Retour sur la vie de Hergé, l’illustre auteur des célèbres aventures de Tintin

Retour sur la vie de Hergé, l’illustre auteur des célèbres aventures de Tintin

Qui ne connait pas Tintin, ce jeune reporter belge aventureux, coiffé d’une houpette ? Les histoires passionnantes de ce personnage culte du 9e art trônent dans nos bibliothèques depuis de nombreuses années sans que l’on s’intéresse spécialement à son auteur. Pourtant, le dessinateur Georges Remi, alias Hergé, a eu une vie tout aussi mouvementée que son héros. Laissez-nous vous le présenter à travers son histoire.

Hergé en 1912

Georges Remi alias Hergé est né à Bruxelles, le 22 mai 1907. Il se décrit lui-même comme un enfant « insupportable » qui devenait calme dès l’instant qu’on lui fournissait un crayon et du papier. Au cours de ses années scolaires, il utilise cette activité qu’il adore pour donner ses impressions sur la guerre qui fait rage. Ainsi, les fins de pages de ses cahiers seront noircies de dessins, mettant en scène les démêlés d’un petit garçon avec un occupant allemand. Le petit Georges adore également illustrer les cahiers de poésie de sa cousine « Milou », de petits croquis à l’aquarelle et à l’encre de Chine. En 1919, le jeune garçon de 12 ans fête le premier anniversaire de l’armistice en composant une fresque patriotique à la craie de couleur ; ce qui ne manque pas de bouleverser son professeur de dessin, qui voit en lui un immense talent.

IL SE DÉCRIT LUI-MÊME COMME UN ENFANT INSUPPORTABLE

La même année, le petit Georges est placé au sein de la troupe scoute du collège Saint-Boniface de Bruxelles. Dès lors, l’environnement scout et ultra catholique ne le quittera plus jusqu’aux années 50. Il passe le reste de sa scolarité au sein de cet institut où il excelle dans toutes les matières, sauf le dessin ! Pourtant, encore une fois, son professeur d’art croit fermement en lui. Il estime qu’il n’est pas fait pour le dessin classique et déclare : « Chez ce garçon, un autre dessin est inné ! Ne vous en faites pas, on en reparlera… ». En 1924, Georges Remi poursuit ses croquis notamment lors des camps d’été, et en fait paraître quelques-uns dans les revues du collège « Jamais Assez » puis « Le Boy-Scout ». C’est cette même année qu’il commencera à signer Hergé (ses initiales inversées).

Durant les années 20, les dessins de Georges Remi restent encore très modestes. Bien qu’il illustre toujours des articles et des couvertures de mensuels de gags scouts, sa technique reste maladroite. Devant ce talent trop mal exploité, son chef de troupe René Weverbergh lui offre l’ouvrage « Anthologie d’Art » pour perfectionner son coup de crayon. Galvanisé par la perspective de s’améliorer, il crée sa première bande dessinée, Totor, C.P. des Hannetons, en juillet 1926. Les aventures de Totor qui préfigurent Tintin seront publiées jusqu’en 1930. À la fin de ses études, Hergé rentre au quotidien Le Vingtième Siècle, un journal catholique dirigé par l’abbé Norbert Wallez. Il y travaille en tant qu’employé des services d’abonnements, sans jamais toucher au contenu de l’hebdomadaire. En parallèle de ce travail, il continue de fournir de nombreuses planches de Totor à la revue Boy-Scout.

AU SERVICE MILITAIRE, IL CONTINUE DE DESSINER À CHACUN DE SES TEMPS LIBRES

Les parents de Georges constatent alors sa passion pour le dessin et décident de l’inscrire aux cours de l’École Saint-Luc, spécialisée dans les arts graphiques. Mais finalement, Hergé n’est pas admis. Il choisit alors de se former en autodidacte à l’aide de livres. À 19 ans, le jeune homme est envoyé au service militaire. Il commence en tant que simple soldat, pour devenir caporal puis sergent. Malgré sa belle ascension, Hergé n’en oublie pas moins sa passion et continue de dessiner à chacun de ses temps libres. Son service militaire terminé, le jeune homme reprend son travail au Vingtième Siècle, mais cette fois, il est promu au poste d’aide-photograveur et illustrateur pour les pages spéciales. En effet, son supérieur l’abbé Wallez a commencé à s’intéresser aux talents d’Hergé, et le pousse à se cultiver davantage. Il finira par lui donner de plus en plus de responsabilités afin qu’il prenne conscience de ses compétences.

