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La France va être le 1er pays de l’UE à utiliser la reconnaissance faciale dans ses services publics

Un dispositif réclamé par le ministère de l'Intérieur qui verra le jour en novembre

La France serait en passe de devenir le premier pays européen à appliquer la reconnaissance faciale pour les services publics en ligne. Pour cela, l’application Alicem (Authentification en ligne certifiée sur mobile) pour smartphone serait mise en place à partir du mois de novembre. Une nouveauté qui ne satisfait pas tous les organismes.

La reconnaissance faciale s’invite dans les services publics

Allons-nous réellement bientôt pouvoir nous identifier sur nos comptes de services publics en montrant notre visage à notre smartphone ? Selon les informations du média Siècle Digital, la France est sur le point de devenir le premier pays européen à avoir recours à la reconnaissance faciale pour réaliser de telles démarches.

En effet, le programme Alicem (Authentification en ligne certifiée sur mobile) a été développé pour le ministère de l’Intérieur et l’Agence nationale des titres sécurisés (ANTS). Comment cela fonctionne ? Afin de se connecter à leurs comptes de la CAF ou aux services des impôts, les Français devront obligatoirement utiliser la reconnaissance faciale. Celle-ci sera alors utilisée pour créer une identité numérique. Aucune alternative ne sera proposée.

Pour le moment, seuls les utilisateurs d’Android peuvent y avoir accès. Ce dispositif comparera la photographie du passeport avec une vidéo, créée au préalable par l’utilisateur et illustrant diverses expressions personnelles. De plus, seuls les détenteurs d’un passeport français ou d’une carte de séjour sont concernés. Si tout concorde, l’identité numérique sera automatiquement activée.

Des opinions qui divergent…

La mise en place de ce dispositif fait diverger les opinions de chacun. Par exemple, le Quadrature du Net, une association de défense des droits et libertés sur Internet, a déposé un recours au mois de juillet devant le Conseil d’Etat afin de faire annuler le décret du 13 mai qui l’autorise. L’association considère que Alicem va pleinement à l’encontre du Règlement général sur la protection des données (RGPD). En effet, elle obligerait toute personne souhaitant utiliser ces services publics à fournir sa reconnaissance faciale. Ce règlement propose un service d’interdiction du traitement de certaines informations, telles que les données biométriques. Ce principe peut être mis à l’écart si « la personne concernée a donné son consentement explicite au traitement de ces données à caractère personnel ». Néanmoins, ce dispositif ne respecte en rien cette liberté.

La Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) a été très critique. Elle a d’ailleurs affirmé dans son Journal officiel n°0113 du 16 mai 2019 que « l’activation du compte soulève des interrogations » concernant la transmission des données biométriques. Or, le gouvernement n’a pas suivi ces recommandations et le texte reste inchangé. Les Français devraient donc se plier à cette nouvelle application de reconnaissance faciale en ignorant leurs libertés et donc le règlement européen.

Selon le ministère, ce dispositif est avantageux. Il s’agit d’une « démarche en ligne simplifiée« . Ainsi, chacun pourra se connecter sans devoir inscrire plusieurs mots de passe ou identifiants. Cela permettrait également d’éviter toute usurpation d’identité. Il est également assuré que toute information sera conservée en sécurité et non transmise. Bien évidemment, cela est confirmé à condition qu’aucun compte ne soit piraté par un tiers. De plus, ces mises en garde nous montrent qu’une application lancée par le gouvernement ne garantit pas une pleine sécurité et le respect de l’intérêt public.

— Andrey_Popov / Shutterstock.com

… pour la mise en place d’un dispositif pourtant considéré comme prometteur par le ministère

Malgré toutes ces mises en garde, la gouvernement a annoncé vouloir lancer Alicem dès la fin de l’année. La France se lance dans une nouvelle tendance de « généralisation de la reconnaissance faciale« . De plus, le ministère assure que chaque information sera stockée uniquement sur le smartphone de l’utilisateur. Seuls les utilisateurs qu’il aura désignés pourront y avoir accès. De plus, la vidéo fournie au début sera instantanément effacée après vérification.

Le gouvernement vante donc la sécurité de son dispositif. Or, Siècle Digital rappelle bien qu’il aura fallu, cette année, seulement 75 minutes pour un hacker pour pirater la messagerie de l’Etat. Au contraire, ce réel débat n’effraie pas le gouvernement. En effet, la date de lancement de Alicem a été avancée: initialement prévue en décembre, l’application verra le jour dès le mois de novembre prochain.

Pour quelles raisons un tel dispositif va être mis en place ?

Les véritables raisons qui ont mené au lancement d’un telle application ne sont pas précisées par le gouvernement. Trois enjeux sont tout de même soulevés par l’Etat : « assurer sa mission régalienne de certification de l’identité dans un monde digital complémentaire du monde physique » ; il s’agirait également de la « préfiguration d’un service plus large d’identité numérique en cours de conception dans le cadre du programme interministériel mis en place en janvier 2018 » ; enfin Alicem faciliterait les démarches administratives.

Par ailleurs, le gouvernement assure qu’il désire lutter contre la cybercriminalité et toute forme d’usurpation d’identité. Pour cela, le droit du libre consentement et à la vie privée doit être respecté. L’Etat doit donc veiller au maintien des droits de chacun dans le domaine de la reconnaissance faciale et du numérique.

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  • Pour Cécile BRETON: article intéressant. On peut être pour ou contre. Mais l’info est enrichissante. Tout à la fin de votre texte, vous écrivez « l’Etat doit donc veiller au maintient des droits de chacun… ». Le t final de maintient est de trop. Il n’aurait de raison d’être que s’il s’agissait du verbe maintenir, ce qui n’est pas le cas.

  • sauf qu’apparemment, c’est faux (entendu hier a la radio) puisqu’on ne seras pas obligé d’utiliser l’application, pour des raisons juridiques.

  • J’émets de sérieux doute sur une mise en œuvre en novembre de cette année. Par ailleurs, comment imposer une reconnaissance faciale sur un smartphone alors que l’accès par un PC restera « classique ».
    Autre point : La messagerie de l’état n’a pas été piratée, ce sont les messageries des usagers qui l’ont été, permettant au hacker de se faire passer pour eux …

  • Amusant,
    alors que c’est une technologie assez facile à pirater… il suffira de présenter un écran (tablette ?) avec suffisamment de résolution (3D au pire des cas) qui permettra d’avoir accès à l’ensemble des données de l’utilisateur… et vu que tout sera centralisé, le vol d’identité sera encore plus rapide… éventuellement de refaire les papiers de véhicule (avec une autre adresse ?) etc… je vous laisse aisément imaginer le cauchemar administratif que cela va engendrer pour la victime…