des ulcères. En revanche, la fourchette que Tarrare croyait avoir avalée n’apparaît pas. Ainsi, même le dernier indice concret s’efface, et la cause inconnue demeure.

Aujourd’hui, les médecins évoquent plusieurs pistes, de l’hyperthyroïdie à une atteinte cérébrale liée à l’appétit. D’autres envisagent un trouble métabolique ou psychiatrique. Toutefois, le dossier reste trop mince. Tarrare survit donc comme un mystère clinique plus que comme un diagnostic.

Par Eric Rafidiarimanana, le

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