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Vous utilisez chaque jour le sens du toucher mais auriez-vous jamais imaginé tous ses secrets ?

De nos 5 sens, le toucher est sans doute celui dont on se préoccupe le moins. En ce moment, par exemple, faites-vous attention au contact de vos vêtements sur votre peau ? Pourtant, il s’agit d’un sens aussi complexe qu’indispensable. DGS va vous aider à comprendre pourquoi. 

Il est possible de ne pas avoir de sens du toucher !

Alors que le mot cécité désigne la perte de la vue et que le mot surdité sert à qualifier la perte de l’audition, il n’existe pas de mot pour qualifier la perte du toucher. Cependant, une telle pathologie existe. David Linden, neurologue spécialiste du toucher, nous signale le cas d’une femme, G.L., souffrant d’un désordre neurologique extrêmement rare qui la rend justement insensible au toucher dit « mécanique », elle ne ressent pas les différences de pression, forte ou délicate. Cependant il lui reste une partie du toucher intacte, le toucher « émotionnel » : si quelqu’un touche son bras ou sa jambe, elle est en mesure de le ressentir, même grossièrement, et de trouver cela positif.

Le toucher est un sens indispensable pour les êtres humains

Et cela, ne serait-ce que du point de vue émotionnel. Il a été permis de le constater de manière dramatiquement concrète : en Roumanie au début des années 1990, les orphelinats du pays étaient surchargés au point qu’il n’y avait pas assez de personnel pour consacrer autant de temps qu’il le fallait à chaque enfant. Des bébés se sont retrouvés seuls dans leurs berceaux à longueur de journée, et les conséquences ont été désastreuses : outre les troubles de la personnalité – troubles bipolaires, schizophrénie, dépression – ces enfants ont par la suite souffert d’insuffisances immunitaires et de désordres alimentaires. D’autres recherches sur le sujet l’ont prouvé : on ne sait pas encore trop comment, mais le développement précoce du toucher, par le biais du contact corporel, influe sur le développement cognitif et métabolique de l’enfant.

Le toucher parent-enfant
Le toucher parent-enfant via Shutterstock

 

Même à l’âge adulte le toucher nous influence plus qu’on ne le pense 

David Linden est formel, le sens du toucher, même de manière en apparence anodine, influe sur les impressions que nous nous forgeons sur les gens dès la première rencontre. Au cours d’une expérience célèbre, des personnes étaient invitées à se rencontrer dans deux situations différentes. Dans la première situation, on servait aux personnes se rencontrant des boissons chaudes et dans le deuxième cas des boissons froides. Or, surprise, les personnes ayant reçu la boisson chaude ont été plus enclines à considérer leur interlocuteur comme étant plus « chaleureux » (sans jeu de mots). Les résultats de cette étude ont été corroborés depuis par d’autres recherches, venant s’ajouter à un fait constaté en psychologie sociale : lors de la première rencontre, de nombreux facteurs viennent nous influencer, et on aura presque immédiatement tendance à évaluer la personne en face de nous comme amicale ou, à l’inverse, antipathique. Et parmi ces facteurs viennent justement s’immiscer nos sensations de toucher.

toucher et influence
Le toucher influence nos émotions et nos impressions via Shutterstock

Le toucher est intimement lié à d’autres de nos aspects cognitifs

Il existe un fait qui peut paraitre particulièrement surprenant : notre état cognitif influe directement sur la manière dont nous ressentons le toucher. Par exemple, dans un état cognitif positif la douleur a tendance à être atténuée, ce pourquoi il est possible d’aider les malades souffrant de douleurs chroniques par le biais du yoga ou de la méditation. À l’inverse, un état cognitif négatif fera empirer la douleur : se sentir menacé, être affamé ou ne pas savoir exactement quand arrivera la douleur fera empirer les choses. Ces constats ne concernent d’ailleurs pas que la douleur, mais également les sensations de toucher liées au plaisir. Par exemple, dans un état cognitif positif, le fait qu’un ami vous touche le bras sera perçu de manière positive. À l’inverse, dans un état cognitif neutre voire négatif, comme après une dispute, ce même contact pourra être perçu comme irritant.

