Dans la mer Baltique, des chercheurs ont réactivé une diatomée restée en dormance près de 7 000 ans. L’annonce, publiée début 2025, ne tient pas du simple record. Elle ouvre une voie concrète pour suivre l’évolution du vivant marin.

À 240 mètres sous la Baltique, des cellules vieilles de 6 871 ans repartent et bousculent l’idée du temps vivant
Tout commence dans la fosse orientale de Gotland, à 240 mètres de profondeur. En 2021, l’équipe a prélevé des carottes de sédiments couvrant environ 7 500 ans d’histoire. Dans ces couches anoxiques, des cellules dormantes attendaient encore leur retour.
Le résultat impressionne parce qu’il repose sur un fait solide : la diatomée Skeletonema marinoi a repris vie après jusqu’à 6 871 ans de dormance, avec une marge d’environ 140 ans. L’étude a paru le 3 janvier 2025 dans The ISME Journal.
Ce réveil ne relève pas du miracle : lumière, oxygène et nutriments ont suffi à relancer une mécanique intacte
Les chercheurs n’ont pas trouvé un organisme actif par hasard. Ils ont replacé les sédiments dans des conditions favorables, avec lumière, oxygène et nutriments. Ensuite, certaines cellules ont germé, puis recommencé à croître, se diviser et produire de l’oxygène, comme au printemps baltique.
Une précision compte beaucoup : sur l’ensemble des échantillons testés, une seule espèce a été réanimée à tous les âges examinés. Il s’agit de cette diatomée, très commune dans la Baltique actuelle, surtout pendant la floraison printanière, ce qui renforce la comparaison.
Ce point change la lecture du résultat. On ne parle pas seulement d’une survie symbolique. On observe une reprise fonctionnelle complète, documentée en laboratoire, chez des cellules enterrées depuis l’époque où la mer Baltique traversait encore de profondes transformations environnementales.
Le plus troublant arrive ensuite : croissance et photosynthèse restent stables, malgré sept millénaires de silence
Le plus frappant, c’est la stabilité biologique retrouvée. Les souches ressuscitées affichent des vitesses de croissance comparables aux lignées récentes. Le maximum observé atteint 0,31 division par jour. Autrement dit, le temps n’a pas cassé leur moteur cellulaire.
La photosynthèse raconte la même histoire. Les chercheurs ont mesuré une production moyenne d’environ 184 micromoles d’oxygène par milligramme de chlorophylle et par heure. Toutefois, l’intérêt dépasse la performance brute. Ces cellules offrent une archive vivante du passé marin.
Derrière l’exploit, une méthode s’impose : comparer des lignées vivantes séparées par des millénaires change tout
C’est là que l’étude devient passionnante pour vous et pour la recherche climatique. Grâce aux analyses génétiques, notamment par microsatellites, les scientifiques distinguent des cohortes séparées dans le temps. Ils peuvent donc suivre des lignées vivantes adaptées à plusieurs états anciens de la Baltique.
Ensuite, cette approche dite d’écologie de la résurrection permet autre chose qu’une belle annonce. Elle autorise des comparaisons directes entre organismes vivants séparés par des millénaires. Pour comprendre l’adaptation, c’est bien plus puissant que de simples fossiles ou fragments d’ADN.
Enfin, cette percée ne promet pas des miracles biologiques. Elle montre plutôt où regarder pour tester la résilience du vivant face aux crises. Dans des mers pauvres en oxygène, les sédiments conservent parfois une mémoire active, capable d’éclairer notre futur.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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