Sous la surface immobile des océans, là où la lumière disparaît totalement, des chercheurs ont révélé un écosystème abyssal prospérant à des profondeurs records. Ainsi, cette découverte spectaculaire transforme notre compréhension des limites du vivant et, plus largement, interroge l’avenir de l’exploration des fonds marins.

Dans la zone hadale, des écosystèmes prospèrent malgré l’obscurité totale et une pression écrasante
Au-delà de 6 000 mètres commence la zone hadale, un territoire plongé dans une obscurité permanente. Là, en effet, la pression dépasse mille fois celle ressentie en surface et, parallèlement, les températures frôlent le gel. Pourtant, longtemps considérées comme stériles, ces profondeurs extrêmes révèlent désormais une vitalité inattendue.
À plus de 9 500 mètres, des scientifiques ont observé des communautés organisées autour de suintements chimiques. Ainsi, des vers tubicoles dressent leurs silhouettes pâles au-dessus des sédiments, tandis que, simultanément, crustacés et mollusques évoluent lentement. Dès lors, l’ensemble compose un réseau biologique cohérent, adapté à des conditions jugées autrefois incompatibles avec la vie.
Des sources riches en méthane et en sulfures alimentent une vie fondée sur la chimie plutôt que sur le Soleil
Dans ces abysses, la photosynthèse n’existe pas. En revanche, l’énergie provient de réactions chimiques entre le méthane, les sulfures d’hydrogène et les minéraux du plancher océanique. Ainsi, ce phénomène, appelé chimiotrophie, permet à des bactéries spécialisées de produire de la matière organique sans aucune lumière.
Ces micro-organismes forment alors la base d’une chaîne alimentaire totalement indépendante du Soleil. De plus, en symbiose avec des vers siboglinidés, ils échangent nutriments et énergie de manière continue. Ensuite, les bivalves géants et amphipodes se nourrissent des résidus produits. Par conséquent, se construit un écosystème autonome, alimenté uniquement par la dynamique géologique.
La fosse des Kouriles révèle une activité géologique intense qui soutient un monde caché sous l’océan
La fosse des Kouriles résulte de la subduction d’une plaque océanique sous une autre, créant ainsi une cicatrice profonde dans la croûte terrestre. Par conséquent, cette activité tectonique génère des failles actives par lesquelles s’échappent des fluides chargés en gaz et minéraux essentiels au maintien de la vie.
Les analyses géochimiques montrent d’ailleurs une forte concentration de méthane d’origine microbienne, produit dans les sédiments par réduction du dioxyde de carbone. En effet, ce processus invisible constitue une véritable centrale énergétique naturelle. Dès lors, il soutient des communautés biologiques capables de transformer cette énergie chimique en biomasse.
Ces habitats pourraient, selon les estimations, s’étendre sur plusieurs milliers de kilomètres le long des reliefs sous-marins. Ainsi, loin d’être isolées, ces oasis forment un ensemble interconnecté dépendant des mouvements internes de la Terre. En définitive, la géologie profonde apparaît comme un moteur essentiel du fonctionnement des océans.
Une découverte majeure qui questionne les origines de la vie et l’exploitation future des fonds marins
La présence d’écosystèmes actifs à de telles profondeurs bouleverse, de fait, la définition des limites biologiques. Elle suggère également que la vie peut émerger et prospérer dans des environnements extrêmes, fondés uniquement sur des réactions chimiques. Ainsi, cette réalité élargit considérablement les scénarios envisagés pour les origines du vivant.
Par ailleurs, des environnements comparables pourraient exister sous la surface glacée de certaines lunes ou dans des sous-sols planétaires riches en minéraux. Dès lors, comprendre ces mécanismes abyssaux offre des clés précieuses pour la recherche de vie extraterrestre et, en parallèle, affine les modèles scientifiques actuels.
Cependant, cette révélation souligne aussi la fragilité de ces milieux encore méconnus. En effet, alors que l’exploitation minière des grands fonds progresse, la découverte de ces écosystèmes profonds rappelle l’ampleur de ce qui reste à comprendre avant toute intervention humaine durable.
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
Source: Science & Vie
Étiquettes: écosystème marin, zone hadale
Catégories: Actualités, Écologie