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Si les comics sont aujourd’hui plus matures, c’est en partie grâce au génie de l’auteur Alan Moore

Pendant très longtemps les comics ont été vus comme un média sans intérêt artistique et destiné uniquement aux adolescents. Mais à partir des années 1980 de nouveaux auteurs sont venus changer la donne. Parmi eux, on trouve Alan Moore. Ce dessinateur et scénariste anglais s’est fait connaître pour les histoires qu’il a réalisées pour Batman et Superman, mais surtout pour Watchmen. On vous dit tout sur cet auteur incroyable et son travail exceptionnel.

 

Si vous vous intéressez un tant soit peu aux comics (ou pas du tout d’ailleurs) son nom ne doit pas vous être étranger. Il est l’auteur des romans graphiques considérés comme cultes que sont V pour Vendetta, From Hell et surtout Watchmen, sans parler des histoires de super-héros qu’il a écrites pour Superman et Batman, dont la plus célèbre est bien sûr Batman : The Killing Joke. On veut bien sûr parler d’Alan Moore, ce génial auteur de comics né en 1953 et également connu pour être végétarien, anarchiste, et se revendiquant lui-même adorateur de la divinité antique Glycon.

 

Après avoir débuté en écrivant et en dessinant pour des fanzines, Alan Moore se fait connaitre avec le comics V pour Vendetta, dans lequel un mystérieux homme portant un masque de Guy Fawkes, le plus célèbre instigateur de la Conspiration des poudres, lutte contre un gouvernement fasciste ayant pris le pouvoir dans un Royaume-Uni contre-utopique. Publié de 1982 à 1990, V pour Vendetta acquiert rapidement le statut d’oeuvre culte, et il suffit de voir que le fameux masque de Guy Fawkes apparaissant dans l’oeuvre de Moore a été repris par le mouvement Anonymous pour s’en convaincre. V pour Vendetta connaissant très tôt le succès en Angleterre comme dans le reste du monde, Moore est rapidement approché par DC Comics.

 

V pour Vendetta : 

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C’est à cette occasion qu’il scénarise plusieurs histoires de Superman mais surtout l’une des plus célèbres histoires de Batman, Batman : The Killing Joke. Véritable volume indépendant, The Killing Joke raconte l’un des crimes les plus pervers et dérangeants du Joker : l’enlèvement et la torture physique et sexuelle de Barbara Gordon, la première Batgirl, faits auxquels son père, le commissaire Gordon, est obligé d’assister par photos interposées, la jeune fille se retrouvant au final paraplégique. Batman parvient bien sûr à capturer le Joker, mais c’est également pour lui l’occasion d’entendre un récit très tourmenté raconté par le plus emblématique des méchants de comics. Même si cela n’est jamais dit clairement, cette histoire d’un homme perdant la femme qu’il aime et tombant dans des produits chimiques correspond trop bien au plus fou des criminels de Gotham City. Beaucoup de fans considèrent cette histoire du Joker comme la véritable histoire du personnage.

 

Le Joker de Batman : The Killing Joke :

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The Killing Joke provoque une importante polémique en raison de sa violence, notamment parce que cette violence est dirigée contre l’un des seuls personnages féminins de l’univers Batman, ce que Moore regrettera. Cependant, son style scénaristique et son découpage sont célébrés par la critique, l’auteur n’en reste donc pas là et réalise par la suite sa propre série de super-héros, Watchmen, de 1986 à 1987. Encore plus que dans The Killing Joke, Moore cherche à questionner l’humanité de ses personnages en présentant des super-héros humains, perfectibles, pleins de défauts aux prises avec un monde réaliste, sombre et angoissant. Le résultat est une oeuvre dense, profonde, qui rencontre immédiatement un immense succès et devient le premier comics (et la première oeuvre n’étant pas un roman) à se voir décerner le plus prestigieux des prix récompensant des oeuvres de science-fiction, le prix Hugo.

 

Watchmen : 

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Après s’être brouillé avec DC et avoir écrit d’autres comics mettant en scène des super-héros plus ou moins connus qu’il a parfois lui-même créés, Alan Moore se lance dans l’écriture de la troisième grande oeuvre de sa carrière, From Hell, publiée initialement entre 1991 et 1996. From Hell poursuit encore dans la veine de l’exploration de ce qu’est l’homme à travers le récit romancé des crimes de Jack l’Éventreur et de l’enquête sur les crimes. En plus d’être une oeuvre noire et monumentale réfléchissant sur l’Angleterre victorienne ou encore la place des femmes dans la société occidentale, From Hell porte tout un discours métaphysique sur l’humain. Récompensée à Angoulême en 2001, From Hell s’impose, tout comme V pour Vendetta et Watchmen, comme une oeuvre majeure de la culture occidentale, bien au-delà du domaine de la bande dessinée.

 

From Hell : 

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D’ailleurs Alan Moore a vu ses oeuvres faire l’objet de nombreuses adaptations cinématographiques qui ont permis de les faire connaitre encore davantage. Cependant, après les procès pour droits d’auteur qui lui ont été intentés à la suite de la sortie de la première d’entre elles, la version cinématographique de From Hell sortie en 2001, Alan Moore s’est totalement retiré des processus d’adaptation de ses autres comics. D’ailleurs, l’auteur ne mâche pas ses mots pour dire que, dans tous les cas, ses oeuvres existent intrinsèquement en tant que comics, qu’elles sont faites pour êtres lues et vues sur papier, et que le média audiovisuel ne leur apporte pas grand chose. Définitivement, Alan Moore aura prouvé que la bande dessinée était un média mature qui se suffisait à lui-même.

 

Alan Moore est vraiment un auteur de très grand talent qui a beaucoup apporté aux comics, mais aussi à la culture en général. En plus d’être une personnalité à part entière et non consensuelle, il voit véritablement les comics comme un art. Son oeuvre nous aura en tout cas marqués en nous apprenant véritablement à voir le monde d’une manière mature à travers les comics. Selon vous, quelle est l’oeuvre de Moore la plus réussie ?

En Syrie, 1 enfant sur 3 n’a connu que la guerre durant toute sa vie.

— @UNICEF_france