
Chez bon nombre d’espèces animales, lorsqu’un individu est malade, il s’éloigne ou est écarté du groupe. Certaines fourmis ont développé une stratégie différente, impliquant « l’auto-sacrifice » des nymphes pour le bien de la colonie.
Désinfection mortelle
Les fourmis passent par trois stades principaux de développement. Les œufs deviennent des larves, semblables à des vers, qui se transforment en nymphes, morphologiquement proches des fourmis adultes, ultime étape avant qu’elles ne deviennent matures.
En observant des nymphes souffrant d’infections mortelles, des chercheurs autrichiens ont découvert qu’elles émettaient une série de molécules odorantes attirant l’attention des fourmis ouvrières passant à proximité de leurs cocons. Ces dernières entreprenaient alors de les déballer et aspergeaient leurs occupantes d’acide formique. Ce qui avait pour effet de les désinfecter, mais également d’entraîner leur mort.
Selon les auteurs de la nouvelle étude, publiée dans la revue Nature Communications, ces découvertes appuient l’idée que les colonies de fourmis s’apparentent à de « super-organismes ». Dans ce cas précis, les ouvrières agissent comme des cellules immunitaires attirées par des signaux chimiques émis par leurs homologues infectées.
Des expériences complémentaires en laboratoire ont montré que seules les nymphes de fourmis ouvrières utilisaient ce type de signalisation. La principale hypothèse est que les nymphes des reines possèdent un système immunitaire plus robuste, augmentant largement les chances qu’elle survivent aux infections.

Distanciation sociale chez les fourmis
L’année dernière, des chercheurs avaient découvert que l’exposition des ouvrières Lasius niger à un champignon pathogène les poussaient à modifier la configuration de leurs nids afin de réduire le risque d’épidémie. Globalement, chez les colonies touchées, ceux-ci s’avéraient plus compartimentés et moins interconnectés, avec des chambres établies à leur périphérie plutôt que leur centre.
Il s’est également avéré les ouvrières exposées aux spores pratiquaient une forme d’auto-isolement en passant plus de temps à l’extérieur du nid. Un comportement rapproché de « l’altruisme terminal », observé chez des fourmis en fin de vie.
Il y a quelques semaines, des scientifiques avaient documenté une forme de guerre chimique chez ces insectes, avec une fourmi parasite incitant les ouvrières d’une autre espèce à tuer leur reine, avant d’usurper sa place.