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Retour sur le parcours prodigieux d’Albert Uderzo, l’un des papas d’Astérix

Retour sur le parcours prodigieux d’Albert Uderzo, l’un des papas d’Astérix

Lorsque l’on parle du papa d’Astérix, nombreux sont ceux qui clament le nom de René Goscinny, l’immense scénariste des aventures du petit Gaulois. Mais il n’était pas le seul créateur de ce célébrissime héros, puisque c’est également sous le crayon du talentueux dessinateur Albert Uderzo que ses aventures prennent vie avec fougue. Si la disparition de Goscinny signifiait pour certains le glas de la série, Uderzo a su, comme les Gaulois, se montrer irréductible et reprit le flambeau avec brio. Retour sur l’histoire passionnante de ce dessinateur à la carrière prolifique.

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Albert Uderzo

Albert Uderzo naît le 25 avril 1927 dans la Marne au sein d’une famille d’immigrés italiens. Déjà petit garçon, il possédait une forte aptitude au dessin et c’est en lisant Mickey Mouse, publié à l’époque dans Le Petit Parisien, qu’il découvre la bande dessinée. C’est son grand frère Bruno Uderzo qui, convaincu par son talent, lui conseille de présenter son travail à un éditeur parisien. Ainsi durant la guerre, le jeune Albert est embauché comme ”grouillot” par la SPE (société parisienne d’édition).

Forte de ses talents, la société qui ne l’avait embauché que pour une semaine le gardera pendant un an. Là-bas, Uderzo apprend les ficelles du métier telles que le lettrage ou la retouche d’images. Au sein de cette société, le jeune homme rencontre notamment Edmond-François Calvo – un auteur et dessinateur de bande-dessinée – qui l’encourage vivement à poursuivre le dessin.

C’EST EN LISANT MICKEY MOUSE QU’IL DÉCOUVRE LA BANDE DESSINÉE

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Une planche de la BD Flamberg

C’est en 1941 qu’Albert publie son premier dessin, une illustration pastichant l’oeuvre de La Fontaine : Le Corbeau et le Renard, dans l’hebdomadaire junior de la SPE. En 1945 le jeune homme de 18 ans s’essaie au court métrage d’animation avec le film Carbur et Clic-Clac, une expérience si décevante qu’il prendra la décision de ne pas continuer dans le domaine du dessin animé. Cependant, le directeur du studio désire se lancer dans l’édition et convaincu par son travail il lui confie l’illustration d’une bande dessinée intitulée Flamberge, gentilhomme gascon.

Dessiné avec humour, cet ouvrage constitue la première histoire publiée par Uderzo. Un an plus tard, Albert remporte un concours qui lui offre la possibilité de publier son travail aux Éditions du Chêne. Il choisit de créer un recueil de gags mettant en scène le personnage Clopinard. Avec le salaire perçu pour ce travail, il convainc son père (qui souhaitait le voir reprendre le métier de machiniste sur bois) qu’il peut vivre de ce métier de dessinateur.

clopinard

Dès lors, Albert Uderzo se met à travailler intensément, il illustre des romans et publie ses histoires dans différents journaux, donnant vie à des personnages comme Zidore (une parodie de Tarzan) ou Clodo et son oie. Pour le magazine OK, le dessinateur crée une série de héros aux muscles sur-développés évoluant dans un Moyen Âge fantaisiste parmi lesquels Arys Buck et son fils le prince Rollin, deux personnages qui ne vivront que le temps d’une aventure.

Plus tard, Uderzo (qui signe alors sous le nom de Al Uderzo) crée Belloy, un personnage de la même trempe, qui devient quant à lui le véritable héros d’une série publiée dans OK et dans d’autres journaux. Néanmoins, le magazine hebdomadaire cesse de paraître alors que le jeune homme accomplit son service militaire. A son retour, Albert ne trouve plus de travail dans l’édition pour la jeunesse et s’oriente vers la grande presse. Uderzo réalise alors des dessins de pages d’actualités pour France Dimanche et collabore quotidiennement avec France-Soir pour qui il illustre des bandes dessinées.

Par la suite, il proposera ses services en Belgique où il réalise pour un éditeur, une aventure de Capitaine Marvel Jr, un personnage issu d’une bande dessinée américaine dont les droits ont été achetés par la Belgique.

C’EST À CETTE ÉPOQUE QU’IL RENCONTRE RENÉ GOSCINNY

Toujours en Belgique, Albert âgé de 23 ans fait alors la connaissance de Victor Hubinon, Eddy Paape et Mitacq, tous trois dessinateurs, ainsi que celle du scénariste Jean-Michel Charlier avec qui il reprend les aventures de Belloy. Mais c’est surtout à cette époque qu’il rencontre le scénariste avec qui il travaillera le plus souvent durant sa carrière : René Goscinny.

Goscinny et Uderzo

Cette collaboration décisive débute avec une rubrique de savoir-vivre, publiée dans la revue féminine Bonnes Soirées. Par la suite, les deux compères tentent de conquérir le marché américain avec le personnage d’Oumpah-Pah, le peau rouge, sans succès. Refusées également en France, les aventures de l’Indien seront publiées bien plus tard dans les pages du périodique Tintin. Puis en 1955, avec la collaboration de Jean-Michel Charlier, René Goscinny et Jean Hébrard, Albert Uderzo fonde un syndicat, scindé en deux agences : Edifrance et Edipresse.