Ainsi, Hergé devient rapidement très polyvalent au sein du journal. Il s’occupe désormais de la mise en page, des illustrations, mais aussi du lettrage. Le directeur, voulant élargir l’audience du Vingtième Siècle, prend la décision de créer un supplément destiné aux jeunes. Il se tourne évidemment vers son meilleur élément, Georges. C’est le 1er novembre 1928 que paraît le premier numéro du Petit Vingtième. Responsable du supplément, il en illustre ses pages, mais se lasse très rapidement. En toute logique, il décide de lancer sa propre série en reprenant ses planches de Totor. Il change alors quelques lettres au nom du héros, lui ajoute une houpette et lui crée un compagnon fox-terrier : Tintin et Milou sont nés !

Amateur de BD américaines telles que Bringing up Father et Krazy Cats, Hergé choisit de lancer une véritable bande dessinée où dessins et paroles des personnages sont liés. Sa nouvelle série « Tintin » apparaît pour la première fois, le 10 janvier 1929, dans les pages du Petit Vingtième. Pour sa première aventure, le jeune reporter belge part en voyage au pays des bolchéviques… Au départ, Georges livrait deux planches par semaine, sans se douter une seconde que la série allait connaître un immense succès. Un an après la naissance de Tintin et Milou, il crée une nouvelle série Quick et Flupke, et achève la publication de Tintin au pays des Soviets. Il commence tout juste à comprendre que son personnage à la houpette est touché par une grande popularité. En effet, cette même année, l’hebdomadaire Coeurs Vaillants décide de publier la première aventure de Tintin. Ce tremplin permet d’amorcer la carrière internationale du jeune reporter.

Hergé et Tchang

Les aventures de Tintin vont se poursuivre et permettre de sextupler les ventes du quotidien, les jours où paraît le supplément jeunesse. Après ses péripéties en Russie, le héros part au Congo puis en Amérique. En 1932, le succès toujours grandissant permet à Hergé de prendre contact avec la célèbre maison d’édition Casterman. Les aventures du reporter et de Milou sont bientôt publiées en albums… Mais les ventes restent assez modestes. Hergé comprend qu’il faut se documenter davantage pour attirer un public plus large. Pendant son travail sur le Lotus bleu, il rencontre un jeune étudiant chinois : Tchang Tchong-Jen, qui lui ouvre les yeux sur les réalités de la Chine. Hergé décide alors de faire des recherches pour étoffer son histoire.

IL EST MOBILISÉ EN 1939

Cette fois, les lecteurs sont au rendez-vous. Après la parution du Lotus bleu, les aventures de Tintin vont se succéder au rythme d’un album tous les quinze mois. En même temps, Hergé continue sa série Quick et Flupke sur laquelle il travaille avec une cadence moins soutenue. Cette époque est extrêmement productive pour le dessinateur, qui en plus de ces deux BD, travaille pour des couvertures de livres et des publicités. Mais bientôt, les temps heureux vont laisser place à une nouvelle guerre… Georges Remi est alors mobilisé et envoyé dans le nord de la Belgique en 1939.

Devenu instructeur dans une compagnie d’infanterie, Hergé est submergé par les obligations militaires. Malgré ses lourdes responsabilités, il n’oublie pas ses bandes dessinées. Il envoie alors deux planches de Tintin au pays de l’or noir par semaine au Petit Vingtième et poursuivra son histoire jusqu’en mai 1940, la veille de l’entrée des troupes allemandes en Belgique. Cet événement interrompt l’aventure, mais également la publication de Vingtième Siècle. Mais Hergé retombe toujours sur ses pieds et retrouve une place au journal Le Soir, dirigé par Raymond De Becker. Encore une fois, la présence dynamique d’Hergé incite le journal à lancer un supplément jeunesse : Le Soir-Jeunesse. Même si l’idée est prometteuse, le supplément ne connaît pas le succès du Petit Vingtième, car la guerre entraîne des difficultés de publication.

Finalement, Le Soir-Jeunesse disparaît après seulement un an de parution. Malgré cet échec, Le Soir continue de publier la suite du Crabe aux pinces d’or en format mini-strip. Ce nouveau découpage oblige Hergé à reprendre sa technique de narration. En plus de cette contrainte, il doit également éviter certains sujets compte tenu de la situation politique. Ainsi, les aventures du Crabe aux pinces d’or et des 7 boules de cristal, produites durant l’occupation sont écartées de l’actualité. Cette narration, principalement fondée sur la fiction, se retrouve d’ailleurs dans Le Secret de la Licorne et Le Trésor de Rackham le Rouge.

