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Depuis plus de 40 ans, l’héroïne Yoko Tsuno et sa BD éponyme vous guident aux confins de la galaxie

La bande dessinée, le neuvième art, c’est vivre de nouvelles aventures dans des univers aussi variés que colorés, avec des héros forts, virils, courageux et téméraires. Mais il est une femme, Yoko Tsuno, qui nous offre la différence. Depuis plus de 40 ans, cette jeune Japonaise des plus intelligentes use de sa bonté avant la force et choisit d’aider le monde qui l’entoure en l’embrassant à bras le cœur. De l’action, de la science-fiction, de la finesse, voilà l’histoire que nous propose Roger Leloup avec Yoko Tsuno.

 

Cela fait maintenant 46 ans que Roger Leloup, scénariste et dessinateur de bandes dessinées belge, nous régale avec les aventures de son héroïne éponyme Yoko Tsuno, jeune Japonaise ingénieur en électronique. D’abord envisagée comme personnage secondaire de Jacky et Célestin, autre BD que Peyo souhaitait confier à son confrère, la première esquisse de Yoko est proposée en 1968 aux éditions Dupuis. Intéressés pour créer une nouvelle série avec un personnage féminin, ils demandent à Maurice Tillieux, pilier de la maison d’édition, d’écrire les scénarios pour 3 petites histoires dédiées à Yoko Tsuno et publiées dans le Journal de Spirou.

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La première parution date du 17 septembre 1970 avec Hold-up en hi-fi. Suivront L’Ange de Noël et La Belle et la Bête. Roger Leloup s’émancipe de Maurice Tillieux pour produire Cap 351, ce qui signera la commande d’une bande dessinée autonome par Dupuis. Le premier tome, intitulé Le Trio de l’Étrange, sera publié le 13 mai 1971. S’ensuivent 26 tomes pour une série toujours en cours et traduite en plus de 16 langues.

Graphiquement, la ligne claire est utilisée. Cette technique caractéristique de l’école belge et popularisée par Hergé, et ses aventures de Tintin, suit des règles strictes. Un trait noir d’épaisseur constante définit des cellules isolées pour chaque élément de l’image. À une cellule est donnée une couleur. Leloup est réputé pour la minutie de ses décors, fondée sur une abondante documentation photographique. Dès le second volume, la précision de son travail saute aux yeux et plus particulièrement dans le septième tome, La Frontière de la Vie. Au troisième volume ce sont les costumes qui nous marquent, avec 11 tenues différentes en 44 planches. Une performance.

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Dans cette bande dessinée de science-fiction aventure, Yoko Tsuno est élevée au Japon mais vit en Belgique avec Vic Vidéo, son meilleur ami, et Pol Pitron, l’élément comique du trio. Ingénieur en électronique et très intelligente, elle possède plusieurs brevets de pilote et est ceinture noire d’aïkido. Mais Yoko n’est pas la seule femme de l’histoire. D’autres personnages significatifs sont apparus par la suite, comme Khâny et Poky, des jumelles vinéennes à la peau bleue, Ingrid Hallberg, organiste allemande, Monya, Terrienne venue du futur ou Emilia MacKinley, jeune fille aux origines russes et écossaises.

Bien que domiciliée en Belgique, Yoko poursuit ses aventures dans le monde entier et au-delà, jusque sur Vinéa, une planète gravitant dans la galaxie du Triangle. Leloup est fasciné par la technologie. Il a d’ailleurs commencé par rédiger des fiches techniques pour le Journal de Spirou. C’est donc tout naturellement qu’il s’équipe de technologies évoluées futuristes prenant référence sur les dernières avancées réelles ou spéculatives. Il contourne aussi les limites théoriques tout en conservant une volonté de rester plausible lorsqu’il fait parcourir 2 millions d’années-lumière en seulement 2 mois à Yoko Tsuno en utilisant un espace sans lumière. Son petit côté Jules Verne d’après lui.

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Mais les technos futuristes ne sont pas son seul centre d’intérêt. Fan de modélisme, il n’hésite pas à nous baigner de détails graphiques et techniques lorsqu’il s’agit d’avions ou de petits cabriolets dont lui et Yoko sont friands. La mythologie de l’œuvre, souvent représentée dans les titres, est issue, elle, de son attrait pour les cultures orientales. Le personnage même de Yoko ayant été inspiré par Yoko Tani, célèbre actrice d’origine japonaise du début des années 60. Quant à sa fascination pour l’entomologie, elle a déjà causé la rencontre avec des insectes extraterrestres géants dans le huitième tome, Les Titans.

Leloup utilisera d’ailleurs plusieurs fois le gigantisme lors de ses histoires, avec des dragons robots, des ordinateurs géants ou des forces destructrices colossales voire astronomiques comme des typhons ou des soleils artificiels. L’utilisation d’un tel thème lui permet de montrer que la force de l’humanité réside dans son sens de l’initiative, sa recherche d’idéal et de tolérance. Une compréhension sereine de l’inconnu qui caractérise Yoko et dicte ses actions d’après les meilleures valeurs humaines, à savoir la générosité et le désir d’améliorer le monde. La violence la répugne. Excellent combattant, elle n’use de sa force qu’en dernier recours. Pour elle, « la mort d’un homme est un échec » et hésite à tuer, même lorsque la Terre tout entière est en péril dans Le Secret de Khâny.

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À la fin des années 60, lors de sa création, personne n’imaginait qu’un personnage féminin puisse trouver audience. Pourtant, c’est un succès, et les deux tiers des retours sur la série sont signés par des femmes. En effet, Yoko Tsuno plaît beaucoup à la nouvelle génération. Elle a hérité du féminisme ambiant et a su s’affranchir du rôle de l’homme classique, héros de bande dessinée, en usant des atouts et faiblesses propres à sa féminité. Vic et Pol, ses acolytes, en sont le faire-valoir. Pourtant, Leloup n’a pas souhaité développer d’aventure amoureuse, et même si la tendresse est permise il ne voulait pas risquer d’enfermer son personnage. Elle endossera toutefois le rôle de mère lorsqu’elle adopte Rosée du matin, évitant là encore l’idée de couple.

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À 82 ans, Roger Leloup n’a pas fini de nous faire vivre les aventures de Yoko Tsuno, cette jeune femme intrépide au cœur tendre et à la soif de justice insatiable. Nous retrouvons dans ce classique de la bande dessinée européenne des valeurs humaines souvent représentées, empreintes d’une douce féminité encore rare à l’époque. Elle nous charme par sa beauté, sa bonté, son intelligence et sa volonté. Yoko Tsuno c’est l’héroïne des temps modernes.

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