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Tout comme nous, les singes deviennent aigris en vieillissant

Les vieux singes, comme les hommes, n’étendent pas leur réseau social avec l’âge. Selon une étude récente, nos cousins primates deviennent socialement sélectifs en vieillissant, préférant la compagnie de leurs « amis » à celle de singes inconnus. 

Une étude conduite par des chercheurs du Centre allemand des primates à Göttingen, a observé 100 macaques de Barbarie, des singes du nord de l’Afrique pour comprendre comment l’intérêt non social et les stimulations sociales changent le cours de leurs vies. Des singes d’âges différents ont ainsi été mis en présence d’objets inanimés et d’autres singes.

Deux Macaques de Barbarie
Deux macaques de Barbarie

Tout d’abord, trois objets inédits leur ont été présentés : un jouet pour animaux, un cube transparent rempli d’un liquide visqueux pailleté et un tube contenant de la nourriture comme appât. Les singes adultes n’ont pas montré d’intérêt pour les objets n’offrant aucune récompense. Les jeunes singes ont été intrigués par les trois objets. Leur ont ensuite été présentées des paires de photos d’autres macaques, une photo étant celle d’un singe « ami », l’autre d’un singe étranger. La réponse aux cris d’« amis » et de « non-amis » a été enregistrée, ainsi que la durée des interactions sociales et d’autres réponses jugées pertinentes.

Chez les femelles, les résultats ont été clairs : elles passent plus de temps avec leurs « amis » et prêtent plus d’attention à leurs cris. Elles sont engagées dans moins d’interactions sociales avec l’âge, mais conservent un fort intérêt pour leurs proches. Cela suggère que la baisse générale de socialisation n’est pas due à l’apathie de l’âge. Il semblerait que les singes donnent la primauté aux relations profondes plutôt qu’aux relations de mauvaise qualité ou aux émois futiles liés aux jouets et objets brillants.

Un macaque de Barbarie
Un macaque de Barbarie

Julia Fischer, biologiste allemande, a observé les amitiés des macaques mâles, chez qui l’étude n’était pas concluante. L’étude est compliquée par le fait que les mâles montrent un intérêt significatif exclusivement pour le sexe opposé, pendant la saison des amours. Pourtant elle souligne que les partenaires d’accouplement ne sont pas forcément ceux avec lesquels ils se lient d’amitié. De plus, les données préliminaires de Julia Fisher et ses collègues suggèrent que les mâles développent aussi un plus petit réseau social en avançant en âge.

Comme le montrent les recherches sociologiques chez l’homme, il peut être moins facile de se faire des amis proches avec l’âge, comme lors de l’enfance à partir de laquelle les amitiés peuvent durer des dizaines d’années.

Julia Fischer, biologiste spécialiste des primates
Julia Fischer, biologiste spécialiste des primates

Cette sélectivité croissante est souvent attribuée à la conscience de notre propre mortalité, lorsque la fin approche, nous donnons plus d’importance aux fréquentations et aux expériences significatives. En psychologie, on parle de la théorie de la sélectivité socio-émotionnelle, développée dans les années 1990 par la psychologue de Stanford, Laura L. Carstensen. Mais si l’on présume que les macaques ne sont pas, comme nous, conscients de leur durée de vie, l’étroitesse croissante de leur réseau social doit être due à d’autres facteurs.

Trois macaques de Barbarie
Trois macaques de Barbarie
Un macaque de Barbarie © FlickR / Tambako The Jaguar
Un macaque de Barbarie © FlickR / Tambako The Jaguar

Julia Fisher pense que porter plus d’importance aux relations significatives est un sous-produit de l’évolution, de la même façon qu’ils évitent les risques lorsqu’ils ont atteint l’âge de se reproduire. Un instinct de survie agit sous la forme d’une pression évolutive et les pousse à éloigner leur progéniture de singes « dégénérés » potentiellement dangereux. À l’avenir, cette progéniture adoptera le même comportement pour choisir ses bons amis, ceux en qui elle pourra avoir confiance.

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