13 246 personnes connectées

Feriez-vous l’amour avec un robot ? Ces arguments vous feront méditer sur le sujet

une-robot-amour-2

On le sait déjà, les robots sont appelés à occuper une place de plus en plus importante dans nos vies. Depuis le travail à l’usine jusqu’aux soins à la personne directement dans nos maisons, les robots nous côtoient déjà. Pourtant, il y a bien une activité dans laquelle ils pourraient avoir également un rôle à jouer et qui reste tabou : le sexe. À l’heure actuelle, de plus en plus de chercheurs s’interrogent sur ce que pourrait induire l’émergence de véritables robots sexuels. SooCurious vous en dit plus sur ce qu’implique la multiplication des sexbots.

1 – Comment l’Homme s’attache émotionnellement aux robots

Le fait que l’on puisse s’attacher, ne serait-ce que sentimentalement, à des robots ne date pas d’hier. On a pu le remarquer avec des jouets en apparence aussi basiques que les Furby ou les Tamagochi : nous avons tendance à nous attacher à des choses sitôt qu’elles reproduisent des schémas qui nous sont familiers et qui ont la capacité de nous satisfaire. D’ailleurs le succès des robots à l’effigie de chiots ou même de bébés phoques continue de le prouver à l’heure actuelle. On a même vu au Japon une femme enterrer son chien-robot hors d’usage. À la manière de nos animaux de compagnie, ces robots-animaux ont besoin de nous pour vivre (même si pour eux, contrairement à un animal de compagnie, cela reste de la simulation pure !), ce qui nous apporte un intense sentiment de satisfaction.

robot_in_love

Qu’en est-il cependant des robots avec lesquels on aurait envie d’entretenir un rapport sentimental « d’humain à humain » plutôt que « d’humain à animal » ? Là, l’anthropomorphisation, soit le fait de donner des traits humains à quelque chose qui justement ne l’est pas, est à l’oeuvre. Il suffit de voir par exemple la facilité avec laquelle on peut s’identifier au robot absolument pas humanoïde du dessin animé WALL-E pour s’en convaincre : en théorie, Wall-E est un simple robot sans le moindre trait anthropomorphe, mais il lui suffit d’une paire de caméras au sommet de son corps cubique pour que tout le monde y voit des yeux. Ce sont ces traits humains d’ailleurs, même ténus, qui nous poussent, par effet d’identification, à nous attacher au personnage.

Si nous sommes capables d’identifier un petit robot servant à recycler des déchets comme notre « semblable » d’un point de vue émotionnel, alors il n’y a rien d’incompréhensible à ce que l’on puisse s’attacher à des robots imitant les humains à la perfection. Kate Darling, une chercheuse en éthique robotique au MIT (Massachusetts Institute of Technology) affirme : « Un robot qui peut imiter l’attitude humaine, les gestes sociaux et les expressions faciales cible nos réponses biologiques et sociales innées. » Pour ce qui est d’avoir des relations sexuelles avec ce même robot par contre, c’est une autre paire de manches.

 

2 – Des poupées à l’apparence humaine

Les entreprises fabriquant des poupées sexuelles à échelle humaine ont beau essayer de nous convaincre du contraire, l’usage de fac-similés d’humains à des fins de masturbation n’est pas nouveau. On en trouve par exemple des traces dans une anthologie japonaise datant de la fin du 17e siècle : les « Tabimakura » ou « oreillers de voyage » disposaient d’un « azumagata » ou « substitut de femme » (bel euphémisme…) et étaient fabriqués à partir d’une structure en écailles de tortues sculptées recouverte de soie. D’autres poupées à échelle humaine étaient d’ailleurs appelées « tahi-joro », des « catins de voyage », tout un programme !