Le nouveau format minuscule qui contraint Hergé à réduire sa production oblige également les Éditions Casterman à réduire le nombre de pages des Aventures de Tintin. En conséquence, les albums passent de 130 pages à 62 pages… La nouvelle restriction est néanmoins allégée par le passage du noir et blanc à la couleur. L’Étoile mystérieuse sera la première aventure à bénéficier de cette petite révolution qui va largement contribuer au succès de la série. Mais l’arrivée de la coloration oblige un remaniement de tous les albums d’avant-guerre… Ce travail colossal ne peut pas être accompli par Hergé seul.

Une statue à l’effigie d’Hergé

Heureusement, le dessinateur rencontre alors Edgar Pierre Jacobs, le futur créateur de Blake et Mortimer. C’est lui qui sera en charge de la colorisation du Sceptre d’Ottokar et qui conseillera Hergé pour la mise en couleur des 7 boules de cristal. Après la libération de Bruxelles, le 3 septembre 1944, la rédaction du Soir change, et le Haut commandement interallié interdit l’exercice de la profession à tous les journalistes ayant travaillé pour un journal au cours de l’occupation. Coup dur pour Hergé qui doit alors cesser son activité pour Le Soir. Il ne se laisse cependant pas abattre pour autant et profite de cette suspension pour se consacrer à la refonte de ses albums d’avant-guerre.

En 1946, Hergé rebondit en créant Le Journal de Tintin. Il publie alors Le Temple du Soleil qui reprend la suite des aventures des 7 boules de cristal, qu’il avait été contraint d’interrompre pendant la guerre. Dès sa première parution, Le Journal de Tintin est un succès immédiat.

À partir de 1948, une édition française du journal est publiée et le lectorat d’Hergé devient progressivement international. Deux ans plus tard, le papa de Tintin fonde les Studios Hergé, où il réunit une dizaine de collaborateurs parmi lesquels : Bob de Moor, Jacques Martin, Roger Leloup, ou encore Baudouin van den Branden. Cette équipe qui le seconde fidèlement, permet à Hergé d’enchainer les albums : Tintin au pays de l’or noir (1950), Objectif Lune (1953), On a marché sur la Lune (1953), L’Affaire Tournesol (1956) et Coke en stock (1958).

A la fin des années 50, le dessinateur belge décide de voir du pays et s’envole entre autres pour l’Italie, l’Angleterre, la Suède et le Danemark. Puis, en 1971, il visite enfin les États-Unis, qu’il ne connaissait que dans les livres. Les années 70 marquent aussi le début du ralentissement de la publication des aventures de Tintin. D’une publication tous les ans, l’auteur passe à une tous les trois ans, puis une tous les huit ans… Mais cela ne signifie pas pour autant la fin de l’univers d’Hergé qui, au contraire, connait des prolongements dans d’autres médias. Ainsi, deux films sont réalisés en prises de vue réelles (Le Mystère de la Toison d’or en 1961, et Tintin et les oranges bleues en 1964), puis deux longs métrages animés (Le Temple du Soleil en 1969, et Tintin et le lac aux requins en 1972) qui permettront d’étendre encore davantage la popularité de Tintin à travers le monde entier.

C’est également au cours des années 70, qu’Hergé, jusque-là en retrait, connait la consécration. Lauréat de nombreux prix et invité d’honneur de plusieurs festivals, il reçoit des hommages de toute part ! L’année 1979 marque les cinquante ans de son reporter à la houpette, l’élaboration d’une fresque gigantesque dans le métro de Bruxelles et surtout son travail sur une nouvelle et dernière aventure de Tintin. Le légendaire Hergé s’éteint le 3 mars 1983 des suites d’une défaillance pulmonaire. Juste après sa mort, la presse fait un constat du phénomène Tintin qui s’avère exceptionnel : plus de 180 millions d’albums vendus en 45 langues et une longévité à toute épreuve !

PLUS DE 180 MILLIONS D’ALBUMS VENDUS EN 45 LANGUES !

Malgré les nombreux obstacles qu’il a dû surmonter, Georges Remi est resté fidèle à Totor, son héros de jeunesse devenu Tintin. Rien ne présageait un tel succès, mais il semblerait que le petit reporter belge ait une bonne étoile. Alors que le dessinateur légendaire nous a quittés depuis de nombreuses années, ses albums marquent, aujourd’hui encore, des générations entières et inspirent les plus grands artistes.

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