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Les lacs du Rub al-Khali offraient de l’eau aux premiers humains, mais le manque de pierre à tailler les a éloignés

Publiée le 28 octobre 2026 dans Nature, une étude montre que les anciens lacs du Rub al-Khali n’ont livré aucune trace d’occupation humaine. L’équipe désigne un autre facteur limitant que l’eau, la roche propre à la taille. Cette piste oblige à revoir les cartes des routes empruntées par les premiers humains en Arabie.

Dépôt blanchâtre d'un ancien lac asséché entre de hautes dunes de sable orangé, sous un ciel clair, sans aucune pierre visible au sol
Les dépôts blanchâtres d’anciens lacs parsèment encore les dunes du Rub al-Khali. Une étude parue dans Nature relie leur abandon par les premiers humains à l’absence de roche taillable. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Une traversée de 1 500 kilomètres menée fin 2023 a recensé 55 sites lacustres sur 125 localités examinées

Entre le 15 novembre et le 20 décembre 2023, une expédition a parcouru environ 1 500 kilomètres au cœur du désert saoudien. Selon l’article, 125 localités ont été examinées, dont 55 portaient des dépôts de paléolacs. Ainsi, l’eau douce était bien présente au cours du stade isotopique marin 5, entre environ 122 000 et 67 000 ans.

Le protocole reposait sur une simple prospection de surface, sans fouille ni prélèvement, en accord avec le ministère saoudien de la Culture. Pourtant, la visibilité du sol dépassait 95 %. Par conséquent, l’absence totale d’outils lithiques sur ces rivages ne peut guère s’expliquer par un défaut d’observation.

Sur près de 800 kilomètres, le sous-sol ne contient que des roches incapables de produire un tranchant

Pour fabriquer un outil, il faut une roche à fracture conchoïdale, comme le silex ou le quartzite. Or, au centre du bassin, les formations affleurantes se limitent à des carbonates, des évaporites et des sédiments détritiques. Les gisements exploitables les plus proches se trouvent à plus de 200 kilomètres des lacs étudiés.

De plus, seules dix localités, toutes situées sur les bordures ouest et est du transect, présentaient de la pierre taillable. Elles n’ont pas livré d’artefacts non plus. Selon les auteurs, la pierre isolée ne suffisait donc pas davantage que l’eau isolée à fixer un groupe.

Les chasseurs-cueilleurs du Paléolithique moyen se fournissaient presque toujours à moins de 5 kilomètres

Les données compilées dans l’étude éclairent cette contrainte. Dans les ensembles bien documentés du Paléolithique moyen, 60 à 98 % de la matière première provient de sources situées dans un rayon d’environ 5 kilomètres. En revanche, les apports lointains, au-delà de 20 à 30 kilomètres, dépassent rarement 5 % des pièces.

Dès lors, vivre durablement au centre du désert aurait exigé de transporter tout son outillage sur des centaines de kilomètres. Cependant, les bordures racontent une autre histoire. À Mundafan ou au Jebel Faya, des occupations contemporaines des lacs ont laissé d’abondants vestiges, précisément là où eau et roche se rencontrent.

Un modèle ouvert indique que 57 % des terres proches de l’eau en Arabie manquaient de roche à outils

À partir de ces observations, l’équipe dirigée par Rudolf Dellmour, de l’université de Vienne, a construit un modèle croisant hydrologie ancienne et géologie. Résultat : 57 % des terrains jugés accessibles à l’eau reposent sur des formations dépourvues de pierre taillable. Testé sur 362 sites connus, le modèle prédit mieux leur position que la seule présence d’eau.

Par ailleurs, l’outil est publié sous licence libre et peut s’appliquer à d’autres déserts. Le correspondant de l’étude, Jeffrey Rose, de l’université de l’Algarve, l’a validé grâce à vingt ans de terrain à Oman. Ainsi, les modèles fondés sur le seul climat risquent de surestimer l’espace réellement habitable pour des populations dépendantes de la pierre.

Par Gabrielle Andriamanjatoson, le

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