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La forêt des Landes n’a presque rien de naturel…

La forêt des Landes n’a presque rien de naturel…

Qui n’a jamais traversé la forêt des Landes sans tomber sous le charme de ses majestueux pins ? Si ce paysage est aujourd’hui emblématique de la région, il n’a pourtant presque rien de naturel. En effet, depuis plusieurs siècles cette forêt est plantée par les hommes.

Carte des Landes de Gascogne

La forêt landaise primaire s’étendait sur 200 000 ha et était exploitée dès l’Antiquité par les romains pour son bois, mais surtout pour sa résine. Avec la chute de l’Empire romain et l’arrivée des peuples germaniques, la forêt n’est plus entretenue, et, sous la pression pastorale, peu à peu défrichée.

Pendant tout le Moyen Âge et une bonne partie de l’époque moderne, la zone est devenue un marécage insalubre où les moustiques prospèrent, et avec eux le paludisme. Outre les marécages, le vent océanique pousse le sable dans les terres, créant des dunes mobiles dont l’avancée menace les villages et contribue, paradoxalement, à la désertification de la région.

Portrait de Colbert par Philippe de Champaigne (1655), Metropolitan Museum of Art

Au XVIIe siècle, Colbert s’intéresse aux lieux, non pas pour l’amélioration des conditions de vie des habitants, mais pour fournir du bois de qualité pour la marine qu’il souhaite développer. Grand économiste, Colbert crée de nombreuses manufactures ainsi que des routes terrestres et maritimes.

Nicolas Brémontier (1738-1809)

La flotte commerciale et militaire est en pleine expansion et les besoins en matières premières comme le bois, la résine et la poix augmentent. Les pins étant des arbres très droits, ils sont parfaits pour les mats et les poutres.

Au XVIIIe siècle apparaît une préoccupation environnementale sous l’impulsion des frères Desbieys, puis de Nicolas Brémontier. Il s’agit de bloquer l’avancée des dunes et de les fixer sur le littoral. Ce dernier fait parvenir de nombreuses études à la préfecture, à l’académie des sciences naturelles de Bordeaux puis au gouvernement.

LA LANDE EST ALORS VUE COMME IMPRODUCTIVE ET EST QUALIFIÉE DE « COLONIE INTÉRIEURE » OU ENCORE DE « SAHARA FRANÇAIS ».

Napoléon III par Alexandre Cabanel (1865)

Mais c’est au XIXe siècle, que la forêt des Landes change de visage. Louis-Napoléon, qui n’est pas encore empereur des français sous le nom de Napoléon III, souhaite poursuivre l’œuvre de son oncle qui dès le début du XIXe siècle, avait initié un projet de fixation des dunes en Aquitaine, programme en cours d’achèvement à l’époque. Lui, le neveu, entend ainsi prendre le relais en assainissant le plateau des Landes de Gascogne.

IL ACHÈTE PLUS DE 7 000 HA DE TERRAIN POUR DES EXPÉRIMENTATIONS AGRICOLES DANS LES ANNÉES QUI PRÉCÈDENT SA LOI DE 1857

L’expérience est suffisamment concluante pour qu’il se décide à légiférer. Sous son impulsion, la loi du 19 juin 1857, également appelée « loi relative à l’assainissement et à la mise en culture des Landes de Gascogne », impose aux communes de grands travaux d’assainissement des marécages. Le but est de purifier la zone et de développer la sylviculture pour l’industrie, notamment le gemmage qui permet de récupérer la sève des pins maritimes ensuite transformée en essence de térébenthine et en colophane.

Pin gemmé de la forêt des Landes

Cette loi d’importance pour les habitants et la région est précédée de plusieurs enquêtes menées par les Ponts et Chaussées. A cette fin, les Ponts et Chaussées ont créé un service spécial hydraulique où monsieur Crouzet, ingénieur ordinaire, est chargé de la mise en route et de l’organisation de l’assèchement de la lande.

En 1853, il explique les grands principes à respecter, ayant lui-même repris les essais de Chambrelent. Les parcelles doivent être entourées de baradeaux, levées de terre entre deux fossés parallèles, distants de 2 à 4 mètres, avec une profondeur minimum de 80 cm.

 

Berger landais première moitié XXe siècle

La loi impose aux communes propriétaires des terrains marécageux dit communaux des travaux suivant trois principes :

1) D’assainir les communaux par drainage, afin d’enlever le surplus d’eau de la partie capillaire de la nappe phréatique et ainsi rendre le sable apte à la plantation. Le creusement des crastes (fossés de drainage) se fait aux frais des villages.

2) Les communes doivent vendre aux enchères leurs communaux à des propriétaires privés, à raison d’un douzième chaque année pour ne pas brusquer cette réforme foncière.

3) Les propriétaires ont à leur charge de rentabiliser les sols par la plantation (la loi n’excluait pas que les communes plantent avant de vendre, mais l’investissement était bien trop lourd). Ce serait une erreur de croire que la loi obligeait à planter du pin : les acheteurs ont eu le choix. Il y eut des tentatives d’acclimatation d’essences étrangères qui échouèrent pour la plupart.

Ce plan, réalisé sans la consultation des populations autochtones, signe la fin du système pastoral célèbre pour ses bergers sur échasses que l’on voit sur les anciennes photographies. Ce projet de plantation rencontre une vive opposition, certains bergers vont jusqu’à incendier les jeunes pins et les communes craignent une spoliation des terres par l’État.

La loi entre en vigueur et les conséquences ne se font pas attendre. De nombreux acheteurs spéculateurs acquièrent les terres pour la mise en valeur. Des milliers d’arbres sont plantés jusqu’en 1914. Le gemmage est alors l’activité principale, et le traitement des vieux arbres une activité plus marginale. Ils sont utilisés pour le développement du chemin de fer et une industrie se crée dans la région.

Forêt des Landes (La Teste de Buch), avec Pinus pinaster

Mais cette mise en valeur prend du temps. En effet, la grande majorité des parcelles de pins plantées entre 1857 et 1870 n’ont, par conséquent, pas pu être travaillées pour leur résine avant 1890-1900. Le plan se poursuit même après la chute du Second Empire et le malaise social atteint son apogée dans la décennie 1870-1880, si bien que les autorités locales craignent un soulèvement. Soulèvement qui n’interviendra que bien plus tard, pendant l’entre deux guerres. A cette époque, l’on recense 900 000 ha de forêt. Aujourd’hui, la forêt des landes, à près de 80 % privée, est toujours exploitée, même si le gemmage à beaucoup reculé suite à divers incendies, volontaires ou non.

LA FORÊT EST AUJOURD’HUI À PRÈS DE 80 % PRIVÉE

La forêt des Landes témoigne de la transformation du paysage à grande échelle par la main de l’homme, offrant le paysage que nous connaissons maintenant. Cette forêt est devenue emblématique et a permis de redynamiser la région au prix de nombreux efforts et sacrifices. Si le sujet vous intéresse, découvrez la Dune du Pilat comme vous ne l’avez jamais vue ou encore notre sélection des plus belles forêts françaises.

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