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Entre hystérie collective et succès monstrueux, retour sur l’arrivée des mangas en France

Extrêmement populaire parmi les jeunes d’aujourd’hui dans son ensemble, et plus seulement parmi les geeks, le manga est un art à part entière au Japon. La France le porte en haute estime, puisqu’elle est le second consommateur de mangas dans le monde. Ayant connu un grand succès dans les années 2000 avec de plus en plus de lecteurs, il est en réalité bien plus ancien dans notre pays et son implantation remonte à plusieurs décennies. Connaissez-vous bien son histoire ? Petite rétrospective !

Si le manga n’était pas un art totalement inconnu en France dans les années 1990, surtout grâce à de timides tentatives d’importations qui ne connaitront pas un grand succès, c’est pendant cette décennie que Jacques Glénat, fondateur de la maison d’édition Glénat, aura l’idée de surfer sur la vague du succès des séries d’animation des années 1980, comme Goldorak par exemple, et de faire une nouvelle tentative pour importer le manga en France. Akira est le premier manga édité en France par Glénat en 1990, et, malgré le fait qu’il ne possède pas d’animé pour le porter, connait un immense succès.

Ensuite, en 1993, vient, toujours chez Glénat, l’immense succès de Dragon Ball, qui est cette fois soutenu par la diffusion de l’animé dans l’émission Club Dorothée. Très lié au succès des animés que l’on retrouve dans les émissions de Dorothée, le succès du manga se fait croissant en France, d’autant que les animés sont loin d’être aussi censurés qu’en Allemagne ou au Royaume-Uni. Ainsi, il n’était pas rare à l’époque d’alterner un épisode du gentillet Princesse Sarah avec un épisode du très violent Ken le survivant.

GLÉNAT-Logo

 

 

Hélas, le manga connait un tel succès qu’il se fait bon nombre d’ennemis. A leur décharge, il faut admettre que la déferlante de japanimation amène avec elle quelques oeuvres un peu plus polémiques, comme par exemple Urotsukid?ji, un manga hentai (pornographique) qui, on ne sait pourquoi en France, ne se voit même pas interdit aux moins de 18 ans. Le choc culturel s’est parfois révélé assez violent, en particulier pour un pays pour qui les dessins animés et assimilés sont uniquement réservés aux enfants et qui a du mal à concevoir que les mangas sont souvent destinés à des adultes ou des adolescents.

La critique la plus connue vient sans aucun doute de Ségolène Royal, alors simple députée, qui publia en 1989, Le ras-le-bol des bébés zappeurs. Violente charge contre l’animation japonaise, et donc contre le manga, avec pour cible privilégiée le Club Dorothée, le livre fustige la trop grande violence des animés et leur nullité absolue. On peut notamment citer ce passage : « Le raffinement et la diversité dans les façons de tuer (explosions, lasers, commande à distance, électrocutions, animaux télécommandés, gadgets divers…) se sont accompagnés d’un appauvrissement des caractères, d’une uniformisation des héros, dont la seule personnalité se réduit à la quantité de cadavres alignés, ou à la couleur de la panoplie du parfait petit combattant de l’espace. » Si cet avis n’engage que madame Royal, ses propos seront ensuite très largement repris par tous les critiques de la japanimation en provenance du Japon.

Le-ras-le-bol-des-bebes-zappeurs

 

Fort heureusement, ces ilots de résistance n’entraveront que peu le développement du manga, et la décennie des années 1990 verra naitre, en plus de Glénat, de nombreux éditeurs spécialisés comme Samouraï Éditions ou Star Comics, ainsi que de nombreux magazines spécialisés, notamment le fameux Animeland, le premier magazine spécialisé.

A partir de 1996, les rythmes de publications augmentent, passant à plus d’une quarantaine de publications et augmentant constamment les années suivantes : on verra débarquer en nos vertes contrées beaucoup de succès japonais des années 1990/2000, comme Detective Conan ou Yu-Gi-Oh. A cela vient s’ajouter le développement des rencontres entre fans et de l’Internet, facilitant les échanges sur le sujet, ce qui aboutit à la création de la Japan Expo en 1999, le premier festival dédié aux mangas et à l’animation. Paradoxalement, les mangas restent encore assez inconnus du grand public, et le monde de la bande dessinée ne lui accorde que peu de reconnaissance : très peu représentés au Festival d’Angoulême, ignorés par les éditeurs alternatif, les mangas sont loin de leurs apogées futurs.

En effet, les mangas connaitront une forte hausse de parts de marché à partir de 2002, passant de 25 à 44 % en 2006 sur le marché des nouveautés. C’est l’époque des très forts tirages mais également de changement dans la forme : les traductions se font bien meilleures, et le sens de lecture original apparait dans les formats français. Beaucoup d’éditeurs se mettent à préférer les mangas, pour leur périodicité facilitant la fidélisation des clients et le fait qu’ils peuvent piocher dans une réserve de mangas ayant déjà passé l’épreuve du public au Japon. La France devient à partir de 2004 le second pays du manga, avec des éditeurs comme Glénat et Kana, qui éditent la plupart des mangas devenus cultes : Naruto, One Piece, Full Metal Alchemist, etc.

Illustration-Naruto-One-Piece

A partir de 2010, si d’un côté les mangas commencent à être reconnus par les instances du monde de la bande dessinée et le grand public, comme en témoignent les prix récompensant ces oeuvres au Festival d’Angoulême, le marché entre dans une période de vache maigre : les ventes ralentissent, y compris au Japon. Si l’on peut attribuer cette perte de lecteurs à de multiples raisons, comme l’existence de beaucoup de mangas à rattraper pour les nouveaux lecteurs, on compte pas moins de 70 albums pour Naruto par exemple, ou encore le rythme de publication ralenti parce que les éditeurs français ont rattrapé les éditeurs japonais, on constate cependant que de jeunes succès comme L’attaque des Titans restent encourageants pour l’industrie.

 

On espère que cette rapide rétrospective sur l’histoire des mangas en France vous a appris des choses ! Il est particulièrement intéressant de noter que non seulement leur arrivée en France date de plus longtemps qu’on ne le croit habituellement, mais qu’en plus il ne s’est pas fait sans heurts. On s’inquiète toutefois de remarquer que les résultats de l’industrie en France sont en berne. Pensez-vous que le manga va s’effacer et revenir exclusivement aux passionnés, ou qu’au contraire, il va rester un produit cher au grand public ?

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