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Sacrifices humains : cette découverte macabre révèle une nouvelle facette des Aztèques

Une étagère comptant 676 crânes humains a été sortie de terre à Mexico. Cette découverte macabre éclaire d’une lumière nouvelle les sacrifices humains pratiqués par les Aztèques.

Les sacrifices humains, une pratique ordinaire pour les Aztèques

Les Aztèques, comme la plupart des civilisations méso-américaines (comme les Mayas ou les Toltèques), pratiquaient les sacrifices humains. Cet usage, lié aux rituels religieux de cette civilisation qui dominait l’actuel Mexique avant la conquête espagnole, était monnaie courante. Il s’agissait de nourrir les dieux, les remboursant pour les sacrifices qu’ils avaient faits afin de créer le monde. Les sacrifices étaient donc nécessaires à la continuité du monde et à l’équilibre de l’univers.

Le nombre des victimes reste sujet à caution. Les Aztèques eux-mêmes ont peut être eu tendance à l’exagérer pour des raisons politiques (comme impressionner le peuple ou intimider les royaumes rivaux). Les Espagnols, qui découvrirent et anéantirent cette brillante civilisation, ont probablement eux aussi exagéré le rôle des sacrifices humains. pour tenter d’amoindrir la portée de leurs propres crimes bien sûr (colonisation sauvage, massacres, populations réduites en esclavage, conversions forcées). En outre, il est évident que les membres de l’expédition de Cortès, fascinés par l’exotisme des civilisations américaines, ont pu grossir le trait à leur retour en Europe.

Quoi qu’il en soit, cette pratique était structurante dans la civilisation aztèque. La plupart des sacrifiés étaient des guerriers capturés au combat. On les considérait comme idéaux pour honorer les dieux. D’ailleurs, plus les guerriers se battaient bien, plus leur valeur sacrificiel était importante. Les historiens pensent même que certaines campagnes militaires avaient pour but essentiel la capture des soldats rivaux à des fins religieuses.

Sacrifice humain illustré dans le Codex Magliabechiano. Élaboré au XVIe siècle en lien avec les espagnols, ce texte reprend des indications religieuses et astronomiques de textes plus anciens

Des femmes et des enfants

Les archéologues ont commencé les travaux à Mexico en 2015. Cette mégalopole est située à l’emplacement de l’ancienne capitale de l’Empire, Tenochtitlan. Lors de sa prise par les espagnols au XVIe siècle, les conquistadors dressent une liste des Huey Tzompantli, ces étagères de têtes, ou « porte-crânes » édifiées par les Aztèques. L’emplacement était donc connu.

Mais la surprise vient du fait que la plupart de ces restes humains sont ceux de femmes et d’enfants ! Comme on l’a vu plus haut, les experts, en se basant sur les témoignages des conquérants comme sur la littérature religieuse aztèque, pensaient jusqu’alors que les sacrifices humains (et donc l’exposition des restes des victimes) concernaient surtout les guerriers.  » Nous nous attendions uniquement à des hommes, évidemment jeunes comme des guerriers devraient l’être, et le problème avec les femmes et les enfants, c’est qu’on ne pense pas qu’ils allaient à la guerre « , explique l’archéologue Rodrigo Bolanos de l’INAH (Institut National d’Anthropologie et d’Histoire) au Mexique.

Les scientifiques s’attendent à trouver encore plus de crânes en poursuivant les fouilles, qui se situent à proximité de l’emplacement supposé du temple de Huitzilopochtli, dieu du soleil et de la guerre, et donc très lié aux sacrifices. Cette sorte de tour de 6 mètres de diamètre, dont la base n’a pas encore été exhumée, pourrait bien être l’une des parties de la chapelle.

Un Huey Tzompantli illustré dans le Codex Tovar, XVIè siècle

Une culture esclavagiste

Cette découverte devrait donc nous permettre d’affiner nos connaissances sur l’un des aspects les plus fascinants de cette brillante civilisation. Jusqu’ici les historiens pensaient que les porte-crânes étaient destinés à galvaniser les troupes partant au combat. On a donc bien quelque chose d’inédit, comme l’explique Rodrigo Balanos :  » il se passe quelque chose dont nous n’avons aucune trace « . Comment en effet expliquer la présence d’ossements de femmes et d’enfants, c’est-à-dire de civils ?

L’hypothèse principale est qu’il s’agirait dans ce cas précis d’esclaves. L’esclavage était une pratique courante dans la culture aztèque. On pouvait être réduit à la condition d’esclave pour des dettes, mais aussi lors de conquêtes militaires. Les esclaves étaient, logiquement, eux aussi des victimes privilégiées des sacrifices rituels. Ainsi, les marchands pouvaient sacrifier leurs esclaves dans l’espoir d’accroître leurs bénéfices. Il semble qu’il était également courant qu’ils accompagnent leur maître dans la mort.

En outre, les enfants étaient nécessaires pour certaines divinités. Ainsi, leurs larmes étaient supposés amener la pluie lors de leur sacrifice au dieu dédié Tlaloc. Ces fouilles archéologiques nous permettent en tous cas d’affiner nos connaissances sur cette brillante civilisation, dont la domination sur l’Amérique Centrale, débutée au XIVe siècle, fut brutalement abrégée par l’arrivée des Européens.

Représentation de Tenochtitlan par le peintre Diego Rivera en 1945

Chaque seconde dans le monde, plus de 1 million de kilos de CO2 sont émis dans l’atmosphère.

— @DailyGeekShow