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Sous les calanques de Cassis 32 millions de tonnes de résidus toxiques dorment au fond de la Méditerranée

Les eaux turquoise des calanques cachent une immense décharge sous-marine. Depuis 1966, des millions de tonnes de déchets industriels reposent au fond du canyon de Cassidaigne. Ce lourd passif écologique menace pourtant encore les équilibres marins méditerranéens.

Une conduite sous-marine rejette des boues rouges sous les calanques de Cassis.
Sous les eaux turquoise des calanques de Cassis, des millions de tonnes de résidus industriels se sont accumulées dans le canyon de Cassidaigne. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Un tuyau sous-marin a déversé les déchets de Gardanne pendant des décennies au large des côtes provençales

L’histoire commence à Gardanne dans les Bouches-du-Rhône. Dès la fin du dix-neuvième siècle, une usine extrait de l’alumine à partir de bauxite. Cette transformation produit alors de grandes quantités de résidus rougeâtres. Faute de place à terre, les dirigeants choisissent ensuite une option radicale.

En 1966, l’État valide l’installation d’une conduite sous-marine de plus de 7 kilomètres. Le tuyau débouche directement dans le canyon de Cassidaigne. Ainsi, l’industrie rejette ses matières polluantes à trois cent vingt mètres de profondeur, loin des regards.

Les estimations officielles évoquent au moins vingt millions de tonnes déversées au fil du temps. D’autres calculs grimpent même jusqu’à trente-deux millions de tonnes. Pendant cinquante ans, ces flux continus s’accumulent donc sur le plancher sous-marin avec l’accord de l’État.

Le cocktail de métaux lourds accumulé sous la mer continue d’inquiéter les spécialistes de l’environnement

Cette boue minérale contient de nombreux composants toxiques pour la faune et la flore. Les analyses révèlent des taux élevés de titane, de chrome et de plomb. De plus, le fer et le vanadium s’ajoutent à ce mélange chimique nocif qui ne disparaît jamais.

Les scientifiques constatent également un net déficit en manganèse dans ces dépôts sous-marins. Cependant, la préfecture autorise la société Alteo à prolonger ses rejets liquides en 2015. Cette dérogation administrative scandalise alors les défenseurs du littoral, réunis pour le climat à Paris.

À plus de trois cents mètres de profondeur un désert minéral a remplacé la faune marine méditerranéenne

Sous la surface, les sédiments étouffent la roche et le sable naturel. Les biologistes marins observent une zone sans aucune faune aquatique. Par conséquent, les coraux et les crustacés disparaissent sous cette couche épaisse de boue.

Ce contraste saisit les observateurs de la région provençale. En surface, les calanques de Cassis attirent des milliers de plaisanciers et de baigneurs chaque été. Pourtant, les abysses subissent les séquelles d’une longue activité industrielle sans aucun nettoyage possible.

La justice examine désormais la responsabilité de cette pollution historique après la mobilisation citoyenne

L’interdiction des rejets solides entre enfin en vigueur en 2016. Dès lors, l’exploitant stocke ses résidus à ciel ouvert dans le vallon de Mange-Garri. Ensuite, l’entreprise subit un redressement judiciaire en 2019 avant d’arrêter le traitement de la bauxite.

Cet arrêt industriel n’efface pas les dégâts sous-marins accumulés. Des collectifs de pêcheurs et des associations écologistes portent donc l’affaire devant les tribunaux. Ces plaignants dénoncent une atteinte majeure aux mers et réclament la reconnaissance d’un écocide.

Ces tonnes de boue dorment toujours à trois cent vingt mètres sous les flots. Aucun acteur industriel ne maîtrise actuellement de méthode pour aspirer ces masses sous-marines. Le canyon conserve ainsi l’empreinte durable d’un demi-siècle de négligences écologiques impunies.

Par Eric Rafidiarimanana, le

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