À Bruges, la bière est désormais acheminée en souterrain pour éviter les embouteillages

biere-brugesUne bière via Shutterstock

A Bruges en Belgique, une brasserie a trouvé la solution parfaite pour améliorer le trafic routier : installer un pipeline à bière. Sous terre, la boisson est transportée depuis la brasserie jusqu’à l’usine d’embouteillage grâce à un système de canalisation. Une première dans le pays !

Dans la ville de Bruges, Xavier Vanneste dirige De Halve Maan, une brasserie de plusieurs générations de brasseurs de tradition depuis 1856. Problème, la salle de brassage, située en plein centre-ville et aussi la dernière de la ville, est trop petite pour contenir une usine d’embouteillage. Pour cette raison, la société doit charger les bières dans des camions pour les transporter trois kilomètres plus loin dans un deuxième bâtiment, à l’extérieur de la ville. Là-bas, les bières sont embouteillées, stockées puis expédiées.

bouteilles

L’autre souci, c’est que Bruges, avec ses petites rues pavées étroites très pittoresques, connaît l’un des pires trafics routiers au monde. Et utiliser des camions – environ 500 chaque année chez De Halve Maan – pour transporter des litres et des litres de bière n’arrange pas la situation. Le coût de l’essence et le temps perdu dans les embouteillages n’est pas non plus idéal pour la petite entreprise.

Un jour, en voyant des ouvriers enfouir des câbles électriques dans le centre-ville, Vanneste a une brillante idée. Et si sa brasserie utilisait elle aussi un système de canalisation pour transporter sa précieuse boisson ? Fini les camions et les embouteillages, exit la facture d’essence salée : il suffirait simplement de transiter la bière dans les tuyaux depuis la salle de brassage jusqu’à l’usine d’embouteillage en dehors de la ville.

Une salle de brassage
Une salle de brassage

En tout, trois ans auront été nécessaires pour obtenir l’accord de la ville, analyser le terrain, creuser puis installer le pipeline sous terre. Pour financer une partie de ces nouvelles infrastructures de plus de 4 millions d’euros, le brasseur a fait appel au crowdfunding. Grâce à la générosité des internautes, près de 300 000 euros ont été récoltés. En guise de remerciement, les donateurs les plus généreux ont eu la chance de recevoir des verres personnalisés ainsi qu’une bouteille de bière chaque jour, et à vie !

Afin de satisfaire les autorités de sécurité sanitaire des aliments et éviter d’empoisonner les buveurs, la brasserie utilise du polyéthylène haute densité couramment employé pour les câbles enterrés et les tubes transportant de l’eau et du gaz. Les tuyaux de trente centimètres de diamètre peuvent transporter jusqu’à 4000 litres de bière par heure entre le centre-ville et l’usine d’embouteillage. D’un bout à l’autre, il faut compter entre 1h30 et 3h de voyage. La lente cadence s’explique : c’est pour empêcher qu’une trop grande quantité d’air n’infiltre la bière. Et entre chaque cuvée, les conduites sont stérilisées et désinfectées à l’aide d’une solution nettoyante.

bruges

La construction du réseau de tuyaux n’a pas été une chose aisée. En effet, la ville de Bruges est très ancienne et des populations vivaient déjà sur ces terres à l’âge de bronze. De plus, de nombreuses maisons datent du 14e siècle. Son centre historique est d’ailleurs classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2000.

Le site étant protégé, des recherches poussées ont été menées pour éviter d’endommager quoi que ce soit. Alain de Pré, ingénieur dans la société Depys et qui travaille d’habitude sur des tuyaux plus classiques transportant du pétrole ou du gaz, a été appelé en renfort. Construire un pipeline à bière était une première pour lui. Pour creuser un trou large de 40 cm environ dans le sol, l’ingénieur s’est muni d’un système de forage guidé par ordinateur. L’équipe a même dû creuser jusqu’à 35 mètres sous terre afin de protéger Concertgebouw, la salle de concert historique de Bruges.

Pipeline
Les canaux de Bruges

L’un des défis de cette installation atypique fut de trouver un endroit suffisamment grand pour pouvoir assembler les tuyaux. En effet, un espace de 610 mètres était nécessaire pour raccorder toutes les pièces. Les minuscules rues et les charmantes petites places de la ville ne suffisaient pas. Finalement, De Pré et son équipe de trente personnes ont jeté leur dévolu sur les célèbres canaux de Bruges. Trois sections de près de 200 mètres de tuyaux ont été assemblées avant d’être ensuite enfouies sous terre.

Cette initiative originale aura amusé de nombreux Brugeois, la blague belge la plus populaire de la ville étant « Puis-je avoir mon propre robinet à bière ? ». Bien sûr, pour goûter à leur blonde préférée, ils devront à la place se déplacer dans la brasserie De Halve Maan, à l’image de 100 000 touristes chaque année

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A ceux qui osent, rien n’est impossible.

— Matthew Gregory Lewis