
Des chercheurs ont rapporté une « escapade » sans précédent chez les jaguars : un mâle ayant longé la lisière sud de la forêt amazonienne sur plus de 2 000 kilomètres, élargissant notre compréhension de ces iconiques félidés sud-américains.
Épopée féline
Depuis près de trois décennies, Jon Morant, de l’University College Dublin, et ses collègues étudient les déplacements des jaguars brésiliens le long du fleuve Araguaia, qui constitue un véritable corridor écologique. Le 11 novembre 2024, un mâle de huit ans, surnommé Gaspar, a été capturé et équipé d’un collier GPS. Quelques mois plus tard, il a quitté ses contrées natales en direction des vastes plaines herbeuses du Cerrado, plus au sud.
L’examen des données GPS a révélé une distance de 2 122 kilomètres à vol d’oiseau fin novembre 2025, lorsque son collier a cessé d’émettre. « Jusqu’alors, le record ne dépassait pas une centaine de kilomètres pour nos jaguars », écrivent les auteurs de la nouvelle étude, publiée dans la revue Ecology.
Si l’animal évoluait essentiellement dans des zones boisées, il a été amené à traverser des routes et des zones agricoles. Selon l’équipe, ce type de déplacement est généralement observé chez des spécimens bien plus jeunes, âgés de 1 à 3 ans. « Il était sans doute à la recherche de nouvelles ressources alimentaires ou de partenaires potentiels », suppose Morant.
Les chercheurs se disent également particulièrement intrigués par le fait que Gaspar ne se soit pas établi dans l’une des nombreuses zones propices aux jaguars qu’il a été amené à traverser au cours de son épopée épique de plus d’un an.

Des défis à surmonter
Le fait que les jaguars soient amenés à couvrir de telles distances illustre également les défis auxquels ils sont actuellement confrontés, notamment une déforestation et une expansion des activités humaines soutenues en Amazonie, qui affectent leurs habitats historiques.
« Des individus se déplaçant aussi loin, dans des zones exploitées par les humains, sont également plus susceptibles d’être chassés, notamment en raison d’attaques contre le bétail », rappelle Morant. « Une telle situation questionne la façon dont les zones protégées sont aujourd’hui définies et organisées. »
Concernant le sort de Gaspar, le chercheur pense qu’il aurait pu être abattu, empoisonné, ou que son collier GPS soit simplement arrivé à court de batterie, impliquant qu’il continue à arpenter le sol brésilien.
En Afrique, un lion à trois pattes s’était précédemment illustré en réalisant la traversée record d’une rivière infestée de crocodiles.