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Première religion du Japon, le shintoïsme est une pierre angulaire de la culture nippone

La voie des dieux ou kami-no-michi est l’appellation synthétique du shinto. Cette religion se limitant historiquement à l’archipel japonais est particulière, car elle relie le pratiquant à son pays de façon intime en plus de le lier à la nature. Les rites et les préceptes sont avant tout un moyen pour l’homme de trouver la paix dans son coeur qui lui permettra de comprendre le message des dieux. Venez découvrir l’histoire d’une religion aux diverses ramifications.

 

Motivé par le besoin de rectifier les inexactitudes et les divergences sur l’origine du Japon que l’on retrouvait dans le Teiki et le Kyuji, l’empereur Temmu (622 – 686) décide de définir proprement la cosmogonie de l’archipel et ordonne ainsi au conteur Hieda no Are de composer une version définitive. De ses efforts est produit le Kojiki. Les légendes et la mythologie exposée dans ce dernier sont à l’origine du shintoïsme et on peut ainsi considérer l’ouvrage comme l’équivalent d’une Bible shinto, même s’il ne s’agit en aucun cas de l’élaboration d’un dogme. Le premier des trois rouleaux du Kojiki de la naissance des divinités comme Amaterasu et du mythe de la création du monde avec Izanagi et Izanami.

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Les deux rouleaux suivants se focalisent sur l’histoire du premier empereur et de sa descendance, jusqu’à finir avec ceux plus proches de l’écrivain dans un style qui abandonne le légendaire et ressemble davantage à une chronologie historique. Comme dans toutes les civilisations, on cherchait alors à légitimiser le pouvoir à travers une filiation divine. C’est à partir de là que l’on trouve les grands tenants du shinto. Il est question d’une triple vénération : celle du Japon, c’est-à-dire l’empereur et le territoire issu d’Izanagi et Izanami, celle des ancêtres ritualisés par plusieurs rites et celle de la nature et des différents dieux de la mythologie.

Ceux qui connaissent l’histoire des différentes traditions japonaises ne seront pas surpris : la création du shintoïsme est une réaction à une cause chinoise. Le bouddhisme s’empare progressivement de la Corée et commence à se répandre au Japon. La voie des dieux de la création du Japon était donc à l’origine une façon de distinguer les préceptes des étrangers de ceux du territoire japonais. Mais à cette époque prédatant le Kojiki, le Japon ne possède pas encore de langue propre. Ils utilisent l’écriture chinoise et importent presque tout de Chine. À noter d’ailleurs que même lorsque Hieda no Are écrit le Kojiki, il le fait dans une écriture presque entièrement chinoise, même si elle porte déjà les marques des divergences japonaises.

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De là, il s’agissait de réinterpréter les tenants nationalistes du point de vue du reste des pays voisins. Les concepts au coeur de la pensée de Confucius furent rattachés au culte des ancêtres et quant à la philosophie bouddhiste qui gagnait de plus en plus de terrain, elle n’était que l’une des manifestations des dieux ou kamis apparus aux Chinois. Le bouddhisme et le shinto coexistent pendant des siècles, chacun se répartissant les tâches. Si le bouddhisme est surtout respecté pour le rapport des Japonais à la mort, les rites de la vie et de la famille, eux, étaient réservés au shintoïsme. Un équilibre qui explique cette relation atypique qu’ont même encore aujourd’hui les Japonais à la religion.

Chacun prend l’ascendant sur l’autre suivant les époques et les empereurs, le shinto redevenant dominant aux périodes de nationalisme comme durant la période de Tokugawa où les chefs militaires dirigent le pays. Durant la Seconde Guerre mondiale, c’est aussi en jouant sur la corde du nationalisme shinto que les forces militaires font de la propagande auprès des jeunes hommes. Suite à la défaite et la fin du statut divin de l’empereur, le shinto connaît de nouveau un déclin. Cela étant dit, il reste une partie intégrante de la culture japonaise et compte encore cent millions de pratiquants au Japon, soit plus de 80 % de la population, même si beaucoup sont considérés pratiquants à partir du moment où ils ont déjà participé à un rite de la religion, chose qui est presque inévitable quoi qu’il arrive.

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Le coeur du shintoïsme se divise en deux grandes parties et trouve son origine dans une relation spirituelle puissante entre l’homme et le territoire, les dieux et la nature. Suite à la venue du bouddhisme et de l’influence chinoise, le shinto est devenu le symbole du nationalisme et avec l’écriture du Kojiki qui expose la cosmogonie de la religion, cette dernière se rattache définitivement au pouvoir de l’empereur. La voie des dieux continue d’être une pierre angulaire de la culture japonaise, que cela soit dans la vie quotidienne ou dans l’art.