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Sorti en 1925, le film Le Cuirassé Potemkine est toujours considéré comme l’un des chefs-d’oeuvre du cinéma

S’inspirant d’un épisode incontournable de la Révolution russe de 1905, Le Cuirassé Potemkine traite d’une mutinerie qui se déroule dans le port d’Odessa et qui fait écho aux idéaux de Lénine. D’abord considéré comme le plus grand film de propagande de l’Histoire, il est également vu comme l’un des films les plus importants de l’histoire du cinéma par l’utilisation de techniques novatrices.

 

Même si vous n’avez jamais vu le film, il y a de fortes chances pour que vous ayez déjà vu son nom dans une liste des plus grands films de tous les temps ou du moins des plus influents. Alors qu’est-ce qui se cache dans la pellicule et qu’est-ce qui en fait une oeuvre à part ? Le contexte de sa création est inséparable du film lui-même, qui fut pensé comme un objet de propagande pour l’instauration du régime soviétique et de la pensée de Lénine. Sorti en 1925, le film s’ancre dans la Révolution de 1905 qui est l’événement précurseur de celle de 1917.

 

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Suite à cette révolution et à la fin du règne du tsar Nicolas II, un gouvernement provisoire est mis en place puis le parti bolchevique de Lénine fonde l’Union soviétique qu’il gouverne jusqu’à sa mort. Dans ce nouveau régime, Lénine reconnaît le potentiel incroyable qu’offre le cinéma pour propager ses idéaux et matérialiser le vent nouveau qui soufflait alors sur le territoire russe. Même s’il est logique pour nous de penser qu’un film est l’instrument parfait pour la propagande (et la propagande ne représente pas forcément quelque chose de négatif), c’était quelque chose de tout à fait révolutionnaire dans les années 20.

 

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Tous les films produits dans l’Union étaient supervisés par le Commissariat du Peuple à l’éducation, ministère dirigé par Anatoli Lounatcharski. Amoureux du cinéma, il donne beaucoup de liberté aux réalisateurs, même si son rôle premier est de vérifier que tout correspond bien à l’idéologie soviétique et donc de modifier ou de brider si besoin est. Entre en scène Sergei Eisenstein, un ingénieur devenu directeur pour le théâtre puis transférant ses talents vers le cinéma, en commençant avec son premier film, Grève, traitant d’une révolte d’ouvriers avant la Révolution de 1905. Peu de temps après, il prépare Le Cuirassé Potemkine.

 

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Ce cuirassé, nommé en l’honneur du héros militaire et politique du XVIIIe siècle, Grigori Aleksandrovich Potemkine, fut construit à partir de 1898 pour rentrer en service en 1905 afin de consolider la présence russe sur les eaux de la mer Noire. Mais peu après sa première flottaison, l’équipage gronde face aux conditions déplorables de la vie à bord, notamment de la qualité de la nourriture, infestée de vers. La tension monte jusqu’à ce que les officiers décident de faire exécuter certains marins. Les bourreaux décident cependant de se ranger du côté de leurs camarades et les officiers sont tués, ainsi qu’un des marins.

 

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L’équipage prend contrôle du navire et jette l’ancre au port d’Odessa (en Ukraine actuelle). Les funérailles pour le marin répandent la nouvelle de la révolte et déclenchent une manifestation anti-tsariste mouvementée, forçant les troupes de Nicolas II à réagir avec violence. C’est exactement cet événement historique qui est raconté en cinq parties dans le film, de la découverte de la nourriture pleine de vers à la fin de la révolte suite à la confrontation avec les troupes du tsar, jusqu’à ce que l’escadron présent pour arrêter le conflit passe du côté des insurgés, renvoyant au choix initial du peloton d’exécution de prendre le parti des condamnés.

 

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Au niveau de la narration, certains détails de l’événement sont modifiés pour être plus dramatiques pour les spectateurs, mais aussi pour appuyer les thèmes abordés dans le film. Collant à l’image soviétique, le focus n’est pas mis sur les héros ou les personnalités de chacun, mais sur les groupes : les marins contre les officiers, les travailleurs et le peuple contre la garde, etc. Eisenstein y met coeur et âme et finit avec un film de 1h10. Malheureusement, le succès se fait timide auprès de ses camarades russes à une époque où les conditions de vie étaient bien plus mauvaises que sous Nicolas II.

En revanche, le long-métrage passionne à l’étranger, où les gens sont curieux de voir l’envers du décor du régime russe et d’en apprendre plus sur l’atmosphère régnant de l’autre côté du globe. Les amateurs de cinéma sont éblouis par les techniques géniales qu’utilise Eisenstein, notamment durant la scène la plus connue du film : les escaliers d’Odessa. Dans la quatrième partie du film, alors que la garde impériale fait feu sur les civils des escaliers de la ville d’Odessa, une femme poussant le landau de son bébé se fait toucher par plusieurs balles, lui faisant perdre le contrôle du landau qui tombe petit à petit le long des marches de cet escalier gigantesque.

 

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Outre l’aspect horrible d’une telle scène, elle est filmée avec une utilisation du zoom et du gros plan jamais vue dans l’histoire du cinéma et une mise en place impeccable de techniques de montage novatrices. Chaque changement de plan renforce le dynamisme de l’action alors que la musique souligne le dramatique. Eisenstein a dans l’idée que grâce au montage, on peut faire ressentir quelque chose au spectateur rien qu’avec un changement de plan et une juxtaposition d’images dans un ordre précis. Avec ce concept qui peut paraitre logique à notre époque, il invente l’un des piliers du cinéma tel qu’on le connaît.

 

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Selon Joseph Goebbels, le ministre de la propagande sous Hitler, « Ce film est une merveille sans égal au cinéma. Quiconque n’ayant pas de forte conviction politique pourrait devenir un bolchevique après l’avoir vu. » À tel point que le film est banni durant le Troisième Reich, de peur que le film donne de mauvaises idées aux soldats. Mais on peut associer des noms bien plus glorieux à la liste de ceux qui furent inspirés par Le Cuirassé Potemkine. Selon Orson Welles, le film est l’oeuvre la plus importante de l’histoire cinématographique et l’un de ses films préférés.

 

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Mais l’hommage le plus marquant est sans doute celui de Francis Ford Coppola dans Le Parrain avec la scène du baptême au montage devenu culte où l’on retrouve le gros plan sur l’oeil ensanglanté et le symbolisme des escaliers. Depuis, on retrouve cette influence chez les plus grands comme Martin Scorsese ou Terry Gilliam pour ne citer qu’eux. Le concept même d’utiliser le montage pour produire une réaction chez le spectateur vient de ce film et toutes les écoles de cinéma font aujourd’hui étudier le film à leurs étudiants. Dans tous les cas, c’est un incontournable de l’histoire du septième art.

 

Convaincre les spectateurs que de renverser le régime du tsar était la bonne chose à faire est comme prêcher à des convertis. Le vrai but d’Eisenstein était de produire une réaction émotionnelle grâce à ces techniques de montage et de mise en scène. Même si la création du film est entièrement ancrée dans son contexte historique, son héritage est intemporel. Saviez-vous que Le Cuirassé Potemkine était si capital dans l’histoire du cinéma ?

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