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L’Homme creuse sa propre tombe : la déforestation fait naître de nouvelles maladies infectieuses

La déforestation massive a une conséquence inattendue. Une étude internationale démontre que l’exploitation des forêts et notamment celles situées dans les zones tropicales favorise le développement de nouvelles maladies infectieuses. En plus d’être néfaste à l’environnement, la déforestation est donc potentiellement nocive à la santé de millions d’individus à travers le monde.

Une étude internationale publiée le 7 décembre fait état d’un constat aussi alarmant que surprenant concernant la déforestation. Des chercheurs de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et de l’université de Bournemouth ont réalisé un rapport sur les conséquences de l’exploitation massive des forêts. Il ressort de ce rapport un élément important : à cause de l’Homme, l’exploitation des forêts dans les zones tropicales a provoqué l’apparition de nouvelles maladies infectieuses.

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Si l’hypothèse était déjà évoquée chez les scientifiques depuis plusieurs années, l’étude a réussi à mettre en lumière le processus qui mène à l’arrivée d’une nouvelle bactérie infectieuse. Jean-François Guégan, directeur de recherches à l’IRD s’est exprimé là-dessus : « Depuis trente ou quarante ans, on observe des nouvelles maladies infectieuses émergentes, principalement en zones intertropicales. On savait déjà que les activités humaines et ces maladies étaient corrélées, mais aujourd’hui on a réussi à comprendre les processus qui aboutissent à cette corrélation. »

Afin de réaliser leur rapport, les scientifiques ont observé une bactérie en particulier, la Mycobacterium ulcerans, responsable de l’ulcère de Buruli (une maladie causant une nécrose de la peau et des ulcères). Pendant 3 ans, ils ont observé cette bactérie dans 20 sites aquatiques différents, certains intacts et d’autres affectés par l’activité humaine. Ils ont constaté que les modifications de la chaîne alimentaire et des communautés animales étaient plus importantes sur les sites touchés par l’activité humaine. Des modifications qui permettent la prolifération des bactéries.

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« Les conditions changent. Certaines espèces de prédateurs, comme des poissons, disparaissent, tandis que d’autres, profitant de cette disparition, pullulent. Auparavant, les prédateurs, en se nourrissant de proies porteuses de mycobactérie, débarrassaient l’environnement de cette activité microbienne. Aujourd’hui, ces proies prolifèrent » a confirmé Jean-François Guégan. Ce changement radical facilite donc la prolifération des bactéries dans les zones où la déforestation est importante, ce qui fait qu’elles atteignent plus facilement les zones agricoles et donc les Hommes.

Les zones aquatiques infestées et situées près de zones exploitées se changent donc en réservoirs à maladies auxquels s’exposent les populations locales en s’en approchant. Et l’intensification de l’activité et de la présence humaine ne font qu’aggraver le problème. Les chercheurs ont ainsi démontré que les changements environnementaux ont bien plus d’impact sur la santé que ce que l’on pensait. A l’heure actuelle, 200 nouvelles maladies infectieuses ont été recensées et le chiffre a de fortes chances d’augmenter si la déforestation continue.