Une étude récente met en lumière un mécanisme spectaculaire : les mouvements des plaques tectoniques influencent le niveau marin selon un rythme régulier, déclenchant des vagues d’explosions biologiques dans les océans. Une mécanique lente, invisible à l’échelle humaine, mais déterminante pour l’histoire du vivant.

La tectonique des plaques : un moteur planétaire colossal qui redessine sans cesse la surface du globe
Sous la croûte terrestre, la lithosphère repose sur une couche plus souple appelée asthénosphère. Fragmentée en grandes plaques rigides, elle dérive lentement, de quelques centimètres par an. Ce mouvement imperceptible suffit pourtant à remodeler continents et océans sur des millions d’années.
Lorsque ces plaques se rencontrent, trois scénarios dominent. Aux frontières convergentes, les collisions élèvent des chaînes de montagnes ou provoquent la subduction d’une plaque océanique. Aux limites divergentes, le magma remonte et fabrique de nouveaux planchers marins. Enfin, les zones transformantes génèrent de puissantes failles.
Comment les dorsales et les zones de subduction modifient le niveau des mers et créent de nouveaux habitats marins
Au cœur des océans, les dorsales médio-océaniques fonctionnent comme d’immenses cicatrices en expansion. Le manteau y remonte, forme une croûte neuve et gonfle le fond marin. Résultat : l’eau est déplacée vers les continents, provoquant une hausse globale du niveau de la mer.
À l’inverse, dans les zones de subduction, la lithosphère océanique s’enfonce dans le manteau. Le plancher s’abaisse progressivement, agrandissant les bassins océaniques. Cette dynamique favorise alors une diminution relative des eaux peu profondes, transformant profondément les environnements côtiers et les plateaux continentaux.
Ces variations ne sont pas anodines. Lorsque la mer progresse sur les continents, elle crée des mers peu profondes, riches en lumière et en nutriments. Ces milieux deviennent des incubateurs d’espèces nouvelles, particulièrement adaptées à ces conditions instables et en constante transformation.
Un cycle de 36 millions d’années identifié dans les archives géologiques et corrélé aux pics de biodiversité
Des analyses géologiques révèlent un rythme frappant : tous les 36 millions d’années, les configurations tectoniques modifient significativement la hauteur des fonds océaniques. Ces oscillations influencent directement l’étendue des habitats marins peu profonds, véritables foyers de diversification biologique.
Les archives fossiles montrent que les pics de biodiversité marine surviennent quelques millions d’années après ces bouleversements. Ce décalage correspond au temps nécessaire pour que les espèces colonisent les nouveaux espaces, se différencient et occupent les niches écologiques fraîchement créées.
Depuis au moins 250 millions d’années, ce mécanisme semble structurer l’histoire du vivant marin. La tectonique ne façonne donc pas seulement les reliefs ; elle impose un tempo régulier à l’évolution, comme un métronome géologique guidant silencieusement l’expansion et la raréfaction des espèces.
Pourquoi ce mécanisme ancien éclaire aussi les enjeux actuels liés au climat et à la biodiversité
Aujourd’hui, le cycle tectonique placerait la planète dans une phase de niveau marin relativement bas. Théoriquement, cette configuration limiterait l’extension des mers peu profondes. Pourtant, la réalité contemporaine diffère fortement en raison d’un facteur supplémentaire : le réchauffement climatique d’origine humaine.
La fonte accélérée des calottes glaciaires et la dilatation thermique des océans entraînent une élévation rapide des eaux. Ce phénomène, indépendant des cycles géologiques lents, modifie brutalement les écosystèmes côtiers et impose aux espèces un rythme d’adaptation bien plus rapide que par le passé.
Comprendre ces cycles profonds permet de replacer l’époque actuelle dans une perspective longue. La tectonique des plaques agit comme une horloge colossale, mais l’activité humaine introduit une accélération inédite. Entre forces naturelles immuables et pressions modernes, l’équilibre du vivant se joue désormais sur deux tempos superposés.
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
Source: Sciencepost
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