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The Man from Earth : le huit clos inouï de Jerome Bixby entre philosophie et science-fiction

Imaginez arriver à 35 ans pour ne plus jamais vieillir. 140 siècles plus tard, quelle serait alors votre expérience ? Votre vision du monde ? L’étendue de votre savoir ? C’est la question de The Man from Earth posée à 7 personnes aux connaissances et fonctions différentes dans un huis clos philosophique prenant. Sceptiques, croyants, curieux, naïfs et scientifiques se confrontent dans des échanges chargés de logique ou lourds en émotions.

Long métrage américain de science-fiction sorti en 2007, The Man from Earth réalisé par Richard Schenkman d’après un scénario de Jerome Bixby nous présente la vie particulière d’un homme singulier. Bixby avait rêvé ce film dans les années 60 mais c’est sur son lit de mort, en 1998, qu’il en terminera le scénario, tourné comme un huis clos où les idées fusent et les théories s’échangent.

John Oldman est professeur d’histoire à l’université. Après 10 ans de loyaux services il a décidé de reprendre la route et de changer d’air. C’est le jour de son déménagement que ses collègues arrivent à l’improviste pour lui souhaiter bonne route, curieux de savoir pourquoi il a décidé de partir et surtout pourquoi en faire un secret.

C’est dans sa petite maison perdue dans le désert de l’Ouest américain que toute l’histoire du film, et de John, va être exposée à 7 personnes. S’il change de vie tous les 10 ans, s’il n’a pas pris une ride après toutes ses années, c’est pour une raison bien particulière. Une théorie grotesque qui ferait de lui un homme âgé de 14 000 ans. « Et si un homme du paléolithique avait survécu jusqu’à aujourd’hui ? »

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Le malaise est certain, mais la curiosité de ses interlocuteurs va motiver une analyse poussée, scientifique, pratique et théologique, visant à affirmer ou infirmer l’hypothèse de John. Notre protagoniste incarne alors l’homme de Cro-Magnon et répondra à chacune des questions du parterre d’universitaires, élèves et amis. Chaque personne présente aura sa fonction et permettra au spectateur d’analyser le développement de l’histoire.

Un biologiste par exemple, expliquera qu’une régénération cellulaire parfaite pourrait théoriquement permettre à un homme de vivre indéfiniment. Un anthropologue pourra saisir la portée synchronique d’une telle expérience, ce qui explique que John ne connaît pas son lieu de naissance, ou que ses connaissances se limitent à celles de ses contemporains. Ce n’est donc pas un dieu, simplement un homme qui aurait vécu une expérience à la fois à une époque ponctuelle.

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Les questions abordées sont nombreuses et intéressantes. Peut-il mourir ? Fait-il partie d’un espace-temps différent ? Que représente le temps d’une vie à ses yeux ? Quelles sont ses croyances ? Quel intérêt trouve-t-il dans cette vie sans fin ? Beaucoup trouveront un sens dans les réponses de John. Toutefois, il n’est au final qu’un vieil homme. Ce n’est donc pas lui qui nous révèlera les secrets de la vie et la mort.

Si le cinéma classique nous gave d’images et de sons toujours plus réalistes, The Man from Earth n’utilise que le dialogue, la force des idées et la logique pour nous faire croire, nous convaincre que cette histoire folle est possible.

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Curieux, naïfs, scientifiques, croyants et psychologues tenteront d’obtenir la vérité en étayant peu à peu l’hypothèse de John. Certains détails sont difficiles à appréhender, mais toujours plausibles. C’est d’ailleurs toute la finesse des propos et la profondeur de la réflexion qui font la richesse du film.

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The Man from Earth ne nous propose pas de machine géniale, de scientifique fou ou de pouvoirs obscurs pour nous faire remonter le temps. Ici, seules les idées comptent. Des concepts simples qui forgent peu à peu un point de vue particulier sur l’humanité et nous élèvent à la réflexion. Au final, que John soit ou non immortel importe peu. C’est le voyage philosophique proposé qui vous emportera aux confins de l’histoire.

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— @DailyGeekShow