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5 raisons qui démontrent qu’explorer Vénus est plus logique que de s’installer sur Mars

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Depuis des décennies, tout le monde n’a d’yeux que pour Mars. C’est oublier qu’une autre planète est plus proche de la Terre que Mars : Vénus. Or, même si cette « jumelle » de la Terre est une véritable fournaise, il pourrait être plus intéressant de monter une mission vénusienne au lieu d’une mission martienne. SooCurious vous explique pourquoi, malgré les apparences, Vénus est plus séduisante que Mars.

 

Mars, l’erreur de casting

La véritable « star » de l’exploration habitée du système solaire, la planète vers laquelle tous les yeux se tournent, c’est Mars. La planète rouge nourrit les espoirs les plus fous, notamment celui d’y trouver des traces de vie, passées ou présentes, et certains parlent déjà d’y faire des bébés. Pourtant, Mars n’est pas spécialement un parangon d’habitabilité pour les humains : elle est deux fois plus petite que la Terre, et la gravité à sa surface est trois fois inférieure à celle que nous connaissons. En plus elle n’a pas de champ magnétique ni d’atmosphère assez épaisse pour faire obstacle aux radiations solaires, et il y fait plutôt frisquet puisque la température oscille généralement entre -100 et 0 degrés Celsius.

 

À la même échelle, de gauche à droite, Mercure, Vénus, la Terre et Mars : 

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Enfin et surtout, Mars est une destination plutôt lointaine : il faut au minimum six mois pour s’y rendre avec les systèmes de propulsion utilisés actuellement, mais ce délai, en fonction de la révolution de la Terre et de Mars autour du Soleil (l’année martienne est presque deux fois plus longue que l’année terrestre), peut facilement doubler. Pour cette raison, une mission habitée vers Mars se ferait avec un calendrier potentiel de plusieurs années, et on doute encore que des êtres humains, même des astronautes surentraînés, puissent supporter de rester confinés aussi longtemps en groupe réduit.

 

 

Vénus, la belle inconnue

Dans le même temps, on ne peut pas dire que Vénus fasse beaucoup parler d’elle, et pourtant, vous en avez sans doute déjà entendu parler plus d’une fois. « L’étoile du berger », c’est justement elle : ce point plus brillant que tout autre objet dans le ciel de nuit (sauf la Lune bien entendu) et qui n’est visible qu’après le coucher du Soleil et juste avant le lever de celui-ci (Vénus étant plus proche du Soleil que la Terre, elle ne peut donc pas s’éloigner de lui dans le ciel) indiquait justement aux bergers quand rentrer et sortir leurs moutons. D’ailleurs c’est cette brillance exceptionnelle qui lui vaudrait de porter le nom de « Vénus », déesse romaine de la beauté et de l’amour. Si vous avez l’occasion d’observer Vénus au télescope, vous remarquerez même que la planète ressemble à un pâle disque blanc présentant des phases (pleine, gibbeuse, croissant, etc.) comme la Lune !

 

Une photographie, en vraies couleurs, de Vénus prise par la sonde Mariner 10 : 

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D’ailleurs, Vénus doit cette luminosité exceptionnelle à son atmosphère épaisse qui réfléchit fortement les rayons du Soleil. Cette atmosphère épaisse, qui empêche totalement de voir directement la surface de la planète, en a fasciné plus d’un, et les spéculations ont été bon train quant à ce qui pouvait se cacher en dessous, certains ayant même rêvé que de la vie puisse s’y trouver. Il a fallu attendre des sondes équipées de radars ou capables d’analyses aux rayons X pour pouvoir se faire une idée de la surface de la planète d’un point de vue géologique. Vénus présente quelques reliefs marqués, beaucoup de plaines, peu de plateaux, assez peu de cratères, ce qui indique que sa surface est renouvelée relativement souvent d’un point de vue géologique, et quelques montagnes dont certaines sont très probablement des volcans. Un monde qui n’est pas sans rappeler notre planète donc, mais les ressemblances avec la Terre s’arrêtent là.

