Aller au contenu principal

Certains cerveaux seraient programmés pour devenir accros au cannabis : ce que révèle une expérience troublante sur les rats

Et si certains cerveaux étaient programmés pour rechercher le cannabis ? Une étude récente sur des rats montre que le stress chronique et la rigidité cognitive pourraient prédisposer certains individus à des comportements addictifs, bien avant même toute expérience ou exposition à une substance.

Rat de laboratoire inhalant volontairement de la vapeur de cannabis dans un dispositif expérimental en milieu scientifique contrôlé.
Dans un laboratoire, un rat active lui-même un diffuseur de vapeur de cannabis, illustrant une expérience sur le lien entre stress de fond et comportement addictif – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Une expérience surprenante où les rats choisissent eux-mêmes de consommer du cannabis

Imaginez un laboratoire où des rats peuvent, à leur guise, activer un diffuseur de vapeur de cannabis. Ryan McLaughlin, neuroscientifique à l’université de Washington State, a conçu ce protocole original. Pendant une heure, les animaux s’approchent et déclenchent eux-mêmes l’inhalation via un simple contact du museau.

Ce comportement apparemment anodin a révélé des tendances claires en trois semaines. En effet, certains rongeurs revenaient souvent vers le port à cannabis. Tous présentaient un taux naturellement élevé de corticostérone, l’hormone du stress chez le rat. Ainsi, cette fréquence accrue reflète un terrain physiologique préexistant.

Autrement dit, un stress de fond, chronique, poussait les rats à consommer, bien plus qu’un stress ponctuel. L’idée que certains cerveaux soient « pré-cablés » pour rechercher l’effet calmant du cannabis remet en question nos présupposés sur la liberté individuelle face aux addictions.

Le niveau de stress de fond pèse plus lourd que les émotions passagères dans le rapport aux drogues

Les chercheurs n’ont pas induit de stress artificiel. Au contraire, ils ont observé les rongeurs dans leur état basal. Ce niveau de stress à l’état de repos prédisait mieux l’usage du cannabis que n’importe quelle situation ponctuelle. Une tendance biologique lourde, presque invisible, semblait déjà tracer une trajectoire comportementale chez certains individus.

Fait marquant : même sous stress aigu (tâche cognitive complexe, bruit, contrainte physique), les rats ne consommaient pas davantage. Cela montre que ce sont bien les fondations physiologiques, ce « bruit de fond hormonal », qui influencent réellement le comportement. Chez l’humain, deux personnes confrontées à une même épreuve réagissent différemment selon leur stress de base.

La rigidité cognitive et la sensibilité aux signaux visuels augmentent l’attirance pour le cannabis

Mais les hormones ne suffisent pas à tout expliquer. En complément, l’équipe de McLaughlin a aussi évalué le comportement cognitif des rats. Ceux qui avaient du mal à adapter leur comportement à de nouvelles règles – les moins flexibles mentalement – se montraient plus motivés à consommer.

Encore plus surprenant : les rongeurs très sensibles aux repères sensoriels visuels adoptaient des comportements quasi automatiques. Leur consommation plus intense semble découler de cette rigidité. Ainsi, la manière de traiter l’information, plus que le plaisir immédiat, alimente l’addiction. Par conséquent, les traits cognitifs jouent un rôle essentiel dans la vulnérabilité face aux substances.

Vers une meilleure prévention grâce à l’identification des profils à risque

En tant qu’humains, nous aimons croire que nos choix sont libres, rationnels. Pourtant, cette étude révèle qu’une prédisposition biologique silencieuse peut peser très tôt dans la balance. En d’autres termes, un niveau élevé de cortisol, une difficulté à changer de perspective, ou une attention exagérée à certains signaux pourraient accroître notre vulnérabilité.

Rien n’est figé, heureusement. Le système endocannabinoïde régule naturellement l’équilibre interne. Et certaines actions (psychothérapie, alimentation, activité physique) peuvent aider à le renforcer. Cette recherche ne décrit pas une fatalité, mais propose un levier de compréhension précoce pour bâtir des préventions plus ciblées.

Par Gabrielle Andriamanjatoson, le

Étiquettes: ,

Catégories: ,

Partager cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *