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Plongez dans la fascinante histoire de Kyoto, l’ancienne capitale japonaise à la culture ancestrale préservée

Si Tokyo est devenue la capitale du Japon dans l’esprit du monde entier il y a déjà longtemps, il faut savoir que pendant plus de mille ans, c’est l’immuable Kyoto qui remplissait cette fonction. Gardienne de la culture traditionnelle japonaise, on trouve à Kyoto des centaines de temples, de sanctuaires et de jardins qui font voyager les touristes dans le temps et permettent d’appréhender un peu mieux la profondeur et la richesse de l’histoire japonaise.

Même si son nom veut littéralement dire « ville capitale », ce ne fut pas sa première appellation. En 784, l’empereur Kammu (737 – 806), héritier de Konin et cinquantième à porter le titre d’empereur du Japon, déplace la capitale depuis Nara (à l’époque connue comme Heijo) jusqu’à un lieu qu’il souhaite éloigné de l’influence des monastères bouddhistes. Il jette d’abord son dévolu sur Nagaokakyo où il installe Fujiwara no Tanetsugu, l’un de ses alliés les plus proches en tant qu’administrateur supervisant le transfert. Malheureusement, ce dernier se fait assassiner et la moitié de la ville encore en construction est inondée.

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Les nombreuses batailles de l’empereur contre les tribus indigènes de l’archipel considérées comme des barbares provoquent de nombreux blessés qui viennent remplir les rues déjà endommagées de la capitale. Le projet est un désastre et l’empereur décide d’un nouveau déplacement. Le lieu est choisi en 794, soit dix ans après la première migration. C’est le début de l’ère Heian (paix) qui donnera son nom à l’installation : Heian-kyo (capitale tranquille et paisible). Une volonté d’oublier la terrible Nagaokakyo qui hante encore la population.

La ville fut développée dans une immense vallée dans le bassin de Yamashiro, entourée de trois chaînes montagneuses et construite selon un modèle chinois. Heian-kyo qui se rebaptise Kyoto s’ordonne selon un plan hippodamien, c’est-à-dire que ses rues sont rectilignes et se croisent en angle droit, comme c’est le cas dans la plupart des villes américaines par exemple. Ici, il était question de copier le plan d’urbanisme de la ville de Chang’an (Xi’an actuelle), alors capitale de la Chine et déjà vieille de deux millénaires. Le plan chinois ne se limite cependant pas à simplifier les déplacements avec des arrangements rectilignes.

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Il s’agit aussi de respecter les enseignements du feng shui et de placer les bâtiments importants aux bons endroits. Ainsi, le palais impérial fera face au sud depuis le centre de la ville, ce qui explique que le quartier gauche de la ville se retrouve à l’est et le quartier droit à l’ouest. Un boulevard gigantesque du nom de Suzaku-oji partait de l’entrée du palais pour finir aux limites mêmes de la ville. Les temples bouddhistes étaient placés à l’est en concordance avec la croyance que les forces maléfiques et les mauvais esprits viennent de cette direction et que les temples pourront protéger spirituellement le reste de la ville.

Le grand quartier des temples à l’est est d’ailleurs resté l’une des grandes zones de la ville pendant des siècles. La rivière Kamo-gawa (voulant dire rivière des canards sauvages, mais aussi simplement appelée Kamo) découpe la ville en deux et la construction du palais fut pensée pour que ce dernier soit en plus protégé de l’est par la rivière. Les atouts majeurs d’une telle rivière sont primordiaux au fleurissement d’une ville ayant l’ambition d’avoir le rayonnement d’une capitale de grande envergure.

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C’est d’abord une route de commerce, mais également une source évidente d’eau utilisée par de nombreux artisans. Malheureusement, la rivière n’apporte pas que ses bienfaits puisqu’elle est la cause de plusieurs inondations qui inquiètent les habitants durant des siècles. Il était dit que les eaux de la rivière étaient aussi imprévisibles qu’une lancée de dés et qu’il fallait toujours en être méfiant. Son statut de capitale n’est pas éternel, mais la ville conserve, et ce quelle que soit l’époque, un rôle de la plus haute importance dans la culture et l’économie japonaise.