 

 

L’enfer caché sous le voile pudique de l’atmosphère

Lorsqu’en 1967 la sonde soviétique Venera 4 (« Venera » signifie « Vénus » en russe), le premier engin humain dédié à l’exploration in situ de l’atmosphère de la planète, fut envoyée, elle n’a même pas eu le temps d’atteindre le sol et a été détruite durant sa descente. À la surface de Vénus la pression atmosphérique atteint plus de 90 bars (1 bar sur Terre au niveau de la mer), la température est de plus de 480 °C (de quoi fondre du plomb), et il y pleut de l’acide sulfurique (ce qui peut dissoudre pas mal de métaux). D’ailleurs la planète pourrait encore présenter de l’activité volcanique, avec coulées de lave et autres joyeusetés dont les volcans ont le secret. Bref, vu sous cet angle, la survie d’êtres humains à la surface de Vénus, même en mettant le paquet sur les blindages, parait encore plus improbable que sur Mars.

 

La surface de Vénus photographiée par Venera 9 : 

La surface de Venus par Venera 9

 

Pour vous donner une idée, là où sans protections il vous faudrait quelques dizaines de secondes pour mourir sur Mars, entre le manque de pression atmosphérique qui ferait bouillir votre sang à l’intérieur de votre corps tout en vous asphyxiant et le froid ambiant, vous seriez probablement tué instantanément à la surface de Vénus. Il y a d’ailleurs fort à parier que si nous voulions retrouver Venera 4 à l’heure actuelle, nous en serions peut-être bien incapables ! Entre la pression, la chaleur et les pluies d’acide sulfurique, la sonde a peut-être été entièrement dissoute. D’autres sondes ont depuis atteint la surface de la planète, notamment la sonde Venera 9, cette dernière nous ayant même rapporté les premières photographies jamais prises à la surface de Vénus. Ces photographies ne donnent d’ailleurs pas plus envie de rejoindre la planète : en raison de la densité de l’atmosphère, peu de lumière atteint la surface, et la visibilité ne peut pas porter très loin.

 

Pourquoi accorder de l’attention à Vénus ? 

Au final, pourquoi diable s’intéresserait-on à une fournaise pareille ? Tout d’abord parce que, malgré les apparences, Vénus est beaucoup plus semblable à la Terre que ne l’est Mars. Vénus présente en effet une taille et une masse similaires à celles de la Terre (Venus a un diamètre équatorial d’environ 12 100 km, et celui de la Terre est de 12 753 km), et sa composition est proche de celle de notre planète. Enfin, tout comme la Terre (et Mars) Vénus se trouve dans la fameuse « zone habitable » du système solaire, soit à distance d’une étoile qui permet à l’eau de rester liquide à la surface d’une planète pour peu que la pression atmosphérique soit appropriée. Bien sûr Vénus ne risque pas de présenter de l’eau liquide à sa surface, et pourtant comprendre comment la véritable jumelle de la Terre a pu devenir si différente de notre planète pourrait nous en apprendre beaucoup.

 

Vénus serait très comparable à la Terre si elle avait la même température (vue d’artiste) :

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En effet, le vaisseau Pioneer de la NASA a révélé que Vénus, tout comme Mars jadis, était sans doute en partie couverte d’océans, il y a de cela des milliards d’années. Qu’est-ce qui a mal tourné ? Vénus est environ 30 % plus proche de la Terre que le Soleil et reçoit environ deux fois plus d’énergie de la part de notre étoile que nous. Le Soleil ayant continué de grossir et de forcir après la formation du système solaire, Vénus a été piégée dans une spirale infernale : l’eau de ses océans a commencé à s’évaporer et la vapeur d’eau étant un puissant gaz à effet de serre, le processus s’est emballé. Une fois dans l’atmosphère sous forme de vapeur, les molécules d’eau ont été « cassées » par les rayons ultraviolets du Soleil. Séparés les uns des autres, les atomes d’hydrogène, trop légers, se sont échappés dans l’espace, et les atomes d’oxygène se sont combinés aux atomes de carbone pour se transformer en dioxyde de carbone, un gaz entrainant un effet de serre encore plus puissant, et Vénus est devenue ce que l’on sait.

