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Je m’appelle Hyeonseo Lee et voici mon histoire : Mon évasion de Corée du Nord

Échappée de Corée du Nord à 14 ans, Hyeonseo Lee raconte les différentes épreuves qu’elle a dû traverser : la famine dans son pays, la séparation avec sa famille, la clandestinité… Découvrez son témoignage bouleversant, hymne à l’humanité.

Hyeonseo Lee est une jeune femme qui a vécu en Corée du Nord jusqu’au milieu des années 1990. Elle pensait pendant son enfance que son pays était « le meilleur du monde », seulement en grandissant, elle a découvert une réalité bien différente et très cruelle. C’est pour ces raisons qu’elle a choisi de témoigner sur la scène des TED 2013. Elle raconte que sa famille n’a pas vécu dans la pauvreté, mais que dès ses 7 ans, elle a vu des faits qui l’ont profondément choquée : une exécution publique, et surtout, un petit garçon pleurant la mort de sa mère dans une rue et à qui personne ne prêtait attention.

Un jour, sa mère reçoit une lettre de proches qui expliquent qu’ils meurent de faim. La famine commence à toucher le pays et le courant est coupé tous les soirs. Tandis que son pays expérimente la faim et la privation d’électricité, Hyonseo Lee contemple la lumière de « l’autre côté », celle des villes chinoises à quelques kilomètres de sa maison.

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Puis en 1997, alors qu’elle n’a que 14 ans, elle fuit le pays. Elle part en Chine, là où des proches l’attendent, pendant que le reste de sa famille reste en Corée du Nord. Là-bas, elle doit apprendre le chinois et éviter de se faire arrêter. Les autorités chinoises considèrent les Nord-coréens comme des immigrés clandestins et n’hésitent pas à les renvoyer dans leur pays, souvent vers une exécution certaine. Finalement, il survient ce qu’elle redoutait le plus : elle est arrêtée et les agents de police lui font subir un interrogatoire, lui posent des questions précises, notamment sur sa connaissance de la langue chinoise. Par un tour de force du destin, les policiers pensent que c’est une véritable chinoise et la relâchent. Elle considère encore aujourd’hui que c’était un miracle.

En 2008, après avoir passé presque 10 ans en Chine, Hyeonseo Lee part s’installer en Corée du Sud. Elle fait remarquer que même si les habitants du Nord et du Sud ont la même apparence, après 67 ans de séparation, les mentalités ont changé. Le Nord, le Sud, la Corée, quel était le sens de tout cela ? Les différences étaient tellement bouleversantes que Hyeonseo Lee a traversé une profonde crise d’identité. elle ne sait plus si elle doit se considérer comme une sud-coréenne ou comme une nord-coréenne… Bien que l’adaptation soit laborieuse, elle réussit néanmoins et entre à l’université. Durant cette période, elle envoie un peu d’argent à sa famille restée en Corée du Nord. Mais un jour cet argent est intercepté par les autorités nord-coréennes et Hyeonseo Lee reçoit un appel téléphonique lui expliquant que sa famille allait être envoyée au fin fond du pays, dans une campagne reculée.

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Elle entreprend alors de les aider à s’enfuir. Pour cela, elle doit repasser par la Chine et franchir une première fois la frontière clandestinement. Puis une deuxième fois avec sa famille. Et comme ils ne savent pas parler le chinois, elle doit les guider sur plus de 3200 kilomètres de route. Alors qu’ils manquent tous de se faire arrêter lors d’un trajet en bus, c’est avec beaucoup de sang-froid que Hyeonseo Lee explique que toute sa famille est composée de sourds et muets et qu’elle est leur superviseur. Heureusement, le mensonge fonctionne. Mais pas pour longtemps puisque après avoir traversé la frontière du Laos, sa famille se fait arrêter pendant un mois. Pour les libérer, elle doit utiliser une grande partie de son argent restant pour payer l’amende et la caution, mais également pour soudoyer les officiers.

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Les réfugiés nord-coréens sont introduits illégalement en Chine pour aller vers des pays comme la Russie, la Mongolie, la Birmanie ou le Laos. Puis de ces pays jusqu’en Corée du Sud.

La malchance frappe à nouveau dans la capitale laotienne lorsque sa famille est à nouveau emprisonnée. Cette fois-ci, Hyeonseo Lee a épuisé tout son argent, son énergie et tous ses efforts, ce qui semble la mener vers une dramatique conclusion. Alors qu’elle a perdu tout espoir de sauver sa famille, un étranger croise son chemin et lui demande directement « Qu’est ce qui ne vas pas ? » Elle lui explique alors la situation et l’étranger décide de retirer de l’argent à un distributeur avant d’aller payer la caution pour les parents de Hyeonseo Lee. Lorsqu’elle lui demande pourquoi il l’a aidée, celui-ci répond que ce n’est pas elle qu’il aide, mais la nation de Hyeonseo Lee. Après ce sauvetage inespéré qui a redonne foi en l’humanité, sa famille et elle-même sont enfin réunis tous ensemble en Corée du Sud, sains et saufs.

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Hyeonseo Lee vit toujours en Corée du Sud et continue ses études à l’université. Elle est également devenue une fervente défenseuse des droits de l’Homme et des droits des réfugiés nord-coréens. Elle souhaite pouvoir continuer le combat et faire reconnaître les nord-coréens comme des réfugiés politiques et non comme des émigrés clandestins.

Ce témoignage émouvant est un véritable hymne à l’espoir… Il nous révèle aussi une réalité bien cruelle, certes lointaine pour beaucoup d’entre nous, mais bien présente aujourd’hui en Corée du Nord. Hyeonseo Lee a eu énormément de chance, mais tous les nord-coréens en fuite – beaucoup d’enfants et d’adolescents – n’ont pas eu le même destin. Si ce témoignage vous a autant touché que nous, il existe des associations humanitaires qui luttent activement pour que les nord-coréens ne tombent pas dans l’oubli et l’indifférence de tous, tels que NKHR (North Korean Human Rights) et Amnesty International.

Merci à Hyeonseo Lee pour cette leçon de courage.

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— Madame de Sévigné

Les premiers sentiments sont toujours les plus naturels.