Plus proche de nous, René Schwaeblé cite, dans un livre datant de 1904 sobrement intitulé « Les Détraqués de Paris », un certain « Docteur P. », fabricant de « poupées de fornication », accordant un soin tout particulier à leur articulation, mais également au réalisme de la peau, des cheveux et de la pilosité.

roxxxy-robot

On le voit, la tendance de certaines personnes à avoir des relations sexuelles avec des substituts à échelle humaine ne date pas d’hier. Seulement, à l’heure actuelle, la poupée humaine sexuelle, elle ressemble à quoi ? De nombreuses entreprises fabriquent ces poupées gonflables améliorées à travers le monde. En général, elle sont fabriquées à partir d’un squelette avant d’être habillées d’un corps anatomiquement réaliste. Couleur de la peau, couleur des cheveux, pilosité… de nombreuses options sont par la suite laissées à l’appréciation du client, pour obtenir au final une poupée réaliste dont il peut pénétrer la bouche, la vulve ou l’anus à sa guise.

Et les robots à proprement parler dans tout ça ? Une entreprise a bel et bien essayé de produire un objet qui serait plus qu’une poupée : un véritable robot sexuel capable de parler, de bouger, de réagir au toucher ou à la pénétration, bref, tout ce qu’une poupée parfaitement inerte ne sait pas faire. Pourtant, malgré le gros battage médiatique autour de  (le nom très inspiré de ce robot sexuel), il semblerait que ce premier véritable sexbot du futur n’ait pas rencontré le succès escompté. Aucun sexbot n’existe donc encore vraiment à l’heure actuelle, mais ce n’est plus qu’une question de temps.

 

3 – Faire l’amour avec un robot : est-ce dangereux ?

Étrangement, chaque fois que l’on parle de robot, un vent de panique se répand dans les débats. Ce qui ici se couple à la question sexuelle, le tabou autour de la sexualité étant encore très présent dans notre société et les violences lui étant liées restant malheureusement très nombreuses. Sinziana Gutiu, l’une des intervenantes de la conférence « We Robot » organisée en 2012, s’inquiétait par exemple de ce que ces substituts féminins hyper réalistes pouvaient produire chez leurs usagers : accroitre l’impression que les femmes sont littéralement des objets sexuels chez qui la notion de consentement n’a aucune importance puisqu’elle est inexistante.

Certains usagers de forums comme Reddit ont d’ailleurs lancé des sujets inquiétants sur des sujets relatifs, certains avançant que les femmes seraient obligées de revoir leurs exigences sexuelles à la baisse pour rester compétitives avec les poupées sexuelles et les sexbots.

 

shutterstock_209150287
Les sexbots pourraient être des vecteurs de violence via Shutterstock

D’autres se sont également inquiétés de l’usage qui pourrait être fait de sexbots ou de poupées sexuelles imitant des enfants à des fins pédopornographiques. À l’heure actuelle très peu de pays interdisent ces poupées (il en existe déjà), même si certains chercheurs en psychologie avancent que ces substituts permettraient de satisfaire les agresseurs potentiels et avérés et les empêcheraient de faire des victimes. Quoi qu’il en soit, ce point particulièrement dérangeant soulève une question cruciale : comment doit-on traiter les robots sexuels, quelle estime leur donner ?

L’une des solutions, pour éviter toutes les inquiétudes soulevées plus haut, serait d’appliquer l’éthique kantienne aux sexbots : la philosophie de Kant réprimande par exemple la violence envers les animaux, car notre attitude envers ce qui n’est pas humain reflète notre moralité, et si l’on traite les animaux de manière inhumaine, on devient par extension des personnes inhumaines. Une telle logique pourrait s’appliquer aux sexbots, et les respecter nous permettrait de mieux nous respecter nous-mêmes.

 

4 – Pour qui, pour quoi faire ?

La révolution des sexbots est en marche, mais pour qui exactement ? David Levy, l’auteur du livre « Sex + Love with Robots » estime que les sexbots ne démoderont jamais le sexe entre humains « authentiques » et resteront des substituts sexuels réservés à certaines catégories de la population présentant un goût particulier pour ce type de sexualité ou encore ayant des problèmes les empêchant d’avoir une vie sexuelle épanouie d’une autre manière (timidité maladive par exemple). Pour s’en convaincre, il suffit de regarder les statistiques récoltées auprès des propriétaires de poupées sexuelles.

