Lumière sur le rythme de vie infernal de la société sud-coréenne, ce pays où tout va trop vite

Lumière sur le rythme de vie infernal de la société sud-coréenne, ce pays où tout va trop vite

En l’espace de quelques décennies, la Corée du Sud a profondément changé. Ce pays qui vivait autrefois de la culture du riz dispose aujourd’hui d’une industrie technologique de pointe et inonde le monde avec ses appareils high-tech. Découvrez cette nation résolument tournée vers l’avenir où tout va beaucoup plus vite.

UN RYTHME DE VIE EFFRÉNÉ

Le terme « ppalli-ppalli » (que l’on pourrait traduire par rapide ou frénétique) est souvent employé pour définir la philosophie de vie des sud-coréens, qui se traduit notamment par des débits internet vertigineux, des cours de langues intensifs promettant des résultats probants en seulement quelques jours, des évènements populaires de speed-dating, et des mariages célébrés à la chaîne le week-end.

Le ppalli-ppalli semble également être le mot d’ordre des milliers de conducteurs de scooters qui arpentent les rues des grandes métropoles coréennes et défient les règles du code de la route (ainsi que celles de la physique) pour réussir à livrer leurs commandes à temps.

Métros bondés et journées de travail aussi productives qu’interminables représentent le quotidien de nombreux coréens

Pourtant, il n’y a pas si longtemps, la société coréenne était majoritairement rurale et vivait selon un rythme beaucoup plus lent (en 1960, près de 72 % des nord-coréens habitaient à la campagne). Alors comment expliquer ces profonds changements qui ont vu ce pays passer de la culture du riz au téléchargement à très haut débit ?

Également construit en un temps recorps, LE DLI 63 Building est l’un des symboles architecturaux de la ville de Séoul

Au début des années 60, sous l’impulsion de son président Park Chung-hee, la Corée du Sud s’est lancée dans une série de plans économiques quinquennaux d’envergure. Ces campagnes quasi-militaires ont donné naissance au « Miracle de la rivière Han » (qui symbolise la transformation d’un pays en guerre en une puissance économique majeure) et a donné naissance à Korea Inc, aujourd’hui représentée par des mastodontes comme Samsung, Hyundai et LG.

Il est d’ailleurs assez ahurissant de constater que les exportations du pays ont augmenté de 30 à 40 % par an au cours de cette période. L’audace des dirigeants et le rythme de travail frénétique des sud-coréens ont ainsi permis au pays de passer de l’exportation de soie et de minerai de fer à la fabrication d’articles manufacturés (perruques, textiles…) puis à l’électronique grand public.

Comme l’explique le sociologue Kim Choong-soon, l’incroyable essor économique de la Corée du Sud est en grande partie imputable au principe du ppalli-ppalli : « Cette philosophie de vie s’apparente pour beaucoup de coréens à une valeur fondamentale. C’est grâce à cette culture de la vitesse que la Corée du Sud a pu réaliser d’énormes progrès économiques et industriels en très peu de temps ».

« C’EST GRÂCE À CETTE CULTURE DE LA VITESSE QUE LA CORÉE DU SUD A PU RÉALISER D’ÉNORMES PROGRÈS ÉCONOMIQUES ET INDUSTRIELS EN TRÈS PEU DE TEMPS »

Séoul, la capitale du pays, est souvent présentée comme une ville « qui ne dort jamais »

Symbole évident de cette culture de la vitesse, la voie express de Gyeongbu qui s’étend sur 428 kilomètres et relie le sud-est de Séoul à Busan, la seconde ville du pays. Alors que sa construction devait normalement durer trois ans et demi, la voie a été achevée en 1968, seulement deux ans et cinq mois après le début des travaux.

Depuis, le pays n’a cessé d’accélérer. En témoignent le Songdo International Business District, un gigantesque quartier high-tech construit au sud-ouest de Séoul en moins de cinq ans comprenant un vaste parc, un hôtel Sheraton et un ensemble d’immeubles résidentiels, et la ville de Sejong, nouvelle capitale administrative du pays construite en moins de deux ans et inaugurée en 2012.

Pour Kim Choong-soon, le ppalli-ppalli ne date pas d’hier : « Prenez l’exemple de la forteresse de Hwaseong à Suwon, classée au patrimoine mondial de l’Unesco. Celle-ci a été achevée sept ans plus tôt que prévu en 1796, et elle reste aujourd’hui en excellent état ». Ce n’est d’ailleurs sans doute pas un hasard si les sportifs coréens se sont illustrés dans des disciplines olympiques exigeant vitesse et précision, comme le tir à l’arc et le patinage de vitesse.

CE N’EST SANS DOUTE PAS UN HASARD SI LES SPORTIFS CORÉENS SE SONT ILLUSTRÉS DANS DES DISCIPLINES EXIGEANT VITESSE ET PRÉCISION

Pourtant, l’éditorialiste Koo Se-woong voit en l’expression « ppalli-ppalli » une vision caricaturale de la culture coréenne souvent employée à tort et à travers : « Je comprends que les observateurs étrangers mettent souvent l’accent sur la vitesse quand ils présentent notre pays, mais cette expression stéréotypée est très peu employée par les Coréens eux-mêmes ».

Certains citadins coréens choisissent de délaisser les villes et de s’installer dans les régions rurales du pays (ci-dessus l’île de Jeju)

En effet, si de nombreux citadins coréens ont adopté le mode de vie frénétique des grandes agglomérations, d’autres rejettent l’agitation de la vie urbaine et préfèrent s’installer dans les régions les plus rurales du pays. C’est notamment le cas de nombreuses célébrités, parmi lesquelles on retrouve la diva pop Lee Hyori, qui ont choisi de s’installer sur l’île de Jeju. Il reste cependant difficile de prédire combien de temps durera ce retour à la vie rurale, les tendances sociales coréennes ayant tendance à changer en un clin d’œil.

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