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En cas de cataclysme, cet immense bunker protège les œuvres d’art les plus précieuses d’Amérique

Amateurs de scénarios catastrophes, d’histoires de fin du monde, vous avez déjà entendu parler de ces bâtiments supposés servir d’abris en cas de désastre. Créés pour parer à un éventuel cataclysme, certains de ces bunkers sont aujourd’hui recyclés et servent de nobles causes à l’instar du Packard Campus, entrepôt contenant des milliers d’œuvres américaines.

Imaginez l’arche de Noé modernisée, le tout sous surveillance constante. Le Packard Campus est une véritable forteresse construite en 1969 face à la menace soviétique : de 1969 à 1988, l’établissement était dirigé par le conseil de la Réserve fédérale des États-Unis et devait servir à la préservation de l’économie américaine. Dans le but d’éviter une catastrophe monétaire, l’État y avait enfermé près de 3 milliards de dollars protégés par des murs en béton armé, des volets de plomb et des champs de barbelés, le tout soigneusement dissimulé dans le Mont Pony, à Culpeper, Virginie.

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Le bunker, qui aura été un joyau soigneusement dissimulé et entretenu durant la guerre, sera vite laissé à l’abandon une fois l’amenuisement de la menace. En 1997, après avoir été mis en vente, il devient un centre de conservation national dédié à la préservation des œuvres audiovisuelles grâce à un investissement de 240 millions de dollars. Il aura fallu la collaboration du Packard Humanities Institute, du Congrès, de sa Bibliothèque et de l’agence fédérale « Architect of the Capitol » pour voir naître ce centre.

Aujourd’hui, c’est plus de 6,3 millions d’objets qui y sont mis sous clefs et protégés de toutes les menaces : bien évidemment, entrer dans les salles de stockage du bâtiment nécessite une autorisation. À l’intérieur, les œuvres sont choyées. Climatisé, le centre est sous surveillance constante et pour cause, il renferme 144 km d’étagères comprenant des enregistrements : 3 millions de pistes audio, 1.3 million de vidéo et 2,1 millions de posters, de scénarios, d’archives ou encore de photographies. Chaque jour, la bibliothèque s’agrandit avec plusieurs centaines de nouveaux objets ajoutés et sa collection de plus de 120 films nitrates est telle que le lieu est aujourd’hui le plus grand centre de stockage de ces œuvres.
Plus qu’un centre de stockage, le lieu recèle de perles et de trésors : éditions limitées, originaux, exemplaires uniques et autres merveilles y sont entreposées et entretenues. Ici, les œuvres sont protégées du temps et dans un souci de partage et de transmission, digitalisées et mises à disposition du public, à la demande, dans les salles de lecture ou sur internet.

En effet, si i l’on peut facilement imaginer ces créations éloignées à jamais des yeux du public, c’est sans compter sur les actions de la Bibliothèque du Congrès en charge du bâtiment. Au-delà de ses actions de conservation et de protection, elle organise fréquemment des projections, sur réservation, des œuvres qu’elle possède. La salle de projection y est digne des grands cinémas avec près de 206 sièges et une décoration à la hauteur des plus célèbres théâtres. Des long-métrages des années 80 aux séries télévisées actuelles, les étagères du lieu regorgent de films mais aussi d’enregistrements audio : c’est plus de 3,5 millions de pistes créées sur les 110 dernières années qui y sont préservées.

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Si vous rêvez de faire entrer votre film préféré dans la postérité, vous pouvez proposer votre enregistrement au Packard Campus. Pour y être éligible, l’œuvre doit avoir été produite aux ou par les États-Unis, dater de plus de 10 ans et avoir une importance culturelle, esthétique ou historique. De bunker à bibliothèque, le lieu aura marqué l’histoire allant de la guerre à l’art. Il sert aujourd’hui une noble cause on protégeant et préservant les œuvres de son pays.

Si nous osons dire la vérité sur le passé, peut-être oserons-nous dire la vérité sur le présent.

— Ken Loach