Il existe deux types de toucher : l’un « objectif » et l’autre « subjectif »

Le docteur Linden nous indique qu’il existe bel et bien deux systèmes du toucher : l’un dédié au toucher dit mécanique, fournissant des sensations purement objectives et informationnelles, et un autre que l’on pourrait qualifier d’ « émotionnel ». La partie du système lié au toucher mécanique dans le cerveau est spécialement dédiée à la douleur, et va nous permettre de ressentir très précisément où nous ressentons de la douleur, avec quelle intensité, de quel type, etc. De la même manière, il existe un autre système pour nous faire ressentir à quel point, en termes d’émotion, la douleur est négative. C’est justement ce système lié à la douleur émotionnelle qui est neutralisé par les anesthésiants. Il existe d’ailleurs des cas de personnes atteintes de ce que l’on appelle une « asymbolie à la douleur » : leur système sensitif émotionnel lié à la douleur est totalement inopérant. Ils savent qu’ils ressentent de la douleur, mais cela ne les préoccupe tout simplement pas. Prenez l’une des expériences de détection de la douleur les plus courantes : si vous plongez votre main dans un seau de glaçons, il est plus que probable que vous la sortirez immédiatement. Une personne atteinte d’asymbolie à la douleur, elle, ne s’en préoccupera pas le moins du monde. La partie du système du toucher que l’on pourrait qualifier d’ « émotionnelle », va donc, justement, venir en quelque sorte « contextualiser » une sensation, plus particulièrement d’un point de vue social.

toucher et sensibilité
Le sens du toucher est très sensible via Shutterstock

 

Notre cerveau dans son ensemble gère le toucher d’une manière bien particulière

Le cerveau possède une « carte » du toucher au niveau de l’ensemble du corps, mais cette carte connait des distorsions importantes : les lèvres, la langue, les mains, les pieds et dans une moindre portion les organes sexuels y sont surreprésentés, contrairement au dos, au torse ou aux cuisses par exemple. Ces régions du corps les plus sensibles sont en effet mieux dotées en corpuscules tactiles, les terminaisons nerveuses présentes dans la peau et responsables du sens du toucher. Il en existe quatre sortes : les corpuscules de Krause, qui captent les variations de température, les corpuscules de Meissner, sensibles au toucher dit « léger », les corpuscules de Pacini, détectant les pressions et les vibrations, et enfin les corpuscules de Ruffini, en charge de la détection des étirements de la peau.

Un mystère persiste : le toucher sexuel

« Le plus embarrassant à ce sujet est finalement que nous en savons très peu » s’amuse David Linden. « Qu’est-ce qui rend les organes génitaux spéciaux ? Bien sûr que d’autres parties du corps peuvent être sexuellement stimulées, mais il y a quelque chose de vraiment spécial à propos des organes génitaux, et nous ne savons pas ce que c’est », conclut-il. Il existe bel et bien des points des muqueuses génitales particulièrement riches en corpuscules tactiles, comme le clitoris ou le gland, il parait donc évident que ces derniers sont liés d’une manière ou d’une autre au plaisir sexuel tactile. Cependant, force est de reconnaitre que nous en savons encore assez peu à ce sujet.

Notre sens du toucher se dégrade (lentement) avec l’âge

Comme les autres sens et les autres fonctions cérébrales en général, le sens du toucher peut évoluer. Par exemple, une joueuse de violon droitière va, à force de pratiquer, développer une plus grande sensibilité au niveau de la main gauche que la main droite, puisque c’est sa main gauche qui sera chargée du délicat travail de toucher des cordes. De même, tout comme le reste des fonctions cérébrales, le sens du toucher évolue avec l’âge, et ce bien sûr de manière progressive. On estime que ce sens atteint en général son plus haut degré de développement vers l’âge de 16 ou 18 ans, avant de se dégrader (très) lentement. Ainsi avec l’âge, la sensibilité au chaud et au froid diminue (ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose), mais également la sensibilité tactile des organes sexuels, ce qui expliquerait pourquoi il deviendrait de plus en plus long d’atteindre l’orgasme en vieillissant (reste à savoir si, dans ce cas, il s’agit d’une bonne ou d’une mauvaise chose).

toucher et vieillissement
Le toucher devient moins sensible avec l’âge via Shutterstock

Finalement le toucher est un sens dont il est impossible de se passer. A la rédaction, on n’avait jamais pensé à la question de cette manière, mais il est tout simplement impossible de mettre son toucher en « off » : on peut fermer les yeux pour se priver de la vue, se boucher les oreilles pour ne plus avoir d’ouïe, mais il est impossible d’essayer de ne plus ressentir la moindre sensation de toucher. Et vous, imaginez-vous vivre sans le sens du toucher ?

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