A la fin de l’époque de Heian en 1185 commence le shogunat de Kamakura, une dictature militaire féodale qui installe son siège dans la ville donnant son nom à la période. Les catastrophes naturelles et les nombreuses guerres qui animent les siècles suivants entravent le développement de Kyoto à l’instar d’autres grandes villes du pays. La guerre civile d’Onin entre 1467 et 1477 qui engouffrera bientôt tout le Japon dans une lutte entre les différentes grandes maisons débute dans les rues de Kyoto alors que deux armées s’opposent, mais n’osent pas démarrer la grande bataille pour ne pas passer pour des rebelles aux yeux du shogun.

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Dans ces armées : 85 000 hommes d’un côté et 80 000 de l’autre. Des chiffres incroyables pour l’époque (dix ans plus tôt, la bataille de Castillon qui met fin à la guerre de Cent Ans en Europe oppose 10 000 Français à 9 000 Anglais). Ces milliers de samouraïs et mercenaires se retrouvent dans la même enceinte et les tensions font escalader la violence jusqu’à la guerre totale. Kyoto tombe en ruine et la population s’enfuit. Cette guerre changera l’histoire du Japon à jamais et va éclater les alliances du pays jusqu’à ce que Oda Nobunaga unifie les daimyos (les gouverneurs féodaux japonais).

Kyoto s’en remet difficilement et il faut attendre 1590 pour qu’une reconstruction totale s’entame avec le même plan urbain qu’avant, mais avec une nouvelle délimitation des différents quartiers. Le XVIIe siècle est marqué par le raffinement de la ville et l’élévation des classes sociales alors que Kyoto s’impose comme le troisième centre économique et culturel du Japon aux côtés d’Edo (futur Tokyo) et Osaka. Sa population ne cesse de grandir alors que de nouvelles formes de littérature et de performances artistiques naissent dans les rues de la ville.

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De nouveaux théâtres comme le kabuki et le joruri voient le jour et les estampes ukiyo-e font la gloire de la période d’Edo et plus tard rayonneront dans le monde entier, notamment en France où elles influenceront les plus grands graveurs comme Odilon Redon et Gustave Doré. Des styles d’arts locaux émergent et la ville devient un symbole de vie paisible, renouant avec sa première appellation. La vie y est réputée plus douce et calme qu’à Edo et déjà à l’époque, Kyoto reste la gardienne des traditions japonaises.

La ville n’avait jamais perdu officiellement son titre de capitale puisque le système féodal ne le nécessitait pas, mais lorsque le dernier shogun des Toguawa doit céder le pouvoir, l’ère Meiji débute. Edo était alors devenue le point central du commerce japonais et l’administration avait déjà graduellement fait de la ville son siège central. Avec le shogunat fini, l’empereur doit prendre une décision : transférer ou son pouvoir ou l’administration d’Edo à Kyoto. Meiji siège déjà à Edo alors renommée Tokyo depuis la restauration de l’Empire et l’aide donc à prendre sa décision, même si cela est loin d’être la seule cause.

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Le fait que Tokyo soit devenue le point central de toutes les routes commerciales, que la ville dispose d’un port et qu’elle soit plus proche des derniers dissidents au régime de l’Empereur fait que la ville est choisie comme nouvelle capitale en 1889. L’empereur n’abandonne cependant pas la ville et souhaite justement la conserver comme l’emblème de la culture traditionnelle japonaise alors qu’il ouvre les villes côtières à l’influence américaine et européenne. Depuis, et comme il n’existe pas de loi faisant de Tokyo la réelle capitale du Japon, certains défendent que Kyoto est toujours la capitale légitime du Japon en plus d’être son coeur culturel.

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kyoto-templeLe temple Kiyomizu-dera à Kyoto via Shutterstock

A l’origine un projet utopique pour apporter la paix et la prospérité de façon pérenne à l’image des grandes cités chinoises, Kyoto souffre de nombreuses catastrophes naturelles et de guerres qui entravent son développement. Son rôle de gardienne de la culture japonaise et sa sauvegarde du patrimoine en font la ville la plus importante pour légitimiser le pouvoir des shoguns et des empereurs au cours de l’Histoire.

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