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Pourquoi ces personnages féminins martyrisés sont-ils des pièces centrales de l’intrigue de leurs comics ?

Il ne fait pas vraiment bon être un personnage féminin dans beaucoup d’œuvres geek, mais cela se vérifie également dans les comics. En effet les femmes ont une fâcheuse tendance à mourir ou à finir blessées dans les histoires de super-héros, le tout pour faire progresser l’histoire des personnages masculins. SooGeek revient avec vous sur ce lieu commun surnommé celui de « la femme dans le réfrigérateur ».  

 

Gail Simone, depuis devenue une scénariste renommée pour les comics Birds of Prey, Deadpool, Wonder Woman ou encore Batgirl, est la première à avoir pointé du doigt cette manière dont les personnages féminins sont traités dans les comics. Elle prit pour premier exemple le cas de Green Lantern dans lequel le héros retrouve sa petite amie torturée à mort dans son… réfrigérateur. Le personnage féminin n’était là que pour mourir et ainsi donner au héros masculin suffisamment de rage pour vaincre son ennemi. Women in Refrigerators, telle est la formule que Gail Simone lançait dès 1999, compilant l’ensemble des personnages féminins se retrouvant dans un schéma similaire sur le site du même nom.

 

Alexandra DeWitt (Green Lantern)

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Celle qui a donné à Gail Simone l’idée de parler de « Women in Refrigerators » c’est elle, la pauvre Alexandra DeWitt. Petite Amie de Kyle Rainer, le Green Lantern de cette version du héros de comics. Le malheureux dessinateur de comics Kyle Rainer pensait en effet que recevoir le fameux anneau de Green Lantern était la plus belle chose qui pouvait lui arriver… sans se douter que cela amènerait un tueur à gage du nom de Major Force à vouloir récupérer l’anneau lui aussi et à torturer à mort sa petite amie Alexandra DeWitt. Kyle la retrouvera dans le réfrigérateur (on ne commentera pas le caractère ridicule de la situation), ce qui l’amènera à définitivement prendre les armes.

 

Gwen Stacy (Spider-Man)

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Qui ne connait pas le sort funeste que connait Gwen Stacy, premier grand intérêt romantique de Spider-Man ? La malheureuse est en effet jetée du haut du pont de Brooklyn par le Bouffon Vert et, dans une tentative désespérée de la sauver, Spider-Man lui brise la nuque. La mort de sa bien-aimée hantera longuement Spider-Man et marquera durablement le personnage. Ici aussi, le personnage féminin n’existe que comme un outil narratif qui, à travers la violence qui lui est faite, sert de catalyseur évolutif au personnage, puisqu’après cet épisode Peter Parker sera beaucoup moins mou du genou qu’il ne l’était auparavant. Bizarrement, toute la rage accumulée par cette mort tragique quittera petit à petit le héros après avoir rencontré une certaine Mary Jane Watson.

 

Linda Park (The Flash)

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La « femme dans le réfrigérateur » n’a pas « forcément » à mourir pour entrer dans le schéma. Il lui suffit d’exister que pour que la moindre atteinte à son intégrité physique fasse entrer le héros auquel elle est liée dans une rage folle. D’ailleurs ironie du sort, dans le cas de Linda Park, les scénaristes ne cachent même pas leur intention de faire du personnage un catalyseur de l’évolution du héros puisque le psychopathe Professor Zoom (en dépit de son nom ridicule, il est vraiment méchant) décide de faire de son ennemi Flash un meilleur adversaire en lui faisant connaitre le désespoir. Et quoi de mieux pour cela que de tuer son épouse ? Au final la pauvre Linda ne fait « que » perdre les jumeaux dont elle était enceinte, et Flash parviendra finalement à remonter le temps pour éviter la tragédie, mais la violence faite à une femme qui n’existe que par rapport à son héros de mari est bien là.

 

Barbara Gordon (Batman – The Killing Joke)

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Même un comics aussi emblématique que Batman – The Killing Joke n’échappe pas à la présence d’une « femme dans le réfrigérateur » dans ses pages. En fait, cette fameuse aventure de l’homme-chauve-souris écrite par Allan Moore a suscité une importante polémique en raison de la violence faite au personnage féminin que l’on y retrouve. Le Joker y décide en effet de rendre fou le Commissaire Gordon, la figure positive emblématique de Gotham. Pour ce faire, sa solution est simple : il suffit de blesser grièvement sa fille, Barbara Gordon -c’est également elle Batgirl à l’époque – au point qu’elle se retrouve paraplégique, de la prendre en photo nue et de forcer son père à regarder les clichés. Si le Commissaire ne devient pas fou, on reste quand même particulièrement choqué par toute cette violence à l’égard encore une fois d’un personnage féminin, surtout en sachant que les conséquences physiques et psychologiques de cette violence sur sa première victime ne sont jamais scrutées…

 

Karen Page (Daredevil) 

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Certes, Karen Page a elle-même « choisi » de mourir pour sauver Daredevil, mais ce n’est pas pour autant qu’elle n’entre pas dans le schéma de la femme dans le réfrigérateur pour la bonne et simple raison que son personnage n’est là lui aussi que pour servir l’évolution narrative du héros masculin et n’existe pas indépendamment de lui (pas comme Elektra par exemple). Karen Page est venue à Los Angeles pour devenir une star, a fini actrice porno et dépendante à la drogue… « Heureusement » pour elle, elle a l’occasion de s’interposer entre Daredevil et Bullseye au moment où celui-ci tente de tuer le héros aveugle, lui permettant de connaitre une mort digne… Daredevil en gardera bien sûr de la haine à l’égard de Bullseye, mais on gardera surtout à l’idée que Karen venait juste jouer la « fille perdue » au grand cœur (encore un autre stéréotype nauséabond).

 

 

Décidément, beaucoup de scénaristes de comics manquent un peu d’imagination, mais en revanche côté sexisme ils sont moins mal lotis semble-t-il… On espère qu’à l’avenir, plutôt que de voir des personnages masculins se retrouver aussi dans ce genre de situation pour rétablir une « parité » (sic), ce genre de cas de figure se reproduira moins. Et vous, appréciez-vous ce schéma malgré tout, ou voudriez-vous voir des situations plus originales pour développer les personnages ?

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