
La réanalyse d’ossements remarquablement anciens indique que les ancêtres de la célèbre Lucy vivaient pacifiquement aux côtés d’une autre espèce d’australopithèque dans ce qui est aujourd’hui le nord-est de l’Éthiopie.
L’hominidé de Burtele révèle ses secrets
Mis au jour en 2009 sur le site de Burtele, dans la vallée d’Afar, où avaient été précédemment découverts les restes de Lucy, représentante de l’espèce Australopithecus afarensis, ces huit os faisaient partie du pied droit d’un individu qui vivait il y a 3,4 millions d’années.
Si des différences morphologiques notables, avec notamment la présence d’un gros orteil opposable (associé à un mode de vie arboricole), avaient permis d’écarter la piste A. afarensis, on ignorait s’il s’agissait d’un Ardipithecus, apparu environ un million d’années plus tôt, où d’un proche parent de Lucy.
La datation de fragments de mâchoires et de dents mis au jour à Burtele en 2015 et 2016 a révélé qu’ils remontaient à la même période, appuyant la seconde piste et conduisant à la description d’une nouvelle espèce d’australopithèque : Australopithecus deyiremeda.
Scientists have finally assigned foot bones found in 2009 to an ancient human species, and the move suggests that different types of hominins lived close by in harmony https://t.co/kpObl8jze3
— New Scientist (@newscientist) November 26, 2025
Dans le cadre de travaux publiés dans la revue Nature, Yohannes Haile-Selassie, de l’université d’État de l’Arizona, et ses collègues ont procédé à une analyse approfondie des quenottes de l’hominidé ancien. Leurs schémas isotopiques ont révélé que celui-ci se nourrissait principalement de pousses et de feuilles d’arbres et arbustes, quand Lucy et ses congénères consommaient essentiellement des plantes herbeuses.
Cohabitation pacifique
Selon Haile-Selassie, ces nouvelles découvertes indiquent qu’A. deyireme cohabitait pacifiquement avec les ancêtres directs de Lucy.
« Ces deux groupes n’étaient définitivement pas en concurrence pour les ressources alimentaires », estime le chercheur. « Chacun vaquait à ses occupations, avec A. deyiremeda évoluant dans les arbres pendant qu’A. afarensis arpentait les prairies voisines. »
Éclairant la diversité des hominidés à la fin du Pliocène, de tels travaux illustrent la nature complexe de l’évolution, et suggèrent « une coexistence déjà profondément ancrée chez nos lointains ancêtres ».
L’an passé, l’analyse d’empreintes avait révélé que Paranthropus boisei et Homo erectus cohabitaient il y a 1,5 million d’années.