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Découvrez le premier jeu de la saga Silent Hill en vous enfonçant dans sa sinistre ville prisonnière du brouillard

Silent Hill a non seulement changé le paysage du jeu d’horreur, mais également le visage du jeu vidéo tout entier, en faisant ressentir de nouvelles expériences au joueur, qui était alors habitué aux sursauts bêtes et méchants des autres jeux du même registre. Dans Silent Hill, le maître mot est l’angoisse. Retour sur le premier épisode d’une série de jeux devenue culte.

 

Au début du jeu, on suit la route de Harry et de sa fille Cheryl. Le père décide d’emmener sa fille en vacances et quelle meilleure destination que Silent Hill ? Il faut le comprendre, il ne connaît pas encore le coin. Cela va vite changer. Sur la route, il manque d’écraser une petite fille et provoque un accident au cours duquel il s’évanouit. À son réveil, il est déjà en ville, avec un officier de police, mais sa petite fille n’est pas là et personne ne sait où elle est. Une quête s’amorce où le père devra retrouver sa fille dans une ville cachée dans un brouillard épais et accueillant une neige étrange.

 

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Mais le plus inquiétant pour lui, ce n’est pas nécessairement le brouillard, mais ce qui se dissimule à l’intérieur. Au lieu de simplement trouver sa fille, il va rencontrer divers personnages qui vont lui faire comprendre que sa fille est intimement liée au destin de cette ville macabre et qu’il lui faut arrêter un démon pour sauver Cheryl. Ajoutez à cela du trafic de drogue et d’humains, un culte local encore plus effrayant que certaines créatures rôdant aux alentours et des phénomènes paranormaux ponctuant le voyage. Au final, le jeu propose plusieurs fins au joueur, dépendant des actions de ce dernier et offrant plusieurs conclusions et interprétations de l’histoire.

Pour mener à bout le projet du jeu, Konami se lance dans le développement dès septembre 1996 avec la Team Silent en charge. Konami souhaite plaire au public grandissant occidental et propose un jeu à l’ambiance hollywoodienne, ou du moins qui se déroulerait aux États-Unis. Malheureusement pour la Team Silent, après un échec sur leur précédent projet, Konami musèle l’équipe qui ne dispose pas d’une grande liberté d’action sur le jeu, poussant la Team Silent à vouloir se séparer de Konami. Le temps passe et beaucoup perdent intérêt dans la licence qui traîne à se développer.

 

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L’équipe de développement, alors oubliée dans son coin, décide de se donner carte blanche pour produire le jeu qu’eux ont en tête, en mettant l’émotion au premier plan. Pour faire palpiter le coeur des joueurs, ils tablent sur le concept de la peur de l’inconnu, à laquelle on est confronté durant l’inégalité de l’aventure et incarnée par le brouillard. Chaque élément de l’histoire est une pièce d’un puzzle que vous devez reconstituer dans le noir et chaque pas que vous faites dans l’aventure est fait sans savoir ce qu’il y a de l’autre côté de la porte ou à quelques mètres devant vous dans le brouillard. On oublie les frayeurs en sursauts à la Resident Evil pour mettre le joueur vraiment mal à l’aise.

 

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Même si on passe beaucoup de temps à fuir frénétiquement, il faut aussi passer par des phases de combats où il faudra se défendre avec le peu de choses que vous trouverez dans l’aventure. Mais même avec quelques armes à feu, Harry reste un civil inexpérimenté, aucunement préparé pour ce type de situations (qui le serait en même temps ?). Dans le gameplay, cela se traduit par une faible barre de vie, une endurance réduite pour courir et une précision bancale lors des phases de tir. Tous ces défauts du personnage ne font que renforcer le réalisme de la situation et placent le joueur dans les chaussures de Harry de façon viscérale. Et quand vous pensez avoir les choses en main, le jeu vous fait passer dans une version infernale de la ville, encore plus terrifiante et perturbante.

 

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Lorsque vous n’êtes pas en train de fuir ou de vous battre, vous aurez un peu de temps pour explorer la ville dans sa totalité dans une prise de vue à la troisième personne. Débarrassé de toute information à l’écran afin de rendre l’expérience proche du cinéma, il faudra même mettre sur pause si vous voulez vérifier votre état de santé. Le reste du temps, les angles de caméras interactifs vous feront voir la ville sous une perspective unique où vous pourrez uniquement vous éclairer avec la petite lampe torche que vous trouvez au début de l’aventure. Pour vous aider à naviguer dans Silent Hill, de nombreuses cartes avec les objectifs à atteindre seront parsemées dans la ville. À vous de prendre votre courage à deux mains et d’avancer doucement, pas à pas, dans le brouillard.

L’une des grandes forces de la série en général, à commencer par le premier épisode, est la qualité de la bande-son et des bruitages. Bien souvent, l’horreur et la panique ne vous pénétreront pas par les yeux, mais par les oreilles. Influencé par le travail de Angelo Badalamenti sur la série Twin Peaks, c’est Akira Yamaoka qui se chargera du son et de la musique sur l’intégralité de la série, créant ses morceaux en interprétant les visuels et les artworks plutôt que des scènes du jeu. Dans un genre de musique expérimentale entre l’industriel et l’ambient, Akira Yamaoka produit une bande-son volontairement froide et dérangeante qui ne manque cependant pas de poésie.

 

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Juste avant sa sortie, Silent Hill avait déjà connu un processus de développement laborieux et difficile pour son équipe, mais le jeu n’était pas au bout de ses peines. Le jeu étant truffé d’éléments plus malsains les uns que les autres, la censure des différents pays à travers le globe y trouva quelque chose à dire. Ainsi, certains ennemis ont dû être modifiés pour la version américaine du jeu, puis modifiés différemment pour la version européenne. Suite à cela, le jeu sort d’abord en Amérique du Nord en janvier 1999 et en août de la même année pour l’Europe. Silent Hill devient l’un des jeux les plus populaires de la PlayStation, adoré par la critique comme par les joueurs.

 

Pionnier du jeu vidéo d’horreur psychologique, Silent Hill marque une étape importante de l’évolution de l’industrie vidéoludique, toujours en quête de proposer de nouvelles expériences aux joueurs. Il est assez effrayant de se dire que Konami aurait pu abandonner le projet et les joueurs sont bien heureux que la Team Silent ait tenu le coup pour nous livrer un jeu aussi unique que Silent Hill. Avez-vous connu la série avec son premier épisode ?

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Conquérir sa joie vaut mieux que de s’abandonner à sa tristesse.

— André Gide