Parallèlement à ses nouveaux projets, Albert poursuit sa production abondante de planches telles que Benjamin et Benjamine et Bill Blanchard (avec Goscinny), pour Clairette, Une aventure de Jim Flokers (avec Jean-Michel Charlier), ensemble les auteurs livrent surtout des travaux de commande dans le but de subsister (Albert Uderzo va jusqu’à exécuter neuf planches en une semaine, ce qui représente un travail colossal.

Parfois, les dessins étaient même réalisés directement à l’encre, sans crayonnés, par manque de temps). En 1957, René Goscinny désormais bien implanté en tant que scénariste dans le magazine de bande dessinée Tintin, recommande son ami Uderzo. Les planches de Poussin et Poussif, courte série dont les deux amis publient les trois épisodes dans Tintin, ouvrent des portes aux acolytes et leur permet de faire avancer les choses.

OUMPAH-PAH L’INDIEN DEVIENT LEUR PREMIÈRE GRANDE SÉRIE COMMUNE

En effet, le rédacteur en chef apprécie tellement leurs planches qu’il demande à Goscinny d’élaborer une nouvelle histoire, qui serait illustrée par les talents d’Uderzo. C’est à ce moment là que les deux compères proposent à nouveau leur personnage Oumpah-Pah l’Indien qui devient en 1958, leur première grande série commune.

Cette même année, en janvier, Uderzo revient en France et s’installe rue Rameau à Bobigny (où se trouve désormais une plaque à son effigie). Coïncidence ou non, cette rue se trouve juste à côté de la rue d’Alesia où se situe une grande nécropole gauloise, alors qu’Uderzo vivait auparavant à Eaubonne, chaussée Jules César ! Un an après, Albert alors âgé de 32 ans participe au lancement du magazine Pilote en illustrant deux de ses séries stars : Tanguy et Laverdure, série d’aviation réaliste scénarisée par Charlier et le fameux Astérix, série humoristique scénarisée par son ami Goscinny.

LE PUBLIC EST CAPTIVÉ PAR LES AVENTURES D’ASTÉRIX LE GAULOIS

La première histoire de cette célèbre BD, Astérix le Gaulois, parait le 29 octobre 1959, dans Pilote, avant sa publication en album deux ans plus tard. Les aventures du Gaulois attirent un public captivé, le journal connaît un succès immédiat : les 300 000 exemplaires imprimés sont vendus dès le premier jour ! Et le nombre de lecteurs qui ne cesse d’augmenter tant et si bien que le petit Gaulois devient bientôt l’un des plus importants succès de la bande-dessinée francophone. Les deux auteurs continueront quelque temps certaines séries, chacun de leur côté ou ensemble.

Mais à partir de l’album Le Bouclier arverne, Albert Uderzo décide de se consacrer uniquement au petit héros gaulois et abandonne ses autres personnages. Avec son ami Goscinny, il supervise également le développement des produits dérivés et créent en 1974 les studios Idéfix, afin de contrôler les adaptations en dessins animés des aventures d’Astérix.

Mais le 5 novembre 1977, la nouvelle qui va assombrir le reste de la vie d’Uderzo tombe : René Goscinny est mort à 51 ans. Bouleversé, Albert Uderzo décide tout de même de reprendre les aventures du héros gaulois et crée la maison d’édition Albert René. Son premier album élaboré en solo, Le Grand Fossé, parait en 1980.

René Goscinny et Morris

UDERZO DÉCIDE DE CONFIER LA SÉRIE À UNE NOUVELLE ÉQUIPE D’AUTEURS

Dès lors, Uderzo se heurte aux critiques acerbes affirmant que les aventures d’Astérix se sont éteintes en même temps que son auteur. Si la qualité des albums est désormais constamment contestée, le public continue de plébisciter la série, dont les derniers albums ont raflé le record des plus gros tirages de l’histoire de la bande dessinée européenne. Après avoir un temps envisagé qu’Astérix s’arrête à sa mort, Uderzo décide finalement de confier la série, de son vivant, à une nouvelle équipe d’auteurs.

Ainsi, en 2013, parait Astérix chez les Pictes, scénarisé par Jean-Yves Ferri et dessiné par Didier Conrad ; Uderzo a collaboré à la couverture en y dessinant Obélix et à la correction de certaines planches durant l’étape du crayonné (visible dans l’édition spéciale de l’album). Anecdote importante : Albert Uderzo est daltonien (il ne distingue pas le rouge et le vert), c’est donc son frère Marcel Uderzo qui l’assistera pour la mise en couleur de ses albums. Ce dessinateur de renom offre aujourd’hui son nom à un prix de bande-dessinée : le prix Albert-Uderzo.

Uderzo © Wikimédia / Peters, Hans / Anefo

Capable de dessiner dans des styles très différents (du réalisme de Tanguy et Laverdure au semi-réalisme d’Astérix), son grand sens du gag visuel complétait parfaitement les talents d’humoriste de René Goscinny. À l’instar de l’illustrateur Franquin, ses personnages sont très expressifs et dotés d’une gestuelle travaillée qui vient notamment de l’intérêt d’Uderzo pour le dessin d’animation. Il reste une référence incontournable pour les dessinateurs et animateurs actuels comme l’artiste Juanjo Guarnido.

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