12 988 personnes connectées

Moins de jeunes se suicident depuis la légalisation du mariage homosexuel aux États-Unis

En Juin 2015, la Cour Suprême des États-Unis a statué sur une décision affirmant que le mariage entre personnes de même sexe était un droit constitutionnel devant être reconnu sur tout le territoire. Cette avancée considérable en matière de droits LGBT est d’une grande importance pour les adolescents considérés comme des minorités sexuelles ; en effet, une étude démontre qu’il existe un lien entre la légalisation du mariage homosexuel et la baisse du nombre de suicide chez les jeunes appartenant à la communauté LGBT.

La détresse des adolescents stigmatisés

D’après le Trevor Project, une ONG spécialisée dans la lutte contre le suicide des jeunes LGBT, les adolescents considérés comme des minorités sexuelles (homosexuels, lesbiennes, bisexuels) essaient de se suicider à un taux quatre fois plus élevé que les adolescents hétérosexuels. Au cours de leur enquête, les chercheurs de l’Université Johns Hopkins et de l’Université d’Harvard ont relevé que, sur leur échantillon de plus de 750 000 étudiants pris dans la base de données du Youth Risk Behavior Surveillance System, 28,5 % des étudiants LGBT ont déclaré avoir fait une tentative suicide au cours des 12 derniers mois contre 6 % des étudiants hétérosexuels.

Le psychiatre Victor Schwartz , médecin du groupe de prévention du suicide des jeunes de la fondation JED met en garde contre les dangers de la stigmatisation. D’après le sociologue interactionniste Erving Goffman, le stigmate résulte d’un désaccord entre les attributs de certains individus (comme la sexualité des minorités sexuelles) et le stéréotype attendu qui relève du classement normatif des identités sociales (comme l’hétérosexualité). Tout individu qui ne répond pas aux attentes normatives de la société peut se voir affligé d’un stigmate; cette étiquette déviante apparaît quand certains groupes sociaux décident de sanctionner la transgression des normes dominantes explique Howard Becker. Les jeunes LGBT n’étant pas conformes aux normes dominantes en matière de sexualité, se voient souvent affligés d’un stigmate qui ouvre la porte aux discriminations et peut les conduire au suicide affirme Mark L. Hatzenbuehler de l’Université de Columbia.

Un couple homosexuel marié via Depositphotos

 


Baisse des suicides chez les jeunes après la légalisation du mariage gay

L’étude menée par les chercheurs de l’Université Johns Hopkins et de l’Université d’Harvard, et publiée dans JAMA Pediatrics, rapporte que les États ayant légalisé le mariage homosexuel (avant la fameuse décision de la Cour Suprême) ont vu le taux de suicide baisser chez les jeunes LGBT par rapport aux jeunes vivant ailleurs. Le but de l’enquête n’est pas d’établir un lien de causalité mais plutôt un lien d’association entre l’institutionnalisation du mariage gay et la réduction des suicides. La légalisation du mariage homosexuel ne serait donc pas la cause directe de la baisse des suicides mais elle impliquerait plutôt une réduction de la stigmatisation sociale favorisant le bien-être des jeunes LGBT.

Pour écrire leur étude, les chercheurs se sont fondés sur les données évoquées précédemment, relevées par le Youth Risk Behavior Surveillance System, une enquête menée tous les ans par les centres de contrôle et de prévention des maladies sur les élèves du secondaire. Les chercheurs ont sélectionné un échantillon de 762 678 étudiants ayant répondu à l’enquête entre 1999 et Janvier 2015 sur 32 États qui ont légalisé le mariage homosexuel entre 2004 et 2015 et 15 États qui n’ont rien fait.

Ils ont ainsi pu remarquer que le nombre de suicides a diminué chez les jeunes dans les États ayant légalisé le mariage gay, notamment pour les jeunes LGBT dont la baisse est plus prononcée. Le taux des tentatives de suicide est ainsi passé de 28,5 % à 24,5 % dans ces États alors qu’il n’y a eu aucun changement dans les États qui n’ont pas légalisé le mariage homosexuel avant la décision de la Cour Suprême.

Deux jeunes hommes ensemble via Depositphotos

 

La normalisation du stigmate

D’après Julia Raifman, une des auteurs de l’étude, l’institutionnalisation du mariage homosexuel tend à réduire « la stigmatisation structurelle liée à l’orientation sexuelle. » En effet, si la déviance est le fruit d’une étiquette appliquée par certains groupes sociaux quand les attributs des individus transgressent des normes dominantes, la légalisation du stigmate permet de favoriser sa disparition ; à partir du moment où le stigmate est institutionnalisé en tant que norme, alors tous les individus jugés déviants deviennent conformes.

Si les jeunes LGBT n’ont pas tous l’intention de se marier tout de suite, ils peuvent retrouver un grand bien être dans l’idée que leur orientation sexuelle est légitimée par la loi dans le mariage. C’est pourquoi Julia Raifman explique que les gouvernements doivent avoir conscience de l’impact qu’ont les politiques liées aux minorités sexuelles sur les adolescents qui se sentent stigmatisés.

En extrapolant les résultats de leur étude, les chercheurs se sont aperçus que l’institutionnalisation du mariage homosexuel pourrait éviter 134 000 suicides d’adolescents chaque année.

Le drapeau LGBT via Depositphotos

Ces articles vont vous plaire

Accompagnez-nous sur les réseaux sociaux