En apprendre davantage sur les mécaniques qui ont conduit Vénus à devenir une fournaise pourrait nous aider à comprendre le réchauffement climatique terrestre. Bien sûr, nous sommes bien loin de devenir une fournaise pressurisée, même si d’ici des milliards d’années la Terre pourrait bien connaitre le même sort. Enfin, Vénus présente un certain nombre de bizarreries qu’il serait intéressant d’étudier : elle est la seule planète du système solaire avec Uranus dont le sens de rotation est rétrograde (contrairement à la Terre où le Soleil se lève à l’est et se couche à ouest, notre étoile se lève à l’ouest et se couche à l’est sur Vénus) et elle est aussi la seule à présenter une période de rotation (sa journée) supérieure à sa période de révolution (son année), ce qui fait qu’une journée vénusienne dure 243 jours terrestres tandis que l’année n’est que d’environ 224 jours terrestres. Autant d’éléments qui pourraient être en partie liés à son épaisse atmosphère, cette dernière freinant sa rotation.

 

 

L’astuce pour explorer Vénus : rester au-dessus de la couche nuageuse

Il existe bien un moyen simple de survivre à l’enfer vénusien : ne pas l’atteindre. C’est l’astuce qu’envisage d’ailleurs la NASA avec une étude de projet d’exploration vénusienne baptisé HAVOC (acronyme de « High Altitude Venus Operational Concept », soit « Concept opérationnel pour la haute atmosphère de Vénus », « havoc » signifiant littéralement « ravage », tout un programme). En quoi consisterait le projet HAVOC ? Un premier vaisseau serait placé en orbite autour de Vénus, tandis qu’un second serait lancé dans l’atmosphère vénusienne et resterait au-dessus du gros de la couche nuageuse sous la forme d’un ballon dirigeable. Une fois la mission terminée le module du ballon dirigeable repartirait pour l’espace rejoindre le premier vaisseau et l’ensemble pourrait rentrer sur Terre.

 

Vidéo de la NASA présentant le projet HAVOC : 

 

D’une manière générale, les conditions de vie dans la haute atmosphère de Vénus seraient « excellentes » (tout étant relatif) même par rapport à Mars : à une altitude d’environ 50 kilomètres au-dessus de la surface vénusienne la pression est égale à environ une bar, la température est d’environ 60 °C (ce dont il est plus facile de s’isoler), l’ensoleillement est constant (parfait pour alimenter des panneaux solaires) et l’on est quand même encore protégé d’une partie des radiations. De même, Vénus ayant une masse proche de la Terre, la gravité que rencontreraient les explorateurs serait similaire à celle connue sur notre planète. Bien sûr il faudrait réussir à produire de l’air respirable et de l’eau de manière autonome, mais un certain nombre de difficultés seraient déjà éloignées.

Enfin une autre très grosse difficulté serait balayée d’un revers de manche par rapport à une mission habitée vers Mars : Vénus est beaucoup plus proche de la Terre (son orbite est environ deux fois plus proche de l’orbite terrestre que ne l’est celle de Mars), et sa révolution est plus rapide que celle de la Terre. Elle est ainsi (relativement) plus souvent aussi proche que possible de la Terre comparé à Mars : la fenêtre de lancement idéale pour Vénus est ouverte tous les 584 jours tandis que celle vers Mars ne l’est que tous les 780 jours. Le voyage vers Vénus serait également écourté par rapport à un voyage vers Mars, et la mission pourrait se faire dans un délai à compter en semaines et en mois plutôt qu’en années, ce qui serait beaucoup plus supportable pour des astronautes.

 

Fascinant ! À la rédaction, à défaut d’avoir envie de visiter Vénus, on se rend maintenant bien compte que Mars présente tout de même elle aussi un environnement inhospitalier. D’ailleurs, certains d’entre nous rêvent d’une colonie vénusienne formée de champs de ballons maintenus toujours à une température tropicale ;). Et vous, préféreriez-vous explorer les nuages de Vénus ou la surface de Mars ?

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