 

shutterstock_220820359
Les sexbots pourraient avoir des usages thérapeutiques via Shutterstock

 

La chercheuse en science de la psychologie Sarah Valverde a effectué une étude statistique d’un site internet américain réservé aux usagers de ce genre de poupées, et les résultats sont parlants. Sur l’ensemble des membres du site, 75 % sont des hommes possédant déjà au moins une de ces poupées, 10 % sont des femmes en possédant également au moins une (il existe aussi des poupées sexuelles masculines), les 15 % restants enfin étant des personnes envisageant d’en acquérir une (ces personnes étant en majorité des hommes). Concernant les raisons d’un tel achat, les réponses (non-excluantes les unes des autres) incluaient dans 70 % des cas un désir de stimulation sexuelle, dans 30 % des cas un désir de compagnie, et dans 17 % des cas un désir d’agrémenter sa vie de couple.

Il s’agissait donc d’une population majoritairement masculine et se reconnaissant comme minoritaire (ce qui se vérifiait en chiffre, les propriétaires de poupées sexuelles ne représentant guère plus d’un pour cent de la population totale des États-Unis). Cependant l’étude a révélé un autre résultat : environ un tiers des usagers masculins déclarait avoir des troubles de la sexualité divers, comme des problèmes d’érection ou d’éjaculation précoce. À l’inverse aucun d’entre eux ne présentait des niveaux d’isolement social ou de dépression supérieurs à la population ne possédant pas de poupées sexuelles. Alors, au-delà du goût de certains pour ce genre de pratique, le sexe avec des sexbots ou des sexdolls pourrait-il constituer un palliatif à une sexualité défaillante ? Cette question mérite encore des réflexions plus approfondies.

 

5 – Une alternative pour lutter contre la prostitution ?

On a déjà l’occasion de parler souvent de la robotisation progressive d’un grand nombre de corps de métiers à travers le monde, c’est un fait. Mais qui dit sexbot dit prostitution robotisée. Le Robot-Amour joué par Jude Law dans le film A.I. Intelligence artificielle est-il sur le point de devenir réalité ? Les chercheurs néo-zélandais Ian Yeoman et Michelle Mars ont été jusqu’à prédire que d’ici 2050 la prostitution humaine pourrait avoir totalement disparu au profit de la prostitution robotique. Prostitution robotique qui se voudrait plus propre (moins de risques liés aux maladies sexuellement transmissibles, etc.) et plus respectueuse de la dignité humaine (puisque plus aucun humain ne se prostituerait).

Les sexbots du film A.I. : 

efecc6bf6974bb0a85ac350e70ac29e0

Cependant le professeur de droit irlandais John Danaher rejette cette prédiction. Selon lui, il existe bien une bonne et simple raison pour laquelle les clients, et les gens en général, ne voudront pas des sexbots : ils préféreront continuer à entretenir des relations sexuelles avec des êtres humains. Avec un être humain il est possible de retirer une véritable satisfaction sexuelle puisqu’on peut être sûr (ou du moins se convaincre) que l’on satisfait son partenaire sexuel et que celui-ci est capable d’empathie. Autant de choses que, dans le meilleur des cas, un sexbot ne fera jamais que très bien simuler…

 

Ces réflexions sont très intéressantes. À la rédaction, on reste assez sceptique quant à l’usage de robots à des fins sexuelles, mais on est tous d’accord sur le fait qu’il faut prendre le temps de réfléchir à ces perspectives de manière apaisée avant qu’elles ne deviennent réalité de manière anarchique. De la même manière qu’il faut commencer à réfléchir à la manière dont les robots en général vont occuper de plus en plus de place dans nos sociétés. Et vous, pensez-vous que les robots sexuels sont un danger pour notre humanité ?

Ces articles vont vous plaire

— Marie Curie

Dans la vie, rien n’est à craindre, tout est à comprendre