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15 ans après Fukushima, le Japon relance sa plus grande centrale nucléaire pour séduire les géants du numérique

Quinze ans après Fukushima, la plus grande centrale nucléaire du monde pourrait devenir le cœur énergétique d’un nouveau hub technologique. À l’heure où les data centers réclament toujours plus d’électricité bas-carbone, le Japon réhabilite l’atome pour séduire les géants du numérique en quête d’énergie propre et stable.

Vue aérienne de la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa au Japon, avec ses tours de refroidissement en activité au bord de la mer
La centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa, la plus puissante au monde, symbole de la relance de l’atome au Japon quinze ans après Fukushima – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Le redémarrage de Kashiwazaki-Kariwa incarne la volonté du Japon de réconcilier progrès et mémoire post-Fukushima

On pensait qu’elle resterait figée dans le passé, comme un vestige silencieux d’une époque que le Japon cherchait à oublier. Pourtant, la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa, massive et silencieuse depuis plus d’une décennie, s’apprête à redémarrer. Située dans la préfecture de Niigata, elle abrite sept réacteurs. Le sixième, d’une capacité de 1,35 million de kilowatts, devrait reprendre du service d’ici fin janvier 2026.

Cette réouverture ne relève pas d’un simple geste administratif. Elle traduit une volonté politique claire : montrer que le Japon a tiré les leçons de la catastrophe de Fukushima. Depuis 2011, le pays a renforcé ses normes de sûreté, multiplié les inspections, et peu à peu réhabilité l’image du nucléaire. Ce retour s’impose aussi face à la crise climatique, toujours plus pressante.

Mais cette décision touche aussi une corde sensible. Le Japon ne peut pas effacer le passé, ni les drames humains de 2011. Relancer Kashiwazaki-Kariwa, c’est accepter d’avancer tout en portant la mémoire collective, avec prudence et pédagogie. C’est aussi, peut-être, une manière de réconcilier l’innovation technologique avec le respect des traumatismes historiques.

Miser sur l’énergie nucléaire bas-carbone pour attirer les data centers : un choix stratégique en pleine transition énergétique

Pourquoi maintenant ? Parce que les enjeux énergétiques sont plus critiques que jamais. Le Japon dépend largement des importations d’énergies fossiles, et voit dans le nucléaire une solution locale, stable et décarbonée. Il cherche aussi à capitaliser sur la croissance rapide des infrastructures numériques pour soutenir cette relance.

Les data centers posent un défi immense : ils consomment énormément d’électricité, qu’il faut fournir de manière continue, fiable et propre. En les implantant à proximité de Kashiwazaki-Kariwa, le Japon pourrait optimiser la production, réduire les pertes et proposer une offre énergétique cohérente avec ses engagements climatiques.

Selon Nikkei, Tepco n’a pas encore officialisé de partenariat, mais ses intentions se précisent. Des entreprises comme Google ou Microsoft ont déjà conclu ce type de contrats aux États-Unis. Le Japon veut rejoindre ce mouvement mondial, non seulement pour rentabiliser sa relance nucléaire, mais aussi pour peser davantage dans l’économie numérique bas-carbone.

Une vitrine technologique en devenir, mais encore aucune entreprise officiellement engagée

À ce jour, aucun accord n’existe avec une entreprise technologique, ni pour la construction d’un data center sur le site. Tepco adopte une stratégie prudente, préférant avancer étape par étape. Toutefois, les discussions progressent, et le message adressé à la scène internationale reste limpide : le Japon relance son nucléaire, version sécurisée et modernisée.

Ce repositionnement vise aussi à combler le retard accumulé face à des pays comme les États-Unis, qui multiplient les partenariats entre nucléaire et numérique. Grâce à une énergie bas-carbone immédiatement disponible, le Japon espère séduire les mastodontes du cloud et relancer son industrie nucléaire en quête de légitimité.

Une relance scrutée de près par l’opinion publique, entre défi de transparence et nécessité de pédagogie

L’opinion publique ne se montre pas unanime face à cette reprise. À Niigata comme ailleurs, les voix critiques se font entendre. Les souvenirs de Fukushima restent douloureux, et beaucoup jugent que Tepco n’a pas encore regagné la confiance perdue. En réponse, le gouvernement prévoit de débloquer 31 millions de yens (environ 168 500 euros) pour financer une campagne de communication centrée sur la sécurité du site.

Derrière cette opération de reconquête, c’est une vision plus large qui se dessine. La place du nucléaire dans la transition énergétique mondiale reste controversée. Le Japon, avec son passé nucléaire complexe, pourrait néanmoins devenir un laboratoire passionnant – voire un modèle – en matière de synergie entre technologie, mémoire et environnement.

Par Gabrielle Andriamanjatoson, le

Source: GEO

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  • La photo que vous montrez révèle que cette centrale demeure très proche du niveau de la mer : dans un pays où le risque de tsunami est grand, le risque de renouvellement de la catastrophe de Fukushima est grand. Il faut rappeler que Fukushima ne fut pas une catastrophe nucléaire, mais la conséquence d’un mauvais choix de l’implémentation de la centrale : non protégée des hautes vagues, ce qui a empêché le refroidissement des réacteurs par noyage des pompes.
    Il est donc impératif de protéger la centrale du risque de submersion.